Rencontre avec un homme remarquable : Claudio Naranjo

Claudio Naranjo est une figure, un personnage,
« une grosse pointure » diraient certains trivialement,
d’autres voient en lui un véritable « maître » .
J’ai eu la chance de le rencontrer récemment dans un stage organisé à Paris
par le Centre d’Etudes de l’Ennéagramme avec Eric Salmon.
L’homme arrive lentement, courbé en deux à cause de son grand âge,
il s’assoit face à un auditoire venu nombreux,
et le dévisage de ses yeux noirs, comme malicieux,
avec ce beau visage marqué par le temps de ceux qui ont vécu intensément des choses essentielles ;
les cheveux sont longs, un peu ébouriffés et la barbe blanche de sagesse.
La voix a du mal à se mettre en action comme imprégnée de fatigue,
mais peu à peu elle s’anime, les yeux se mettent à pétiller,
l’homme est parti pour une longue improvisation inspirée,
à travers les multiples chemins de son érudition et de ses connaissances,
dont voici un exemple au début de son intervention :

Dans les traditions de l’Orient, il y a trois voies pour obtenir l’illumination
la voie de l’Action, la voie du corps et du Sentir, la voie de la Compréhension,
mais l’illumination est difficile à obtenir, le chemin est long, il est préférable d’avoir une longue vie – a dit un jour le Karmapa
Les soufis sont critiquables par rapport à la tradition.
Ainsi, Gurdjieff ressemble à un diable, il adopte la posture sans concession du blâme.  Alan Watts, un héros culturel de la Californie des années 60, disait de lui qu’il était antisocial, c’était de la « racaille ». Gurdjieff faisait partie des maîtres qui ont un bâton à la main.
Dans le même style on peut trouver Fritz Perls, le pape de la Gestaltthérapie, ou Oscar Ichazo, dont nous parlerons tout à l’heure…

une vie riche et pleine

Claudio Naranjo vient d’un espace-temps lointain : il est né en 1932 au Chili.
Sa vie est une vie intégrative, au sens où elle se laisse imprégner par différents domaines culturels, sans jamais se laisser fixer ou arrêter par aucun d’eux.
C’est un long chemin, une pérégrination riche et variée, centrée sur l’être humain et sa compréhension la plus profonde.

Le psychiatre et le psychothérapeute humaniste

Naranjo est d’abord docteur en médecine à Santiago, par intérêt scientifique ;
sa curiosité le pousse bientôt vers la psychiatrie, en particulier celle d’un psychanalyste : Ignacio Matte-Blanco, à qui il doit ce substrat primordial d’une pensée tournée vers l’inconscient psychodynamique d’origine freudienne,
mais sans dogmatisme aucun, puisque cela va le conduire vers Jung et plus tard vers les psychothérapies existentielles et humanistes.
– Je dois avouer que cela fait du bien d’entendre cet homme nourri à la source des psychothérapies, quand celles-ci exploraient encore les profondeurs de l’inconscient humain, cela fait du bien en cette époque actuelle où règne surtout la superficialité des protocoles cognitifs et neuronaux. dans l’illusion des thérapies brèves pour gens pressés.

Dans les années 60, Claudio Naranjo est attiré par l’effervescence culturelle de la Californie. Il séjourne à Harvard puis à Berkeley, où il fait une rencontre importante avec Fritz Perls,  le fondateur de la Gestalt Thérapie.
Sa recherche principalement intellectuelle basée sur la psychologie et l’analyse, devient alors expérientielle et holistique, au sens où il entreprend un travail sur lui-même avec Perls et s’intéresse à « la révolution de la conscience » et aux recherches transpersonnelles  de la Californie de l’époque.

L’expérience du soufisme et l’ennéagramme

Cela l’amène à s’intéresser au soufisme, un courant spirituel ésotérique, issu de l’islam, pour lequel il était déjà sensibilisé par sa lecture admirative de Gurdjieff, via le célèbre livre d‘Oupensky « Fragments d’un enseignement inconnu ».
Après Idries Shah, il rencontre au Chili Oscar Ichazo, un maître soufi, dont il suit l’enseignement  initiatique, avec en particulier une longue retraite dans le désert d’Arica au nord du Chili, dont il reviendra transformé par une expérience illuminative.
C’est de cet enseignement d’Ichazo, en particulier de sa »protoanalyse« sur les différents types de personnalités, qu’il tire sa vision personnelle de l’ennéagrammme. qu’il commence à enseigner en Californie.

les multiples activités

Depuis les années 80, Claudio Naranjo partage sa vie entre de multiples activités :
un enseignement et des stages dans l’Institut SAT, qu’il a fondé dans plusieurs pays dont récemment l’Allemagne en relation avec la France ;
il y fait une belle intégration entre l’ennéagramme, la psychothérapie et la médition.
Une autre partie de son temps est consacrée à l’écriture de livres dans sa maison de Berkeley,
et il participe aussi à des conférences de portée internationale dans de nombreux pays, en particulier sur le thème de l’éducation pour tenter de réveiller les consciences dès le plus jeune âge, en faisant en particulier une critique radicale des valeurs du patriarcat destructeur de nos sociétés
– voir son livre traduit en français « Guérir la civilisation, de l’ego patriarcal à une éducation de l’être » aux éditions Ecce.

