Antédiluviens, mémoires d’avant le déluge

Il s’agit du titre d’une exposition de photographies que je présente aujourd’hui. (1)

De temps en temps, j’aime le défi d’une exposition de photographies,
histoire de changer de perspectives…

Ce qui caractérise cette exposition, pourrait s’exprimer ainsi :
je n’ai pas vraiment choisi de la faire,
elle m’a été imposée comme par une évidence intérieure
ou une injonction supérieure,

à laquelle je ne pouvais me soustraire ;

comme si ces êtres de pierre
photographiés durant mes vacances dernières sur une île en Bretagne,
me demandaient instamment de les exposer,

comme si ces êtres de pierre
avaient un message important à nous divulguer…

 

Texte de présentation de l’exposition

Tel qu’il sera affiché à l’entrée

J’ai toujours été fasciné par le déluge

Mythologies et traditions racontent toutes la même histoire :
un déferlement de vagues immenses emportant tout sur leur passage,
disparition de l’Atlantide, engloutissement de la ville d’Is,
épopée biblique de l’Arche de Noé,
même le très sérieux Platon dans le Timée,
y va de son couplet diluvien.

Récemment un ami m’a donné quelques précieuses précisions :

C’est « Lug » le dieu de la Lumière qui a donné son nom au déluge,
de sorte que celui-ci serait une privation, une disparition de la Lumière.
Vers – 12 000, des fragments d’astéroïdes entrant en collision avec la terre,
auraient formé d’immenses vagues emportant tout sur leur passage.
On a retrouvé dans l’Himalaya des débris d’ossements
appartenant à tous les continents, dans un chaos invraisemblable.
D’énormes nuages de poussières ont  recouvert la terre pendant longtemps,
provoquant une longue nuit obscure, c’est-à-dire le dé-luge proprement dit.

Une question importante se pose alors : est-ce qu’il y a eu des survivants ?

Les hypothèses sont diverses :
pour mon compte, mes pensées et mes pas se sont toujours tournés
vers les menhirs de Carnac en Bretagne.
Qui étaient ces hommes capables  de construire, il y a plus de 7000 ans,
cet immense temple à ciel ouvert,
organisé en de parfaites figures géométriques
sur plusieurs kilomètres de superficie ?

Non loin de là, l’année dernière, sur une petite île juste en face de Carnac,

au cours d’une promenade le long de sa côte granitique,
j’ai vu bientôt apparaître des formes surgissant des rochers.
Elles ressemblaient à des êtres vivants pétrifiés dans la pierre,
et se sont bientôt multipliées en une incroyable diversité
désireuse de se faire contempler et photographier.
Il m’est alors venu l’idée, qu’il s’agissait peut-être d’une lointaine résurgence
de ces êtres d’avant le déluge,
poussés là sur cette côte par les vagues immenses.

J’ai ressenti aussi que ces êtres voulaient me parler,

comme s’ils désiraient révéler quelques secrets d’une mémoire antédiluvienne.

Pour prolonger cette étrange expérience,

Il me fallait absolument présenter cette exposition,
comme si nous avions besoin de la contemplation de ces êtres mystérieux
pour éclairer certaines questions que nous nous posons
sur le destin de ce monde.

Serions-nous devenus à notre insu, nous aussi,
de futurs antédiluviens ?

 

Le nécessaire travail de mémoire

Le travail de mémoire est une étape importante et préalable
à toute expansion de la conscience humaine,
– expansion quisemble être le sens ultime de notre présence sur terre.

Or, la mémoire humaine est très chargée,
aussi bien au niveau individuel en relation avec l’histoire personnelle,
qu’au niveau collectif par rapport à l’histoire de l’humanité,
sans parler de l’histoire de la terre et du cosmos.

Aussi, le travail de mémoire est primordial et nécessaire,
car il permet, par l’éclairage de la conscience,
d’alléger cette charge individuelle et collective qui pèse sur chacun,
tant l’inconscience peut étendre sur la mémoire sa chape d’obscurité.

Individuellement le chemin est bien balisé,
le travail de mémoire est d’abord proposé par la psychothérapie,

selon une multitude de courants et de techniques thérapeutiques,
mettant à jour la mémoire de chacun
déposée dans la grotte sombre de son inconscient.

Un élargissement intéressant de ce travail de mémoire
a été proposé
par Jung, au niveau collectif,
par la mise en lumière des archétypes,
c’est à dire ces représentations collectives, souvent très anciennes,
souvent imagées et symboliques,
étrangement similaires selon les différentes cultures,

Ces archétypes permettent de donner du sens
aux grandes étapes de la vie humaine, à son histoire,
à celle de la Terre et du Cosmos.

Consignés le plus souvent dans les mythologies anciennes,
ils surgissent avec insistance dans la période actuelle,
avec de célèbres auteurs comme Mircea Eliade ou Joseph Campbell (2)
et comme en témoigne aussi le cinéma
avec le succès des films à grand spectacle comme « Star Wars »,
autour d’une littérature de science fiction.

Ces archétypes déposés dans la mémoire collective, demandent à passer au jour,
à s’exprimer et à être éclairés par les lumières de la conscience,
afin de proposer du Sens à l’énigme de la vie humaine,
projetée mystérieusement dans un environnement terrestre et cosmique
pouvant apparaître inquiétant.

Le déluge et son déni

Le déluge est un thème archétypal très important,
dont on retrouve la mémoire déposée dans les cultures les plus anciennes,
les plus différentes.

Mais cette mémoire est aussi occultée ou passée au second plan,
depuis l’avènement de la philosophie des Lumières au 18e siècle,
et son excroissance :  la culture dominante, scientifique et technique.

Pour celle-ci, la terre et les espèces vivantes qui la composent,
suivent un long chemin d’évolution progressive,
un tracé linéaire ascendant, symbolisé par le progrès continu de la vie,
comme au niveau géologique, le lent mouvement de la tectonique des plaques,
ou la paisible alternance, depuis le quaternaire, des périodes de glaciation
et de réchauffement climatique.

Quelques grands noms ponctuent ce chemin évolutif et progressif,
aussi bien au niveau scientifique avec Lamarck et Darwin, les plus connus,
qu’au niveau philosophique et spirituel avec Hegel, Marx, Teilhard de Chardin, Shri Aurobindo, etc
– plus récemment encore le philosophe américain Ken Wilber, dont j’ai déjà critiqué ici le penchant évolutionniste.

La belle exception, c’est Cuvier :
En plein 18e siècle, le scandaleux paléontologue du musée d’histoire naturelle,
met en évidence haut et fort, l’extinction brutale de nombreuses espèces,
en particulier les mammouths de Sibérie et les mastodontes américains,
– et cela dans une période relativement récente, autour de – 10 000 ans.
(voir le livre « La 6e extinction » d’Elizabeth Kolbert, dans un article récent de ce blog.)

Toutes ces espèces auraient été balayées brutalement par une catastrophe,
dont Cuvier se refuse à spéculer sur la nature, mais qui provoque une très vive controverse avec Lamarck.
Il se heurte déjà à l’évolutionisme dominant de son époque
et son rejet brutal de toute allusion aux catastrophes de l’histoire terrestre,
dont le désir inconscient de quiétude intérieure pourrait être l’explication psychologique la plus pertinente.

Ce désir de quiétude est toujours dominant à l’heure actuelle,
avec ses dogmes fondateurs, intangibles,
comme la paisible tectonique des plaques,
et s’il vous vient d’évoquer le déluge,
attendez vous d’être traité de catastrophisme irrationnel et obscurantiste.

Pourtant, le passage annoncé par certains, de plus en plus nombreux,
dans le nouvel âge de l’Anthropocène,
réactualise soudain le danger d’une catastrophe planétaire brutale et fatale,
dont l’être humain serait le principal artisan
par la destruction systématique et acharnée de son environnement.

Par voie de conséquence sans doute, les mythes du déluge ancien
reprennent toute leur place,
suscitant de plus en plus l’intérêt,
et c’est dans ce courant actuel que pourrait prendre sa place cette exposition
et les réflexions qui en résultent.

Le déluge dans les mythologies et traditions anciennes

Il y a un « déluge » des textes mythologiques sur le déluge,
et cela dans toutes les traditions du monde entier,
comme si « elles s’étaient passées le mot » :

Les thèmes se ressemblent et se recoupent comme des leitmotiv :
le thème des différents âges du monde séparés chacun par des cataclysmes,
le thème des ténèbres prolongées avec la disparition du soleil,
le thème de l’inondation généralisée, exceptée dans les hauteurs,
le thème de l’effondrement ou de l’embrasement du ciel.

Deux hypothèses viennent alors à l’esprit :
soit toutes ces traditions et mythologies dispersées dans le monde
proviennent d’une même civilisation originelle,
dont le système de pensée « catastrophiste »se serait répandu partout, universellement, comme une obsession maladive,
soit elles sont le témoignage de cataclysmes réels, d’une telle ampleur,
que l’ensemble de la planète en a été affectée en sa mémoire.
– c’est évidemment cette deuxième hypothèse qui m’agrée !

Je ne m’étendrai pas sur le sujet, pour ne pas tomber dans les longueurs de l’érudition.
J‘ai juste choisi quelques extraits de textes anciens,
pour leur pertinence descriptive et leur caractère poétique.

Pour approfondir le sujet, il y a de nombreux livres intéressants,
selon la bibliographie très incomplète que je propose en fin d’article :
Pierre-Elie Terrenoir me semble un incontournable (3),
qui s’est inspiré du très complet travail du psychiatre Velikovsky (3)
analysant de manière jungienne les invariants des différents mythes.


L’épopée de Gilgamesh

Lorsque brilla le point du jour, monta de l’horizon une nuée noire,
dans laquelle tonnait Adad le dieu de l’Orage…
Le dieu Nergal, maître du monde souterrain et de la mort, arracha les vannes célestes,
et Nirmuta, le délégué des dieux sur la terre, se mit à faire déborder les barrages,
tandis que les dieux infernaux projetaient des torches et, de leurs éclats divins, embrasaient toute la terre.
Adad déploya dans le ciel son silence de mort, réduisant en ténèbres tout ce qui était lumineux.
Les assises de la Terre se brisèrent comme un vase.
Un jour entier, le premier, l’Ouragan se déchaîna et le Déluge déferla.
L’anathème passa sur les hommes comme la guerre…


Le Popol Vuh ou Livre Sacré des anciens Mayas-quichés
Un déluge fut provoqué par le « Coeur du Paradis »,
une grande inondation se produisit en s’abattant sur les têtes des créatures…
Car celles-ci ne pensaient plus et ne parlaient plus à ceux qui les avaient créés,
à leur Créateur et à leur Fabricant.
C’est pour cela qu’elles furent tuées et inondées.
Une résine lourde tomba du ciel…
Ce fut pour les punir d’avoir oublié le « Coeur du Paradis »,
dont le nom est Huracan (ouragan)…
A cause de cela, la face de la Terre s’obscurcit et une pluie noire commença à tomber, jour après jour, nuit après nuit…
En ces temps, des nuages et une semi-obscurité recouvrirent la Terre.
Il n’y avait plus de soleil…
Le ciel et la terre existaient toujours,
mais les faces du soleil et de la Lune étaient voilées…
Le soleil n’apparaissait plus, ni la lune, ni les étoiles,
et l’aube ne se levait plus…
Alors les feux des humains s’éteignirent
et ils commencèrent à mourir de froid…
Ils de purent supporter plus longtemps ni le froid ni la glace ;
ils grelotaient et leurs dents claquaient…


Platon   « Le Timée » (20d, 26b)

« Vous êtes tous jeunes d’esprit, car vous n’avez aucune opinion fondée sur une ancienne tradition,
et aucune science blanchie par le temps.
En voici la raison : il y a eu souvent et il y aura encore souvent des destructions causées de différentes manières,
les plus grandes par le feu et par l’eau…
…Dans les temps qui suivirent, il y eut des tremblements de terre et des inondations extraordinaires,
et dans l’espace d’un seul jour et d’une seule nuit,
tout ce que vous aviez de combattants fut englouti dans la terre,
et l’île d’Atlantide, s’étant abîmée dans la mer, disparut aussi complètement.
Voilà pourquoi cette mer, aujourd’hui encore, est impraticable et inexplorable,
la navigation étant gênée par les fonds vaseux que l’île a formé en s’enfonçant…
Voilà Socrate, brièvement résumé, ce que m’a dit Critias qui le tenait de Solon…


L’Apocalypse de Jean
Lorsqu’il ouvrit le sixième sceau,
il se fit un violent tremblement de terre.
Le soleil devint noir comme une étoffe de crin
et la lune entière comme du sang.
Les étoiles du ciel tombèrent sur la terre,
comme fruits verts d’un figuier battu par la tempête.
Le ciel se retira comme un livre qu’on roule,
toutes les montagnes et les îles furent arrachées.
Les rois de la terre, tous les grands et les chefs d’armée,
les riches et les puissants,
tous, esclaves et hommes libres,
se cachèrent dans les cavernes et les rochers des montagnes.
Ils disaient aux montagnes et aux rochers :
« Tombez sur nous et cachez-nous  loin de la face de celui qui siège sur le trône,
et loin de la colère de l’agneau !
Car il est arrivé le grand jour de leur colère,
et qui peut en survivre ? »

Quand la science intégrative parle du déluge

Quelques tentatives scientifiques intéressantes osent parler du déluge,
loin du déni et du dénigrement ambiant.

Leur intérêt vient de ce qu’elles étudient le déluge de manière intégrative,
c’est à dire en tenant compte aussi bien des textes et traditions anciennes,
que des observations factuelles les plus contemporaines,
avec l’intention de les unifier,
pour tenter de nous proposer une vision cohérente.

Le livre d’Andrew Collins sur l’Atlantide en est un exemple(4),
il renverse avec pertinence les dogmes sur cette île mystérieuse,
dont la disparition remonterait au déluge.

Cela commence par une étude très sérieuse de Platon
en examinant à la loupe les récits du Timée et du Critias.
Platon connaissait l’Amérique, qu’il appelle le « continent opposé »,
il savait que l’on pouvait l’atteindre dans les temps anciens depuis l’Occident,
en naviguant d’îles en îles, dont la plus grande était l’Atlantide
– cela porte un sérieux discrédit à l’exploit de Christophe Colomb.

Au sujet de la datation du déluge qui submergea l’Atlantide,
Platon l’évalue avec une certaine pertinence aux environs de – 8570,
pendant un combat opposant les athéniens aux guerriers de l’Atlantide.
I
ncroyable de savoir que cet aspect de l’oeuvre de Platon
consacrée à l’Atlantide et à sa destruction,
a été volontairement méprisé et occulté,
– on n’en parlera jamais dans un cours de philo, ce n’est pas au programme !

Cela devient encore plus intéressant,
quand l’auteur nous parle des récentes découvertes
dans la région des Bahamas et des Caraïbes,
où l’on a retrouvé à fleur d’eau, des vestiges d’une grande cité,
qui se dressait au coeur de l’île de l’Atlantide disparue par effondrement.
C’est l’île de Cuba qui attire les faveurs des chercheurs actuels
comme si elle jouait le rôle d’épicentre.

Quant aux Vénètes, qui se sont installés près des menhirs de Carnac,
beaucoup de signes convergent pour montrer qu’ils seraient des rescapés
du déluge ayant détruit l’Atlantide,
comme nous le montre si bien Jean Markale dans son livre (5),
et cela vient éclairer étrangement les intuitions que j’ai ressenties,
en me promenant dans ces parages…

Conclusions diluviennes

Je comprends mieux maintenant ces vieux rochers de la côte atlantique,
– j’allais écrire atlantéenne -,
quand ils m’ont demandé de les photographier et de les exposer.

Ils sont venus du fond des âges nous interpeler
pour stimuler au plus profond de notre monde intérieur,
les vieilles mémoires des temps les plus anciens.

C’est le déluge et le mythe de l’Atlantide antédiluvienne qui ont surgi,
comme s’ils voulaient attirer notre attention sur notre condition actuelle,
fragile et éphémère,
nous rappelant à la conception cyclique de la vie et du temps,

la loi universelle de « Mort et Renaissance »,
de l’infiniment petit à l’infiniment grand,
à laquelle nul ne peut déroger.

Comme il nous font sourire, les esprits adolescents du côté de la Silicon Valley,
quand ils nous parlent de vaincre la mort technologiquement
pour nous rendre immortels.
Voilà une des plus grandes absurdités des techno-sciences actuelles
qui pourrait d’ailleurs très mal tourner,
au point d’être versé, comme facteur premier de l’extinction humaine possible,
au dossier déjà très lourd de l’extinction des autres espèces.

Cette conception cyclique de la vie et de la mort,
telle qu’elle est racontée dans l’irruption du déluge,
et qui s’oppose frontalement à la conception dominante du progrès linéaire sans fin de la modernité,
n’est pas si angoissante que l’on pourrait à première vue le croire.

Elle permet de s’émanciper de cette tension perpétuelle causée par le progrès,
où le bonheur est toujours repoussé plus loin par la tyrannie des désirs
et l’espoir incertain du futur.

Au contraire, l’acceptation de la conception cyclique du monde,
permet le grand lâcher-prise du moment présent,
– aucun souci à se faire puisque tout est éphémère,
puisque tout futur, qu’il soit individuel ou collectif,
est promis au retour cyclique de sa destruction.

S’ensuit une grande détente,
qui pourrait être un des fondements d’une conception méditative de la vie,
où c’est « le pouvoir du moment présent » qui prime,
puisque le futur est toujours incertain.

Retour cyclique et nécessaire d’un déluge individuel et collectif,
pour remettre les pendules à l’heure,
retour à l’humus, à l’humilité nécessaire,
à la fragilité de notre condition humaine.

Retour à la possibilité du déluge,
pour qu’en émane plus de sagesse,
puisque tout peut nous être retiré à tout moment.

Décidément, ces vieux rochers granitiques
qui ont vu défiler tant de déluges depuis la nuit des temps,
au point, pour certains, de se confondre à la forme
de ceux qui sont venus s’échouer sur leur rivage,

décidément ces vieux sages de pierre
n’ont pas fini de nous inspirer sagesse, rêves et réflexions,
toujours plus nécessaires en ces temps agités et incertains,
où l’Anthropocène, si rien ne change de la folie humaine,
risque d’être l’âge antédiluvien, le plus bref…

(1) Cette exposition de photos est présentée du 19 mai au 30 juillet 2016
au restaurant Yuman, restaurant bio éclairé,
70 rue du Chevaleret
Paris 13e (Métro : Bibliothèque François Mitterrand ou Chevaleret)
(2) Joseph Campbell « Le héros aux mille et un visages » ed. J’ai Lu
(3) Pierre-Elie Terrenoir « La planète folle »  Guy Trédaniel Editeur 1992
(3) Velikovsky « Mondes en collision » Stock 1976 et « Les grands bouleversements terrestres » Stock 1982
(4) Andrew Collins  « Les routes de l’Atlantide » ed. de la Huppe 2005
(4)
Collectif « Déluges et peuples engloutis » ed. Oxus
(5) Jean Markale  « Carnac et l’énigme de l’Atlantide » 
ed. Pygmalion 1987

Merci à Gilles Tessier pour son aide, sa compréhension et son accueil
dans son restaurant bio éclairé, que je recommande chaleureusement.

Merci aussi à Yves Jacquet pour son savoir inépuisable sur le sujet
et ses conseils de lecture.