« Le système va tomber de lui-même ! »

Au sujet de cet engagement social récent pour un changement du système éducatif, j’ai apprécié le commentaire que Claudio Naranjo a fait lors d’une de  ses conférences à Paris intitulée « Guérir la civilisation » :
Il a commencé par raconter l’histoire assez connue de cet homme souffrant d’une tumeur cancéreuse au sexe et qui va consulter tous les grands spécialistes oncologues de la ville de Paris. Tous sont unanimes sur le traitement : « il faut couper ! ». En dernière solution, l’homme entend parler d’un vieux sage chamane et médecin très réputé aux confins de l’Himalaya. Après un long voyage il obtient une consultation, le chamane l’ausculte avec beaucoup de soin, puis il rend son diagnostic : « inutile de couper, il va tomber tout seul ».
Avec beaucoup de sincérité, Naranjo explique qu’il a été déçu dans son optimisme pour contribuer à changer le système éducatif de manière significative et à grande échelle. Le Système ancien, patriarcal résiste  au changement, et plutôt que de le combattre comme il a voulu le faire en le critiquant durement, il lui semble maintenant que cela ne sert plus à rien :  le système gangréné au dernier degré par la crise globale, va se détruire de lui-même, il va tomber tout seul comme le sexe de cet homme.
« Il faut désormais s’employer à construire à côté un monde alternatif« .

L’artiste

Par ailleurs, Claudio Naranjo est aussi un artiste qui a privilégié comme mode d’expression, la musique classique, en jouant lui-même du piano et en intégrant l’approche musicale comme une voie thérapeutique et spirituelle, dont il a donné un aperçu dans une conférence « l’herméneutique musicale« donnée à Paris en même temps que son stage.

Qu’est-ce qu’une vie intégrative ?

Voilà une belle question à se poser en visitant la vie de Claudio Naranjo.
Pour moi, c’est d’abord une vie capable d’aller dans plusieurs directions,
une vie capable d’explorer différents domaines de connaissance et d’activité,
c’est à dire le contraire d’une vie spécialisée, d’une vie d’expert étriqué, comme voudrait nous conditionner le Système social dominant avec toutes ses barrières, toutes ses chasses gardées.
Ensuite, cette exploration tout azimut est mise au service de l’évolution intérieure de l’être humain vers plus de conscience, plus de lumière et plus d’amour . En effet l’être humain est pour chacun de nous, au départ, in être inabouti, incomplet, dysfonctionnant,
tout l’effort et l’intention d’une vie intégrative sont orientés vers ce travail intérieur consistant à se parfaire, se réaliser, s’accomplir dans son être.

Enfin ce travail se fait dans trois directions essentielles, dont l’intégration consiste à les relier et les mettre en cohérence :
Le premier travail est un repérage ou un diagnostic de sa névrose ou de son dysfonctionnement originel, auquel personne ne peut échapper, avec pour cela le courage de la remise en cause de soi-même et de ses fonctionnements automatiques – l’ennéagramme peut être un bon outil pour cela mais il y a beaucoup d’autres. Il est à noter que peu d’êtres humains s’engagent sur ce sentier escarpé du « connais-toi toi-même » qui n’est pas forcément très agréable, surtout au début.
Le  travail suivant consiste à s’aventurer dans les  dédales de son inconscient afin de comprendre et neutraliser la source souvent très ancienne de la névrose.
Enfin le 3e travail est de s’ouvrir à la dimension transpersonnelle de la conscience, afin de regagner son Etre ou son Essence, c’est à dire le sens ultime de sa vie.
Pour résumer cela, Ken Wilber parle d‘un travail intégral ou intégratif aux niveaux personnel, prépersonnel et transpersonnel.

Enfin l’intégration la plus belle, à mon sens, consiste à visiter la dimension artistique ou esthétique de la vie, en choisissant un mode d’expression de la Beauté, de manière à exprimer métaphoriquement, dans un autre langage que le langage conceptuel, l’Etre et le sens ultime de la vie.
Bien sûr, il ne s’agit pas de n’importe quelle forme d’expression artistique et le manifeste de l’Art Intégral tente de définir les différents ingrédients nécessaires à celle-ci.
La vie de Caudio Naranjo me semble bien illustrer cette conception d’une vie intégrative ou intégrale.

Voir aussi le commentaire sur son livre « Ennéagramme, caractère et névrose« , où Claudio Naranjo développe une vision particulièrement intégrative de son travail autour de l’ennéagramme.

 

 

 

 

 

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18 réponses à “Rencontre avec un homme remarquable : Claudio Naranjo”

  1. Pascal Caro dit :

    Un homme en effet remarquable, grand ami de Lee Lozowick décédé il y a deux ans maintenant.
    Un homme qui sait de quoi il parle.