 

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35 réponses à “Antédiluviens, mémoires d’avant le déluge”

  1. François Degoul dit :

    Mon épouse et moi sommes hier venus admirer vos photos, qui de fait m’ont parfois semblé fascinantes.
    Ce qui me gêne, dans votre texte ci-dessus, c’est d’abord une tonalité qui me semble plutôt dogmatique – par exemple vous parlez de « déni » ou de « dénigrer » pour ceux qui ne partagent pas votre façon de voir, vous vous rangez sans débat derrière Cuvier au détriment de Lamarck etc.
    Ce qui me gêne surtout, comme cela avait gêné l’intarissable contestataire d’Elizabeth Kolbert sur « La 6ème extinction », c’est que vous semblez accorder une foi totale à des propos et ouvrages paraissant viser davantage le sensationnel que la recherche.
    Un exemple évident: vous accordez une totale confiance à l’ami qui vous dit que le mot « déluge » vient de la racine « lug » signifiant la lumière. Effectivement, cette racine lug existe bien en latin, en celtique… mais, après vous avoir quitté hier soir j’ai trouvé confirmation de mon sentiment: le mot déluge vient du latin « diluvium » avec une racine lu (écrit aussi lv en latin), qu’on retrouve en italien etc. etc. et dans latin « lavo », français laver, lavabo etc. Donc déluge = étymologiquement inondation. Sur ce point même un coup d’œil rapide à internet est révélateur.
    Vous ne me semblez pas convaincant non plus quand vous arguez du seul déluge pour défendre votre opinion sur votre conception cyclique du temps en l’opposant à celle du progrès. Je crois plutôt que progrès et catastrophes occasionnelles ne sont pas plus incompatibles que, chez l’enfant, bosses et croissance.
    Sur la question du lien entre désir de quiétude et choix intellectuels, je vous suis tout à fait…
    mais ce désir de quiétude nourrit aussi bien un refus de voir les catastrophes, qu’à l’inverse un désir de se déresponsabiliser en croyant l’avenir de toute façon fixé par un destin, destin des cycles, des réincarnations ou autres. J’ai connu les deux phases dans ma vie.
    Ce qui me semble intéressant, c’est, comme le dit Comte-Sponville, de monter en quoi nos croyances personnelles sont influencées par notre personnalité, de façon à relativiser sa propre subjectivité pour aller vers une communion profonde avec toute croyance humaine.
    Ce qui me paraît d’un intérêt universel, dans votre « croyance » à vous, c’est cette proximité intime avec la nature, ici avec la pierre, quelque part vivante – le « caillou pensif » de Hugo -, vivante comme l’est la plante, l’animal. Etre vivant, conscient, c’est fascinant. En sentir des traces dans le végétal et le minéral, c’est effectivement fascinant.
    Amicalement
    François

    • Alain Gourhant dit :

      bonjour François,
      merci d’ouvrir la discussion,
      sauf que vous commencez d’une manière un peu agressive en me traitant de dogmatique, d’une manière que je trouve un peu hâtive et polémique.
      Si j’étais dogmatique, je n’ouvrirai pas de commentaires sur ce blog ou je mettrais au panier les idées contraires aux miennes.
      Je crois qu’il vaut mieux dire que j’ai des croyances souvent assez tranchées, que j’aime défendre avec une certaine passion, surtout quand elles dérangent les idées et croyances dominantes ;
      mais cela ce n’est pas du dogmatisme, c’est aimer plutôt la controverse, ce qui me semble un préalable intéressant dans la formation des idées et des croyances de chacun.
      Pour ce qui est des différents thèmes que vous soulevez :
      Au sujet de la célèbre controverse entre Lamarck et Cuvier, je n’ai pas les compétences nécessaires pour défendre en profondeur les arguments de Cuvier et je reprends brièvement les arguments que j’ai trouvés dans le livre d’Elizabeth Kobler « la 6e extinction », que je vous conseille de lire, car elle développe, je trouve, de manière intéressante le sujet. Je dirai juste qu’ outre les faits scientifiques d’observation de l’extinction de nombreuses espèces aux environs de -10 000 ans et que Cuvier a bien mis au jour, ma sensibilité, mon caractère, ma conviction profonde me portent à défendre la répétition des catastrophes dans l’histoire de la Terre et de l’espèce humaine, ainsi qu’à à défendre les propos de Cuvier et sa vision « catastrophiste » de l’évolution – mais je ne vois pas pourquoi, je me censurerais et m’empêcherais de défendre les idées de ce dernier…

      En ce qui concerne le deuxième sujet : les racines du mot « déluge ».
      Vous avez raison de souligner une deuxième racine étymologique « diluvium », qui est plus en accord avec le sens commun et qui donne au déluge une connotation de submersion par les eaux, l’idée d’une énorme inondation des terres avec des vagues géantes qui engloutissent tout.
      Mais l’introduction tout aussi plausible de la deuxième étymologie « le dieu Lug » donne au déluge un enrichissement de taille que l’on retrouve d’ailleurs souligné dans de nombreuses mythologies : la présence d’une longue période de ténèbres, d’obscurité terrifiante avec disparition du soleil et de la lune.
      L’hypothèse la plus vraisemblable serait la création de cette obscurité par le surgissement d’énormes nuages de poussières et de vapeur d’eau, consécutifs à l’impact des fragments d’astéroïdes qui ont frappé la terre mais surtout la mer à cette période.
      Ainsi ces deux étymologies me semblent complémentaires et s’enrichissant l’une l’autre, dans une conception « intégrative » du déluge. Qu’en pensez -vous ?
      Je vais arrêter là la discussion pour aujourd’hui. A bientôt

  2. François Degoul dit :

    C’est vrai, Alain, que l’emploi de termes péjoratifs (« dogmatique », « agressif », « polémique ») est délicat.
    A vrai dire, le seul terme chez vous qui m’ait paru formellement « dogmatique », c’est le mot « déni ».

    Le déni, c’est en effet le refus de voir une réalité, et donc parler de « déni » chez ceux qui repoussent l’idée de déluge, c’est, pour reprendre vos termes, une façon d’affirmer la réalité de ce déluge et de « mettre au panier l’idée contraire ».

    Or savoir s’il y a bien eu un (ou des?) déluges, c’est, vous le dites vous-même ailleurs, une question controversée. Moi, je parierais plutôt pour un ou des déluges; ma femme, historienne est plus réservée, mais j’accueille une thèse ou l’autre.

    Sur Cuvier et Lamarck, je vous remercie d’avoir aiguisé ma curiosité. Je suis allé sur Google.
    J’en garde le sentiment que les deux thèses sont non incompatibles mais complémentaires,

    et par ailleurs, humainement, Cuvier m’inspire une certaine antipathie: son attitude envers Lamarck, son rôle dans la naissance du racisme…

    Reste l’étymologie du mot déluge.
    Etant moi-même, de profession, linguiste et spécialiste des langues indo-européennes, je n’ai pas voulu abuser de cette position de force dans la discussion et j’ai volontairement laissé un certain flou dans mon exposé.
    Ce flou, vous l’interprétez en définissant l’hypothèse « LUG » comme « tout aussi plausible » que celle du latin « diluvium ».
    Je suis assez gêné, car les spécialistes, dont je suis, ont souvent le défaut du « dogmatisme » que je vous ai reproché, et je partage avec vous une certaine méfiance, parfois excessive, envers les spécialistes.

    Ceci dit, il est plus raisonnable de faire confiance à des spécialistes ayant étudié une question pendant des années qu’à des affirmations alléchantes mais peu réfléchies.

    Après ces réserves, je me permets de vous dire que l’hypothèse d’une étymologie « lug » n’est à ma connaissance confirmée par AUCUN indice : il faudrait trouver entre le latin et le mot français « déluge » au moins un mot attestant dans la langue d’une continuité entre les deux.

    Une telle recherche me paraît vouée à l’échec, mais vous pouvez chercher.

    En revanche la continuité entre le latin « diluvium » et le français « déluge » est si bien attestée qu’aucun linguiste ne la discute.

    Par ailleurs, il est normal que pour traduire la Bible en latin, saint Jérôme ait utilisé le mot latin « diluvium » qui signifie inondation, puisque le récit biblique ne parle que d’une inondation, et nulle part de ce changement d’aspect du ciel qu’on trouve dans d’autres traditions que vous citez.

    Merci de contribuer à notre réflexion par ce blog.
    Amicalement
    François

    • Alain Gourhant dit :

      Oui, François,
      je ne perdrai pas trop de temps à me défendre de cette nouvelle accusation de dogmatisme au sujet du déni de la science en ce qui concerne le déluge, depuis le 18e siècle et l’avènement des « soi-disant » lumières. Pour moi, il s’agit seulement de poser ce déni comme un fait, une réalité dans l’histoire des idées et des croyances. Après on peut discuter le sens et la valeur de ce déni, ce qui est, encore une fois, le sens de ce blog et qui est le contraire du dogmatisme, je trouve.

      Pour ce qui est de « Lug », je demanderai lundi à mon ami, comment il répondrait à votre propos.
      Pour moi, en fait, ce qui m’intéresse le plus, comme je l’ai déjà dit, c’est que l’unique étymologie du mot « diluvium » est un peu restrictive et elle empêche de penser le déluge de manière multidimensionnelle. Or dans les mythologies les plus diverses l’aspect ténébreux du déluge est très important et très terrifiant, autant que la submersion par les eaux.
      Pour ce qui est de la bible, vous faites erreur, mon cher François, dans l’Exode 10.21-29, « L’Eternel dit à Moïse : Tends ta main vers le ciel et qu’il y ait des ténèbres sur l’Egypte… »
      Pierre-Elie Terrenoire dans la « Planète folle » parle de la tradition rabbinique qui cite également cet épisode : « les ténèbres étaient de telle nature qu’elles aveuglaient et faisaient suffoquer… »
      Il fait aussi allusion à l’épopée de Gilgamesh, très ancienne, de tradition sumérienne et qui pourrait être le texte fondateur de l’épisode du Déluge dans la bible. L’aspect ténébreux de celui-ci est très important comme vous pouvez en trouver l’exemple dans le morceau choisi que j’ai retranscrit dans l’article.
      Il faudrait aussi parler des contes africains du Soudan, du Kalevala, l’épopée finnoise, des traditions péruviennes, du livre iranien Anugita, de certains textes bouddhistes, des indigènes des îles Samoa, des traditions polynésiennes, etc, bref, les ténèbres par obscurcissement du ciel et disparition du soleil pendant une longue période est un thème aussi fréquent que l’inondation.
      C’est pour cela que je choisis cette étymologie possible, car elle permet d’enrichir notre vision restrictive du déluge, même si on ne la trouve pas dans Google, ce qui pourrait ouvrir un autre long débat sur la valeur informationnelle de Google, dont il faut selon moi se méfier particulièrement, en particulier Wikipedia.

  3. François Degoul dit :

    Après « la nuit qui porte conseil », deux brefs ajouts:
    1) Sur l’Extinction des espèces, je viens de m’instruire: recherches sur Google, relecture de votre entré de blog où vous dialoguez avec M.D. dont le niveau de réflexion me dépasse largement, mais chez qui, le 07 janvier 2016, je retrouve une phrase explicitant merveilleusement mon point de vue sur Cuvier et Lamarck. La réalité des extinctions catastrophistes découverte par Cuvier, dit M.D. « ne signifie pas que le rempalcement progressif n’ait pas existé : il n’

  4. François Degoul dit :

    Ce matin, après « la nuit qui porte conseil », deux brefs ajouts:

    1) Sur l’Extinction des espèces, je viens de m’instruire:

    recherches sur Google, relecture de l’entrée de blog où vous dialoguez avec M.D,. dont le niveau de réflexion me dépasse largement, mais chez qui, le 07 janvier 2016, je retrouve une phrase explicitant merveilleusement mon point de vue sur Cuvier et Lamarck :

    La réalité des extinctions catastrophistes découverte par Cuvier, dit M.D.,

    « ne signifie pas que le remplacement progressif n’ait pas existé : il n’a simplement pas été le seul processus impliqué. »

    2) Vous m’écrivez, vous, Alain (21 mai):
    « ma sensibilité, mon caractère, ma conviction profonde me portent à défendre la répétition des catastrophes dans l’histoire de la Terre et de l’espèce humaine, ainsi qu’à défendre les propos de Cuvier et sa vision « catastrophiste » de l’évolution ».

    Ceci me paraît extrêmement intéressant pour mieux comprendre cette réalité humaine qu’est l’attirance pour la catastrophe, attirance que j’avais déjà observée ici et là, mais qui me paraît plutôt étrange:

    chez moi cette attirance pour la catastrophe est restée longtemps refoulée , et ensuite assumée, elle a faibli,
    et puis le déploiement dans l’imaginaire de ce catastrophisme et de son cousin la puissance destructrice, si bizarres à mes yeux, me lancent un immense défi: faire avec, comprendre, aimer, dialoguer.
    Amitiés
    François

  5. François Degoul dit :

    Ce matin, nos deux messages se sont croisés. Et puis un clic malencontreux a édité à 10 h26 mon message matinal non terminé. Merci de supprimer ce message de 10h26.

    Quant à votre réponse de 10h31, elle a comme la mienne précédente le mérite d’affiner ce que nous avons à nous dire.

    De fait ma phrase « le récit biblique ne parle que d’inondation » se situait dans un contexte, le récit du déluge, et je n’avais pas mentionné les nombreuses mentions bibliques ou coraniques d’obscurité concernant d’autres épisodes, comme le « dernier jour » dit encore « fin du monde ».

    J’ai simplement justifié la traduction du mot biblique par « diluvium », « inondation », en observant que le récit biblique du déluge était uniquement celui d’une inondation.

    Quant à Google et Wikipédia, j’en mesure comme vous les limites. On y trouve « à boire et à manger », mais avec bien souvent des points de vue contradictoires.

    Au total, il me paraît toujours intéressant de passer vos « croyances souvent assez tranchées » comme vous dites vous-même le 21 mai à 11h08, au crible des données Google, assez fouillis, mais utiles pour une approche des questions aussi équilibrée que possible.

    Sur la question de l’étymologie, je précise simplement comme pauvre « spécialiste » que dans ce domaine, si utile que soit l’éperon de l’intuition et de l’imagination, une intuition initiale n’a aucune valeur « scientifique » tant qu’elle ignore l’histoire de la langue,
    c’est-à-dire les étapes par lesquelles les langues évoluent et les documents témoignant de ces étapes.

    Entre la racine indo-européenne luk/lug (luk en latin) et le français « déluge », j’aimerais bien, pour vous faire plaisir, trouver le moindre indice de continuité, mais je n’y arrive pas. Je « jette l’éponge » comme on dit.
    L’intuition de votre ami a exactement la valeur de ce qu’on appelle « étymologie populaire », c’est-à-dire que les gens font un rapprochement qui leur paraît lumineux, mais qui ne correspond pas à l’histoire de la langue.

    Mais dans quelle mesure les adultes ont-ils raison de ne plus croire au Père Noël?
    J’essaie toujours de pencher vers ce qui me semble le plus probable…

    Ceci dit, c’est à votre ami de voir ce qu’il répond.
    A +
    François

    • Alain Gourhant dit :

      Je trouve ça très bien mon cher François, que « vous jetiez l’éponge », en ce qui concerne cette discussion sur l’étymologie du « dé-luge ».
      Je crois que ce qui importe, c’est que nous ne soyons pas restreint, voire diminué dans nos facultés cognitives et nos élans imaginatifs par des conceptions univoques et finalement « dogmatiques », des sciences qu’elles soient étymologiques ou autres.

      Moi, finalement j’aime bien aussi croire au père Noël, avec les enfants dont l’admire une certaine liberté d’esprit innocente. De la même manière, l’hypothèse du dieu Lug qui priverait pour quelques temps la terre et surtout les hommes de sa Lumière, parce qu’ils l’ont bien mérité, m’enchante. Je sais ce n’est pas scientifique, ce n’est pas sérieux, mais je crois que ce monde des rêves et de la fantaisie représente une des meilleures parts de ce qui nous a été donné de cultiver en notre monde intérieur.
      C’est d’ailleurs là que se trouve le sens premier de mon exposition de photos et j’attends avec hâte le jour où les enfants de l’école Montessori à côté de chez moi, vont venir la voir, pour dessiner ensuite ce que ces rochers fantastiques leur inspirent.

      Par ailleurs, je voudrais revenir sur votre 1er message, vous dites :
      « Vous ne me semblez pas convaincant non plus quand vous arguez du seul déluge pour défendre votre opinion sur votre conception cyclique du temps en l’opposant à celle du progrès. »
      Vous m’avez mal lu, François, je parle de :
      la loi universelle de « Mort et Renaissance »,
      de l’infiniment petit à l’infiniment grand,
      à laquelle nul ne peut déroger. »
      Je ne peux être plus clair :
      toute la création sur terre et hors terre, dans le cosmos, me semble régi par cette loi. Qu’il y ait des phases de progrès possibles et cela à plusieurs niveaux, cela je ne le nie pas, mais elles sont éphémères et finissent toujours par la destruction d’elles-mêmes.
      Il me semble que je tiens cette certitude par l’introspection intérieure,et de la vision de ma vie avec ses phases de croissance puis de décroissance, avec cette certitude de la mort et la renaissance.
      La science est pleine d’illusions à ce sujet, elle ressemble à un adolescent plein de vitalité, d’espoirs et de certitudes, mais qui ne connait rien en profondeur de la vie. Son progrès technoscientifique dont elle est si fière, est destiné lui aussi à la destruction, destruction d’autant plus accélérée qu’elle est dans « l’hubris » de son inconscience.

  6. Claudine D dit :

    Il m’a fallu beaucoup de temps pour clarifier le mêli-mêlo d’impressions diverses et contradictoires laissées par ce texte. Ne pouvant pas tout développer, je ne m’en tiendrai qu’à quelques points.

    Il est vrai que ces roches sont impressionnantes et peuvent déclencher des images, des rêveries, qui bien entendu, sont propres à chacun.
    Là dessus chacun a sa propre liberté de laisser agir son imagination pour construire un monde qui lui est propre; cela n’appelle aucun jugement

    Mais là où ça devient très contestable, c’est à partir du moment où vous prenez cette imagination comme point de départ d’une théorie (l’existence d’un déluge universel) qui ne peut pas s’appuyer sur les textes cités, car trop éloignés les uns des autres, dans l’espace et dans le temps. J’expliquerai plus bas pourquoi néanmoins ces textes sont importants pour essayer de comprendre ce qui s’est passé.

    On en arrive – et c’est là où le bas me blesse le plus – à l’affirmation délirante de « Platon connaissait l’Amérique » et de la navigation d’île en île à travers l’océan Atlantique, îles qui auraient sombré dans ce déluge universel. Evidemment, depuis 2000 ans, la recherche de l’Atlantide a excité l’imagination!
    Mais l’exploration du fond de l’océan, menée depuis le début du XX° s. pour d’autres objectifs, n’a révélé aucune île submergée. Le fond de l’océan se présente comme des plaines à environ 3000 à 4000 m de profondeur, avec une chaine de montagnes au milieu. Les seules îles qui existent ont au contraire surgi de l’océan, puisqu’elles sont volcaniques.

    Venons-en à un deuxième point: l’extinction des espèces mentionnée par Cuvier. Elle existe, c’est indéniable. Je ne me mêlerai pas de sa querelle avec Lamarck, que je connais trop mal. Mais je voudrais dire ceci. L’état des connaissances à l’époque de Cuvier ne permettait pas de dater cet épisode, ni de l’expliquer. Aujourd’hui nous en savons un peu plus sur la géologie, les fossiles et l’histoire des espèces. Parmi les hypothèses vraisemblables qui ont été proposées (vous remarquerez que je suis prudente), on peut retenir l’action d’homo sapiens qui, avant d’avoir l’idée de faire de l’élevage, s’attaquait aux animaux les plus faciles à abattre, c’est-à-dire les jeunes, contribuant ainsi à la disparition de certaines espèces, comme il a continué à le faire jusqu’à aujourd’hui. Une autre hypothèse avancée est que la glaciation sévissait alors, contribuant à diminuer la matière végétale et donc la nourriture pour ces espèces. Les deux hypothèses ne s’excluent d’ailleurs pas.

    Enfin, dernier point, qui me parait le plus important. Les mythes du déluge et de l’obscurcissement du ciel sont présents un peu partout sur la terre. C’est un fait. Mais je crois que pour tenter de comprendre ce fait, il vaut mieux séparer l’analyse des deux phénomènes. Je m’explique/

    Pour les inondations, il n’est pas nécessaire de supposer un déluge universel. Les tsunamis, présents presque partout sur les côtes, suffisent à rendre l’idée du déluge universelle , sans compter que la fin de la dernière glaciation ( à partir de -7000 environ) a vu le niveau des mers monter de 120m, lentement cette fois il est vrai, bien que certains épisodes catastrophiques aient pu se produire, comme l’ouverture de la mer Noire, et laisser des traces dans les mémoires humaines.
    Pour la Mésopotamie, si importante pour notre culture, les spécialistes de l’antiquité de cette région s’accordent en général pour penser que les crues violentes auxquelles sont sujets le Tigre et l’Euphrate sont à l’origine du mythe du déluge tel que rapporté par la littérature sumérienne, dont la Bible a hérité

    Deux remarques au sujet de l’obscurcissement du ciel. La disparition du soleil n’était-elle pas une des grandes peurs de l’humanité ancienne? Ce n’est pas un hasard si le soleil est considéré comme une divinité dans bien des civilisations: l’honorer, c’est faire en sorte qu’il se perpétue.
    Mais cette disparition, momentanée, ou du moins son voilement, a bel et bien eu lieu, et sans doute à plusieurs reprises depuis qu’homo sapiens vit sur cette terre.
    J’ai vu sur Arte l’année dernière un reportage passionnant sur l’explosion d’un volcan indonésien (dont j’ai oublié le nom). Cette explosion, qui s’est produite quelques milliers d’années avant JC, a été si puissante qu’elle n’a laissé à la place du volcan qu’un lac d’une grande profondeur. Mais surtout elle a également laissé des traces de cendres et d’autres produits associés jusque dans les glaces de l’Antarctique, où des carottes de glace les récupèrent aujourd’hui. Ce qui signifie que pendant plusieurs années le ciel a été obscurci par des nuages de cendres un peu partout sur la terre.

    Plus près de nous, de nombreux témoignages rapportent qu’en Europe les années 1787 et 1788 ont été des années très froides, et que le soleil d’été ne chauffait pas et était « blafard ». Certains historiens font même de la disette ainsi provoquée une des causes de la révolution française. Or on sait aujourd’hui que cet épisode climatique est lié au tournoiement autour de la terre de cendres volcaniques provenant, encore une fois, d’Indonésie.

    Tout cela pour aboutir à quoi? Au fait, d’abord qu’il y a eu sur la terre de nombreux phénomènes naturels violents, qui ont frappé des peuples éloignés les uns des autres, qui en ont gardé souvenir. Dans les mémoires, les épisodes ont pu se mêler au fil des temps, si bien que les déluges et les obscurcissement du ciel ont pu être confondus; sans compter que de violents orages peuvent provoquer les deux phénomènes à la fois.
    Ce dernier paragraphe n’est qu’une hypothèse, mais qui me semble vraisemblable.
    Comment sinon, expliquer l’existence d’un déluge universel? Il faut alors supposer l’existence d’une force supérieure à tout ce qui existe sur la terre.
    Qui? Pourquoi? Dans quel but? Pour répondre, on en revient aux mythes……

    • Alain Gourhant dit :

      merci Claudine ce cet apport très intéressant, à verser dans « le mêli-mêlo d’impressions diverses et contradictoires laissées par ce texte ».
      En ce sens l’objectif essentiel de mon article est atteint : un échange contradictoire et varié d’idées, de croyances, de faits, de mémoires, d’imagination et de poésie aussi.
      Où ça devient un peu (beaucoup) épineux et difficile, c’est quand le mental fondé sur le cerveau le plus archaïque de la défense du territoire (réel ou symbolique), prend le dessus, et veut absolument avoir raison et réduire la possibilité infinie des hypothèses qui peuvent fleurir sur un aussi beau sujet de réflexion que le déluge.
      Dans un autre langage emprunté à la physique quantique vue de manière poétique, on pourrait dire que le champ (le chant) infini des possibles, est réduit « à peau de chagrin », un champ triste et unilatéral, dont la tristesse réside en son caractère monolithique.
      Aussi l’intérêt de vos hypothèses me chagrinent un peu quand nous retombons dans la malheureuse et sempiternelle histoire humaine du « j’ai raison, il a tort » – la graine de toutes les violences et de toutes les guerres.
      J’ai remarqué ainsi quelques écarts de langage dans vos propos avec un pic « On en arrive – et c’est là où le bas me blesse le plus – à l’affirmation délirante de « Platon connaissait l’Amérique …» Ce n’est pas sympa pour moi bien sûr, mais surtout pour Platon… Il faut le relire, ma chère Claudine, attentivement et c’est ainsi que je l’ai fait, aidé par les livres indiqués dans ma bibliographie.
      Il s’agit d’une hypothèse qui peut nous choquer, figés que nous sommes dans nos certitudes et nos croyances trop bien établies, mais elle n’est malheureusement pas si délirante que cela, ou plutôt heureusement, car elle nous fait rêver…elle nous ouvre un espace de liberté intérieure, on fonce vers la poésie et le mythe, qui est un des aspects le plus intéressant de Platon.
      Finalement, le grand problème de la science ou des sciences si bien établies actuellement, c’est qu’elles fonctionnent comme une religion, pétries de certitudes unilatérales sur notre monde : les guerres actuelles proviennent de cela : des religions différentes qui se radicalisent en voulant imposer chacune une vision unidimensionnelle du monde extérieur et intérieur.
      Donc, comme pour François, je ne rentrerait pas dans une discussion interminable pour savoir qui a raison, qui a tord sur les différentes hypothèses au sujet du déluge, et dont les vôtres représentent d’une certaine manière l’opinion commune basée sur la raison dominante,
      je vous remercierai plutôt une nouvelle fois pour votre contribution à cette réflexion collective, et plutôt que de parler de délire pour les hypothèses qui ne rentrent pas dans votre cadre, j’aimerais que nous parlions d’exploration « du chant des possibles » et de mystères…

  7. Claudine D dit :

    Oui… bon… j’ai effectivement frappé un peu fort en utilisant l’adjectif ‘délirant`. Je le retire bien volontiers. Mais néanmoins je maintiens ma position générale.

    Nous sommes au moins d’accord sur un point: Platon, c’est de la poésie et du mythe.

    Mais me faire comparer aux intégristes, moi qui suis par nature et par formation plutôt sceptique, cela m’a beaucoup choquée. Croyez-moi, je ne suis prète à déclencher la violence ou à mourir pour AUCUNE cause.

    Mais je me demande pourquoi vous êtes si hostile à la science. Faut-il rejeter ses apports? ou les mettre sur le même plan que d’autres croyances? Est-ce être intégriste que d’affirmer que la terre tourne autour du soleil, alors que l’expérience sensible immédiate montre le contraire?

    Vous avez lu le beau livre de Jean Staune « La vie a-t-elle un sens? » Vous savez donc que la science travaille par hypothèses; qu’elle croit avoir trouvé l’explication d’un problème, mais qu’elle est capable de changer d’explication si des données et des démonstrations nouvelles se présentent. Les vrais savants sont toujours dans le doute.
    Ce n’est pas la science qu’il faut accuser, ce sont les scientistes, qui sont légion, je vous l’accorde.

    Je vous laisse bien volontiers l’exploration des mystères; vous êtes plus doué que moi pour cela.

    • Alain Gourhant dit :

      oui, Claudine, je suis devenu hostile à la plupart des sciences, non point que leurs contributions ne soient pas inintéressantes, mais parce qu’elles se prennent depuis le 18e siècle comme la source unique du savoir humain, en méprisant souverainement les autres sources de la connaissance, en particulier la connaissance spirituelle et métaphysique, sans parler des connaissances émotionnelles et de la psyché humaine.
      Du coup nous mesurons maintenant les dégâts de cette vision restrictive et unilatérale de la réalité, au point que la seule raison est devenue la plus grande irrationalité qui domine ce monde en folie.
      L’intégrisme me semble actuellement du côté des sciences, comme religion dominante de l’Occident, et je défends face à cet intégrisme une conception intégrative de la connaissance où mythologies et sciences font bon ménage, sans s’envoyer des invectives.
      En ce sens Platon, c’est à son honneur, n’est pas seulement un poète et un mythologue, mais aussi un grand penseur qui a posé certains fondements de la rationalité, comme dans la République. D’une certaine manière il était intégratif et multidimensionnel.

      • Alain Gourhant dit :

        Pour continuer ce dialogue avec Claudine, je me risquerai à dire qu’il est préférable actuellement, au milieu de cette crise majeure du monde et de l’humanité, de se laisser pénétrer ou infuser par « la possibilité du déluge », afin de se réveiller du doux « ronron » du progrès illimité que nous inflige depuis quatre siècle l’idéologie dominante technoscientifique – même si de toute manière le réveil se fera, autant s’y être préparé…
        Se laisser infuser par la possibilité du déluge, cela se fait à mon sens d’abord par rapport au monde extérieur et à son histoire, en particulier en revisitant les mythologies et les textes religieux injustement méprisés, mais cela se fait aussi à l’intérieur de soi-même, par une sorte de déluge intérieur, capable d’emporter toutes les vieilles certitudes, toutes les croyances surannées, tous les dogmes et idées toutes faites héritées de nos diverses programmations intérieures, comme si tout cela était emporté par un flot de vagues déchaînées, par un feu intérieur descendu du ciel en flammèches de lumière et qui n’épargne rien de nos masques et de nos armures diverses.
        Je crois qu’il y a un travail intérieur diluvien nécessaire, afin de se nettoyer de l’ancien et pouvoir renaître à neuf dans la béance du moment présent chargé de tous les possibles.
        Et je crois que pour décrire cela, il y a la poésie, « la poésie du déluge », toujours très belle, car elle touche au plus profond de notre monde intérieur et ses mémoires les plus anciennes.
        Pour cela j’ai choisi notre prix Nobel 2008 en la personne de J. M. G. Le Clézio, que je révère surtout dans ses premiers écrits, avant qu’il ne devienne une vedette obligée de sortir son roman de commande annuel. Or, au tout début, entre « La Fièvre » et « L’extase matérielle », il a écrit en 1966 « Le Déluge », en voici les premières lignes qui débute une prose poétique diluvienne de 46 pages en guise de premier chapitre :

        « Au commencement, il y eut des nuages, et des nuages, lourds et noirs, chassées par quelques vents, retenus à l’horizon par une ceinture de montagnes.
        Tout s’obscurcit et les objets se couvrirent d’écailles régulières, pareilles à des lames d’acier, cottes de mailles, qui émiettaient, gaspillaient le peu de clarté qui restait encore (…)
        Le mouvement se faussa petit à petit ; non pas qu’il diminuât en intensité, ou en mode, mais parce qu’il s »épuisait à retarder les attaques du gel total, de l’immobilité à caractère éternel, qui gagnait, perpétuelle, qui rongeait, digérait le sol pouce par pouce, qui s’infiltrait au sein des animations, qui brisait l’harmonie autrefois établie en différences, qui pénétrait au coeur de la matière, annihilait les origines mêmes de la vie… » ed. L’imaginaire Gallimard.

        • Alain Gourhant dit :

          Quant à Rimbaud, cet atlantéen merveilleux, lui, il se place résolument « Après le déluge » pour commencer ses Illuminations :
          « Aussitôt que l’idée de Déluge se fut rassise, un lièvre s’arrêta dans les sainfoins et les clochettes mouvantes et dit sa prière à l’arc-en-ciel à travers la toile de l’araignée.
          Oh les pierres précieuses qui se cachaient, – les fleurs qui regardaient déjà.
          Dans la grande rue sale les étals se dressèrent, et l’on tira les barques vers la mer étagée là-haut comme sur les gravures.
          Le sang coula chez Barbe-bleu, – aux abattoirs,- dans les cirques, où le sceau de dieu blêmit les fenêtres. Le sang et le lait coulèrent… »

  8. François Degoul dit :

    Je rebondis , Alain, sur les « croyances souvent assez tranchées » que vous observez chez vous-même le 21 mai à 11h08, et ce que vous dites le surlendemain sur le lien entre votre « introspection » (« la vision de ma vie », dites-vous) et ces croyances qui sont les vôtres.

    Je vous cite, (23 mai à 10h29):

     » la loi universelle de « Mort et Renaissance »,
    de l’infiniment petit à l’infiniment grand,
    à laquelle nul ne peut déroger. »
    Je ne peux être plus clair :
    toute la création sur terre et hors terre, dans le cosmos, me semble régie par cette loi. Qu’il y ait des phases de progrès possibles et cela à plusieurs niveaux, cela je ne le nie pas, mais elles sont éphémères et finissent toujours par la destruction d’elles-mêmes.
    Il me semble que je tiens cette certitude par l’introspection intérieure, et de la vision de ma vie avec ses phases de croissance puis de décroissance, avec cette certitude de la mort et la renaissance. »

    Voilà votre « profession de foi ».

    Pour moi, dans « la vision de ma vie » Je distinguerais d’un côté le déroulement de celle-ci et d’un autre la façon dont j’interprète ce déroulement.

    Biologiquement mort et renaissance sont une évidence.

    Intérieurement, j’ai moi aussi vécu mes « phases de croissance et décroissance ». Par exemple, je me suis investi puis désinvesti dans la politique, le syndicalisme, la langue espéranto, et maintenant je m’investis dans le mouvement spirituel des pèlerins d’Arès.
    Mais je n’interprète pas ces investissements et désinvestissements comme simple morts et renaissances.

    Face aux conflits qui déchirent les hommes et dont j’ai toujours souffert, je me suis certes retrouvé dans ce cercle apparent investissement / désinvestissement.

    Mais à y bien regarder, je n’y vois pas un cercle, j’y vois plutôt une ellipse, comme la coquille de l’escargot qui tourne en repassant toujours en haut puis en bas mais en s’élargissant à chaque fois.

    A chaque fois, j’ai trouvé un progrès qualitatif dans ma façon de vivre fraternité:

    fraternité faible en politique, plus ressentie dans la solidarité du syndicalisme, très marquée dans la joie de se comprendre si facilement par l’espéranto avec des gens aux langues si diverses,

    et enfin plus forte encore dans le mouvement des Pèlerins d’Arès où le seul repère est l’appel à devenir des hommes bons pour que la spirale de l’humanité elle aussi suive le même chemin : la coquille d’escargot, dirais-je avec mes mots.

    Ceci dit, pour que nous interprétions ensemble votre existence à vous, il faudrait que je la connaisse mieux, et je ne sais dans quelle mesure votre déontologie professionnelle vous autorise à livrer ici autant de vous que je me livre moi-même…

    • Alain Gourhant dit :

      « le seul repère est l’appel à devenir des hommes bons pour que la spirale de l’humanité elle aussi suive le même chemin : la coquille d’escargot, dirais-je avec mes mots. »
      J’aime bien, mon cher François, ce symbole de la spirale, c’est à dire un cercle ouvert vers le haut dans une courbe ascendante.
      Mais la réserver à l’humanité me semble d’un optimisme un peu… – comment dire ? – illusoire, ou du domaine du « voeux pieux ». Pire,se prendre pour un homme bon par opposition aux hommes méchants, afin de les mettre sur la juste voie, me semble dangereux, vus les dérapages de l’histoire des religions.
      Me semble suffisant de se transformer soi-même d’un cercle désolement répétitif de « mort et renaissance » dans l’inconscience totale, en une spirale individuelle tournée vers un semblant de sens. Certes, il est légitime de partager à son prochain quelques infos sur cet étroit chemin d’évolution individuelle de conscience, mais cela sans aucune illusion sur les impacts collectifs – il faut réserver cela à tous les absolutismes qu’ils soient politiques ou religieux.
      Quant à vous partagez mon existence sur ce blog pour que vous l’interprétiez, cela me semble une douce plaisanterie…

      • François Degoul dit :

        Vous m’avez, Alain, répondu ceci le 31 mai à 11h17 à propos de mon « symbole de la spirale en courbe ascendante » :

        “la réserver à l’humanité me semble d’un optimisme un peu… – comment dire ? – illusoire, ou du domaine du “voeux pieux” »,

        mais je n’ai dit nulle part que je la réservais à l’humanité!
        Il est évident pour moi que l’humanité est partie de la nature, elle-même partie du cosmos dans un tout solidaire.

        Vous ajoutez ceci:
         » Pire, se prendre pour un homme bon par opposition aux hommes méchants, afin de les mettre sur la juste voie, me semble dangereux, vus les dérapages de l’histoire des religions ».

        Pas plus que vous-mêmes je ne veux me  » prendre pour un homme bon par opposition aux hommes méchants, afin de les mettre sur la juste voie », mais cette tentation nous guette tous plus ou moins, je crois, quelles que soient nos options philosophiques.

        Vous ajoutez ceci:
        « Me semble suffisant de se transformer soi-même d’un cercle désolement répétitif de “mort et renaissance” dans l’inconscience totale, en une spirale individuelle tournée vers un semblant de sens ».

        désolement??? lapsus? qu’avez-vous voulu dire?

        Vous poursuivez comme suit:
        « Certes, il est légitime de partager à son prochain quelques infos sur cet étroit chemin d’évolution individuelle de conscience »,

        Pour moi, c’est non seulement légitime, mais souhaitable.
        En effet le retour sur soi, par exemple dans la méditation, ne nous révèle rien d’autre que nous-mêmes,
        et dépasser notre subjectivité dans le dialogue par l’effort constant d’ouverture me semble permettre de nous dépasser, d’aller au-delà, vers une âme commune du monde.

        Je lis ensuite ceci:
        « mais cela sans aucune illusion sur les impacts collectifs – »

        Ah! trouver le juste milieu entre le charybde de l’illusion et le Scylla d’un scepticisme handicapant… quel défi, dirais-je, pour utiliser vos mots.

        Vous ajoutez : « il faut réserver cela à tous les absolutismes qu’ils soient politiques ou religieux. »
        Mais, dirais-je, comment se libérer de tous les absolutismes qu’ils soient politiques ou religieux? comment se libérer du « déluge » de malheur dont ils nous menacent? Vaste débat.

        Et puis je n’aime pas trop votre « il faut ». Dire « il faut », « vous devez », n’est-ce pas s’emparer de l’autre?

        Il m’a paru préférable de questionner pour suggérer mes provisoires convictions… plutôt que de trop affirmer…

  9. MD dit :

    Bonjour à toutes et tous,

    Cette confrontation diluvienne m’a quelque peu fait sourire. Observateur des discours, c’est amusé que j’ai eu l’impression d’un article ‘6e extinction’… rejoué à l’envers ! Une sorte d’inversion des rôles (en revoir commentaire de Claudine).

    Bref, déluge ou pas déluge, faisons des luges pour glisser sur les idées. N’empruntons point les pistes noires de la discorde, mais plutôt les vertes de l’union. Un “plat ton” peut être “indigeste”, préférons alors l’humour, celui que savait si bien utiliser… Lao-Tseu.

    Et c’est dans un « non-dire », celui faisant appel à votre intuitif, Alain, que je vous suggère que vous faites peut-être un amalgame à propos des sciences. Par certaines erreurs de raisonnement (http://www.charlatans.info/logique.shtml, à creuser, tout le monde, moi y compris, peut en être victime), vous semblez ‘dénier’ le fondement (concept premier) même de la Science : quasiment (car je ne peux jurer de rien) le seul domaine dont le principe est de se remettre constamment en cause. Et ce domaine est porté par des personnes bonnes ou mauvaises, saines ou folles. Ainsi, l’eugénisme est une dérive malsaine de la théorie de l’évolution de Darwin. Un « darwinisme social » prônant les lois du plus fort, races impures et pures, etc. Et Darwin n’y est pour rien.

    Quant à la séparation science/philosophie (ou Orient/Occident, pensée binaire et principe du tiers exclu, bref la pensée ‘moderne’ finalement), elle est surtout due à Aristote, qui trahissant son maître Platon, s’est acoquiné avec Alexandre (le grand) dans sa conquête de l’Asie (la Perse et l’Orient). De fait, les différentes divisions tiennent plus à une différence fondamentale de la conception du monde et de l’éthique. Peut-être un peu notre cas sur ce blog ? Quoi qu’il en soit, il est sûr que le « recyclage » des évènements géologiques et climatiques dans un passé lointain a engendré de nombreux mythes (et sciences-fictions) de cités ou continents perdus et appartient à toutes les civilisations et à toutes les cultures. Reste à savoir s’il est bon d’en privilégier une plus qu’une autre…

    Aujourd’hui, la Science (mais pas toutes les sciences) tend à réintégrer philosophie, traditions et métaphysique. Pour suivre votre principe de cycle, a-t-on après la ‘mort’ due à la division, une ‘renaissance’ dans l’union ? Biologie quantique, pensée systémique (Socrate en a posé les bases) et même (paléo)anthropologie qui ne place plus désormais l’homme au sommet du vivant. Ainsi, le principe de l’évolution est maintenant abordé de manière « horizontale » (pluri-ramifications sans base ni sommet) et non pas verticale (à partir d’une base, ramifications convergentes vers un sommet). Et ce principe ‘horizontal’ est du même sens que celui de l’Univers qui n’a ni centre, ni haut (supérieur), ni bas (inférieur). Une belle leçon de modestie.

    Bref, tout comme Claudine et François, j’apporte nuance et subtilité, filigrane et densité, ombres et reflets, écho et résonance… Je mets de l’eau dans mon vin, pour qu’il soit moins enivrant, tout comme du vin dans mon eau, pour qu’elle se colore… Pouvoir ainsi ‘ressentir’ les volutes rouges de ce breuvage des Dieux dansant dans cette eau génératrice de Vie… jusqu’à l’union parfaite.

    Tchine ! Dans un grand éclat de rire, levons nos verres (Matériel) vers le ciel (Spirituel). C’est cette union qui fera la ‘force’. Celle de la « Conscience » qui, pour s’exprimer, se « concrétise » en une spirale évolutive. Ce n’est pas la seule spiritualité ni le seul matériel qui nous feront avancer. Mais « l’ego ». Une nuance importante, car c’est lui le coupable de tout ce gâchis. D’ailleurs si Lao-Tseu nous dit de le maîtriser, ce n’est pas pour rien ! Mais quel… « défi » ! (sourire).

    Quant à votre envie (besoin) de « rêverie », poursuivez-la. Elle fait partie de l’imaginaire, dont la partie créatrice fonde les utopies. Et de tout temps, beaucoup se sont ‘concrétisées’. Commencez alors à nous en dessiner les plans et j’apporterai la calculette pour… arrondir les angles ! (rire… chaleureux).

    Bien à vous,
    MD

    • Alain Gourhant dit :

      Merci MD, voilà un message plein d’humour et je ne peux m’empêcher d’y répondre par une blague de l’Anthropocène, qui circule sur internet :

      « Au début de l’an 2008, Dieu parla ainsi à Noé :
      — Dans six mois, je ferai venir la pluie. L’eau recouvrira la terre et tout sera détruit. Mais je veux que tu sauves un couple de chaque espèce d’êtres vivant sur la terre. Pour cela tu vas construire une grande arche.
      Et Dieu, dans un éclair de lumière, donna les plans complets de l’Arche à Noé. Puis il laissa Noé accomplir sa tâche.
      Une fois les six mois écoulés, alors que de gros nuages noirs emplissaient déjà le ciel, Dieu revint vers Noé. Celui-ci pleurait, assis au milieu de son jardin.
      — Noé, dit Dieu, où est l’Arche ?
      — Oh Dieu, pardonne-moi, s’écria Noé entre deux sanglots. J’ai fait de mon mieux, mais j’ai rencontré de graves problèmes.
      Pour commencer, j’ai dû demander un permis de construire car tes plans ne correspondaient pas aux normes. J’ai dû les faire refaire par un ingénieur.
      Je me suis heurté ensuite au service de sécurité des bâtiments navigants. Les fonctionnaires n’arrivaient pas à se mettre d’accord pour savoir si une arche doit ou ne doit pas disposer de canots de sauvetage et d’un système d’arrosage automatique en cas d’incendie.
      Ensuite, voilà que mon voisin porta plainte, affirmant que je ne respectais pas le plan d’occupation des sols en construisant une arche dans mon jardin.
      J’ai eu des difficultés pour obtenir assez de bois, parce qu’une loi interdit de couper les arbres pour protéger les chouettes tachetées. J’ai eu grand peine à convaincre le service forestier que j’avais besoin de bois justement pour sauver la chouette tachetée.
      Le ministère de l’Environnement m’interdit alors de capturer des chouettes, parce que c’est une espèce protégée.
      Les charpentiers que j’avais engagés se sont mis en grève et j’ai dû entamer des négociations avec leur syndicat. À ce jour, j’ai 16 charpentiers mais toujours
      pas de chouettes.
      La ligue de défense des animaux m’a mis les bâtons dans les roues et le ministère de l’Environnement m’a signalé qu’ils m’interdisaient de terminer mon arche
      avant d’avoir fait une étude sur l’impact que le déluge pourrait avoir sur l’environnement.
      Quand je leur ai dit qu’ils n’avaient pas de pouvoir sur le Créateur de l’Univers, ils me répondirent que personne ne peut échapper à la loi.
      Je dois aussi faire face à une poursuite du service fiscal, qui pense que je veux fuir le pays pour ne pas payer mes impôts et à une injonction d’une administration
      antisecte qui m’ordonne de cesser mon activité sous peine de me retrouver au tribunal.
      Ils disent qu’une arche est une affaire sectaire qui met en danger la sécurité de l’État !
      Je suis désespéré, oh Dieu, et je crois qu’il va me falloir au moins cinq ou six ans pour remplir ma mission !
      Soudain le ciel s’éclaircit et un arc-en-ciel apparut.
      Noé dit d’une voix pleine d’espoir :
      — Cela signifie-t-il, oh Dieu, que tu ne vas pas détruire la terre ?
      Et Dieu répondit :
      — Non, pas du tout ! En fait, je suis au chômage. Ce que j’avais l’intention de faire est devenu inutile, les gouvernements de la terre sont en train de s’en charger ! »

      Pour le reste, je commencerai par dire que Lao-tseu ne dit sûrement pas de « maîtriser » l’ego, mais plutôt de le « lâcher », c’est tellement plus facile…
      « Encore un verre, s’il vous plaît, à votre santé ! »

  10. Alain Gourhant dit :

    « A l’échelle du cosmique, seul le fantastique a des chances d’être vrai. »
    C’est une citation de Pierre Teilhard de Chardin, qui pourrait très bien se trouver en préambule de cet article.
    Elle figure dans la présentation d’une exposition qui devrait être très intéressante : « Un autre monde dans notre monde » présentée du 2 juin au 16 juillet 2016 à la Galerie du Jour Agnès B. 44 rue Quincampoix 75004 Paris :
    http://www.galeriedujour.com/
    Il s’agit de rappeler l’importance du courant artistique et littéraire du « réalisme fantastique », dont la revue « Planète » dans les années 60 – 70 s’est fait une remarquable spécialité.
    Cet article sur le déluge est en droite ligne de ce courant.

  11. François Degoul dit :

    Je viens, Alain, de de vous répondre, mais cette réponse s’est imprimée plus haut, juste après votre message du 31 mai à 11h17. Merci à vous et aux lecteurs de remonter jusque là.

    • Alain Gourhant dit :

      merci François, vous êtes le vivant exemple de ce que je dis : l’impossibilité de tout salut collectif en ce qui concerne l’humain, c’est à dire l’impossibilité de toute entente, en dehors du schéma de pouvoir qui mène à l’absolutisme « j’ai raison, tu as tort, dès que tu ne penses pas comme moi », ce qui mène à la vieille, très vieille histoire de l’histoire humaine : l

      • Alain Gourhant dit :

        « la guerre généralisée ».
        Ne reste donc que la spirale de l’évolution individuelle, avec un étroit chemin de libération intérieure, au delà des mots, dont la méditation silencieuse est l’outil privilégié.
        Cela n’exclue pas quelques discussions comme nous venons encore une fois d’en faire l’expérience, à condition de les clore avec humour et avec sagesse, en prenant acte avec un grand rire que nous sommes en opposition sur tous les plans !…

  12. François Degoul dit :

    Bof!
    Vous croyez ce que vous dites à ce point là, Alain?
    Sourire.

    • François Degoul dit :

      L’ennui, cher Alain, si je prends au sérieux votre message d’hier, c’est que ça me rappelle la règle
      « je suis gourmet, tu es gourmand, il est goinfre »,

      ou, comme vous dites:
      « moi, j’ai des croyances souvent assez tranchées, que j’aime défendre avec une certaine passion (21 mai à 11h08), et vous vous êtes le vivant exemple de (etc. etc.) « .

      Accepteriez-vous ma formule alternative « nous sommes tenaces dans la discussion »?

      Sourire.

      • Alain Gourhant dit :

        Pour moi, François, ne me gêne pas du tout que nous ayons des points de vue différents, voire opposés sur la plupart des sujets que je soulève dans ce blog, mais justement cette tenacité de vouloir absolument avoir raison.
        Arrivés à un certain niveau de la discussion, je crois qu’il vaut mieux accepter ces points de divergence et arrêter ces échanges, pour passer à un autre niveau de conscience : l’acceptation de la multiplicité des points de vue dans l’unicité d’une conscience silencieuse et amusée, ce qui est la définition et le sens de ce « blog intégratif ».

  13. François Degoul dit :

    Merci, Alain, avec vous je m’amuse bien, je ne sais pas si vous c’est pareil.

    je vous ai … COMPRIS!
    et ce n’est pas nouveau!

    Mais comme vous disiez le 21 mai à 11h08 « je ne vois pas pourquoi je me censurerais ».

    Si on n’est pas un barbare, je trouve ça amusant de toujours »vouloir avoir raison »!
    et pas mal du tout quand c’est en fait le désir de toujours vouloir dialoguer pour aller toujours plus loin!

    Je veux toujours avoir raison… et vous n’êtes pas le seul à me le dire…
    oui j’ai compris,

    et votre redondant reproche réitéré m’a donné envie d’aller consulter sur Google les sites « je veux toujours avoir raison ».
    C’est amusant de voir comment chacun réagit par rapport à ce vilain défaut!

    Bon, Alain, si vraiment je vous fatigue trop, dites-le moi simplement et nous arrêtons pour cette fois!
    On rigolera sans mots! en silence d’or!

  14. Alain Gourhant dit :

    Suite à la controverse avec François Degoul au sujet de l’étymologie du mot déluge, voici la réponse de cet ami qui a beaucoup inspiré ma réflexion dans cet article, réponse qu’il vient de me dicter au téléphone :

    « D’après Michel Honnorat membre du collège de France, il est intolérable de croire encore que le latin est une langue mère du français.
    L’alphabet français actuel est issu de plusieurs dialectes circum-méditerranéens, dont le celto-ligure, le grec, l’étrusque, l’hébreu, le chaldéen, l’italique (bas latin), le basque, l’ibère, l’égyptien, mais aussi le germain et le lituano-slave. Sur 40 000 mots français d’avant la révolution industrielle, nous avons seulement 4000 mots latins, 3000 mots grecs et 800 mots basques.
    Quant au déluge, il ne peut pas décemment descendre du terme latin « diluvuim », car le « v » et le « g » ne sont pas homophones – seuls « g » et « c » sont homophones comme Gaïus et Caïus et « v » et « f ». Par contre, luc, luce, luv et lug ont une origine commune, ce sont des termes qui représentent la Lumière. L’un n’est pas non plus l’origine des autres.
    Les plus anciens termes ayant trait au dieu Lumière se trouvent dans l’indo-européen ancien dont le « gor-d » qui veut dire lumière solaire. Par contre, la langue aryenne vient du nom du soleil qui s’appelait « ary ».
    Donc le déluge c’est bien la perte de la Lumière.
    Suite à la collision de nombreux fragments d’astéroïdes dans la région des Bahamas, il y a eu un déluge d’eau, mais surtout la vaporisation de cette eau en un immense nuage mêlé de poussières qui a provoqué la disparition du soleil sans doute pendant plusieurs mois, ce qui a laissé une trace dans notre mémoire linguistique la plus ancienne. »

  15. François Degoul dit :

    Merci, Alain de cette contribution.
    Fort influençable, et probabiliste toujours prêt à me remettre en question, j’ai un moment été déstabilisé par le titre de « membre du Collège de France ».

    Après rapide vérification toutefois, Michel Honnorat est un savant des années 30 bien oublié de nos jours, de même que, m’a expliqué Claudine, les théoriciens de l’Atlantide de la même époque sont tout à fait dépassées de nos jours.

    Même si les recherches de M. Honnorat sur les langues celtiques ont sans doute un intérêt, je comprends qu’il ne fasse plus autorité et que des dizaines d’autres « membres de l’institut » l’aient remplacé dans la mémoire des hommes.

    La démonstration que vous me soumettez me paraît en effet extrêmement confuse.
    Je n’y comprends pas grand chose.
    Quel rapport entre gord, ary, lug…???
    Si « v et g ne sont pas homophones », pourquoi rapprocher luv et lug?

    Je ne suis certain de rien, mais il me semble plus naturel de remarquer que beaucoup de mots français se terminant par -ge, (comme neige, rage, rouge, déluge, cage), témoignent que la finale -ge en français correspond à une finale latine à « labiale » b ou v suivie de e ou i avec une évolution phonétique toute naturelle: cavea prononcé au fil du temps kavea, kavia, kabvia, kadgia, cadje, cage. Idem pour diluvium/ déluge, rabia/ rage et les autres mots que je cite : voir notamment dictionnaire Robert.

    Il me semble aussi plus naturel de faire confiance au consensus de savants contemporains qu’à un unique théoricien passé mêlant à des recherches intéressantes sur ce qu’il a étudié d’évidentes erreurs et excès de langage sur des sujets qu’il connaît mal.

    Je suis très ennuyé pour vous, car j’éprouve qu’être intellectuellement déstabilisé est très désagréable : on a malgré tout envie de savoir, et si l’on donne l’impression de « vouloir toujours avoir raison », c’est aussi parce qu’on n’est pas très sûr de soi, et qu’on provoque pour savoir.

    Ceci dit je ne suis sûr de rien et si votre ami peut fournir une démonstration claire, alors tant mieux pour lui et peut-être m’aura-t-il fait découvrir du neuf.

    Amicalement.

  16. François Degoul dit :

    Débattre de temps à autre avec vous Alain, c’est fascinant, parce qu’ avec vos opinions à la fois « très tranchées » et très excentriques par rapport aux consensus de la science, vous poussez, si l’on veut vous garder comme ami, à une complète remise en cause de soi-même.

    Si ce que j’ai cru est faux, alors, je ne peux plus faire confiance à ceux qui me l’ont fait croire, je dois faire le deuil de ce repère infaillible et quasi paternel qu’ils m’offraient.

    Pour les questions de l’Atlantide et de l’étymologie, les questions qu’à vous lire mon épouse et moi-même sont amenés à se poser sont les suivantes:

    Pour elle: doit-elle cesser de croire à la grande communauté des historiens, qui ont unanimement évacué l’hypothèse de l’Atlantide? elle est trop raisonnable pour s’aventurer là-dedans.

    Pour moi : dois-je cesser de croire à la grande communauté des linguistes qui m’a formé, et à qui tout naturellement se réfère par exemple le dictionnaire Robert? Dois-je soupçonner ce pavé d’illusion complète?

    Dois-je cesser de croire que dans la langue les mots évoluent bien moins par les « alphabets écrits » auxquels se réfère votre ami, que tout simplement par la pratique orale de générations, qui déforment très progressivement la prononciation?

    Comme dit votre ami, « voir que les autres croient encore (à ceci ou cela), c’est intolérable »,
    parce que si les autres avaient raison, je devrais faire un deuil de mes croyances à moi et de ma confiance à ceux qui soutiennent ces croyances, et c’est ça l’intolérable.

    Et puis, si les catastrophes auxquelles je crois n’ont pas réellement eu lieu, il me faut aussi faire le deuil de mon catastrophisme, apprendre à vivre sans espérer de catastrophe…

    J’accepte cet intolérable, le mien, le vôtre, celui de votre ami.
    Je compatis à vos deuils éventuels comme aux miens propres et vous prie de transmettre à votre ami ma sympathie d’être humain et de penseur balloté entre son intellect et ses attaches émotionnelles.

    Cordialement

    • Alain Gourhant dit :

      Voici la réponse, François, de mon ami après lui avoir lu vos commentaires :
      « A chacun ses croyances, ce qui n’empêchera pas l’évolution de la Conscience et des savoirs de se faire quand même… »
      réponse à laquelle j’ajouterai : « il existe au delà des croyances de chacun, un espace intérieur au delà de toute croyance, qui permet de se détendre et de lâcher-prise… »
      bonne journée.

  17. Jean-Michel dit :

    Cher Alain, j’ai attendu assez longtemps pour te répondre car ton blog m’a tellement plu, enchanté, que je voulais absolument prendre le temps de retrouver cette unique photo montage d’une expo installation que j’avais faite il y a plus de trente ans dans les jardins suspendus d’une terrasse assez vaste dans un village proche d’Aix en Provence qui se nomme Jouques .. cette photo intitulée  » le guerrier de l’espace » a servi de carton d’invitation ..

    tu imagines donc à quel point j’ai été touché et surpris à l’ouverture de la page quand j’ai découvert ton travail ..
    tes figures de pierre bretonne, tes sculptures antédiluviennes sans intervention de la main de l’homme sont tout à fait remarquables comme ton Oeil ..

    mes guerriers de l’espace étaient ainsi pas plus de sept ou huit installés sur les pierres sèches dans la vigne vierge et folle ….

    ma réponse à ta question sur le déluge ..
    bien sûr qu’il y a eu des survivants mais ils se sont réfugiés dans l’espace (mes guerriers) ou sont restés cachés sur terre, tes figures-monstre antédiluviennes ..

    alors voilà, mon cher Alain, les histoires ne sont éternelles que lorsque que la fin est imprévue ..
    un matin, lorsque que je me suis rendu au toit terrasse pour ouvrir l’expo, quelle ne fut ma surprise de découvrir qu’il ne restait pas un seul de mes guerriers, ces galets de la Durance que je mettais parfois des heures à découvrir en scrutant leur infinité dans le lit de ce fleuve que j’adore, tous volés !!! ou bien repartis vers l’Espace et ses mystères sans fin ..

    je me souhaite de Voir, comme nous le recommandait Arthur Rimbaud, encore longtemps tes oeuvres, celles que tu nous offres dans la Lumière ..
    Amitié

  18. François Degoul dit :

    j’ai bien aimé, Alain, dans votre message de ce matin, les deux réponses complémentaires de vous et de votre ami, qui balisent le nécessaire et historiquement difficile « vivre ensemble » dans la diversité des croyances.

    D’abord je reconnais comme vous qu’ “il existe au delà des croyances de chacun, un espace intérieur au delà de toute croyance, qui permet de se détendre et de lâcher-prise…”.

    Pour moi, reconnaître cet espace élève le niveau de la simple « tolérance » en profonde fraternité humaine… et prépare à la vie après la mort sans cerveau et donc sans mots.

    Ensuite je suis également sensible à l’aspect évolutif des croyances, suggéré par votre ami anticipant « l’évolution de la Conscience et des savoirs ».

    C’est pourquoi j’aime parler de « foi évolutive » et notamment à propos de mes propres croyances.

    • Alain Gourhant dit :

      Voilà une belle conclusion très emblématique de l’esprit de ce blog, tel que je l’ai conçu et rêvé : que la multiplicité des croyances s’expriment sur des sujets sensibles, et qu’après discussion, tout le monde se retrouve à un niveau supérieur de conscience, au delà des croyances, des pensées et des concepts – effectivement, François, en quelque sorte « une préparation de la vie après la mort, sans cerveau, c’est à dire sans mot ».
      Ne reste que le Coeur silencieux mais dans l’évolution qu’Il est attendue de nous-mêmes.