    • J’ignorais ce détail, Pascal, – qui n’est d’ailleurs pas un détail sûrement. Pourrais-tu nous dire deux mots sur Lee Lozowick qui est aussi quelqu’un d’important, de la même génération.

  2. Pascal Caro dit :

    Oh oui ! Ce n’est en rien un détail. Lee ne donnait pas si facilement son amitié à des personnes ayant « pignon sur rue » dans le monde spirituel ou thérapeutique. Claudio en faisait partie ainsi que quelques autres.

    Lee Lozowick, est un maître spirituel américain « anti New-Age », se réclamant de la tradition Bâul (chanteurs mendiants itinérants du Bengale Indien), disciple de Ramsuratkumar, un maître de la folle sagesse lui-même. Il était également chanteur-leader d’un groupe de rock « liars, gods and beggars », fondateur de la communauté Hohm et auteur de nombreux ouvrages dont un des plus connu est « l’alchimie de l’amour et de la sexualité ». Il avait une approche tantrique et était connu pour son franc-parler et sa capacité à voir derrière le masque de ses interlocuteurs.

    Il décrivait son approche par les mots « la dualité illuminée » qui prônait l’adoration et beaucoup de pratiques dont le fameux « who I’m kidding ? », « de qui suis-je en train de me payer la tête ? »

    • Tu viens de faire là un très bon portrait de Lee, Pascal.
      Je ne savais pas qu’il était le leader d’un groupe rock. J’aime beaucoup ça, de même que j’ai beaucoup aimé la prestation de Claudio Naranjo au piano, en train de jouer du Bach du Chopin du Beethov, etc, pour illustrer dans quel ennéatype chacun de ces artistes se situaient. Ce fut un grand moment, bien plus fort que n’importe quelle explication conceptuelle pour faire comprendre l’ennéagramme.
      j’ignorais aussi cette expression « dualité illuminée » : si tu pouvais développer l’idée, je crois que ça m’illuminerait ainsi que certains autres.
      Mais au fait, de qui suis-je en train de me payer la tête dans ce blog ? Bonne question ! Who I am kidding ?

  3. Pascal Caro dit :

    Oui en fait c’est évidemment  » who am I kidding ? », à la forme interrogative.

    Pour voir Lee sur scène:
    http://www.youtube.com/watch?v=YXHv0BaZEEE

    Et pour la dualité illuminée, voir l’excellent livre de Lee et Mary Young: La dualité illuminée – Essai sur l’Art, la Beauté, la Vie aux éditions ALTESS.

    Propos de l’éditeur:
    L’enseignement unique de la « dualité illuminée » transmis par Lee Lozowick englobe tous les aspects de la création manifestée, tout en étant profondément enraciné dans le dharma non-duel. Dans cet ouvrage, les essais de Lee Lozowick et de M. Young, couvrant des thèmes aussi variés que la pratique spirituelle traditionnelle, la créativité, l’impermanence, la connaissance de soi, les aspects concrets des relations en tous genres…, encouragent le lecteur à cultiver une appréciation et une acceptation plus profondes de la réalité, et à voir le Divin au cœur de toute circonstance, au gré des jeux divers de la Vie. La lecture de ces essais est semblable à une ronde attentive autour d’une sculpture merveilleusement élégante et complexe, qui nous invite à faire l’expérience de l’Enseignement sous de nombreux angles différents. La Dualité Illuminée est une excellente nourriture pour tout pratiquant sérieux d’une voie spirituelle ; fidèle à l’esprit et au style de Lee Lozowick, ce livre vient sans compromis nous mettre au défi de pénétrer l’illusion, pour ultimement inspirer et élever nos cœurs en nous révélant la possibilité d’une existence animée par une clarté de vision, une sagesse et une compassion bien plus profondes. « Cet ouvrage esquisse le portrait riche et nuancé d’un authentique maître, et dévoile comment il vit dans le monde réel (dualiste)… Il recèle aussi bien d’autres joyaux inestimables, dont j’espère que vous apprécierez chaque facette autant que moi. » Dr. Robert Frager, cheikh soufi de l’Ordre Halveti-Jerrahi, fondateur de “l’Institut de Psychologie Transpersonnelle” (USA) « Le “bhakti-yogi” Lee Lozowick chante une fois de plus dans ces pages la profondeur de la transmission reçue de son Maître, et le résultat en est une offrande stupéfiante au caractère sacré de la Vie. Un livre à lire absolument ! »

    • Merci Pascal, les video sur youtube sont impressionnantes ; j’ai envie d’appeler cela la tradition « bauls » de l’Inde mise à la sauce occidentale. Les tatouages sont aussi impressionnants.
      Quant au livre bien sûr, il semble alléchant et je l’ai noté dans ma liste des livres à lire un jour – mais il y en a tellement !
      L’expression « dualité illuminative » me plait puisqu’elle condense bien le chemin : comment transformer ce contexte de souffrances auquel l’homme semble assujetti pendant son incarnation sur terre – la dualité -, en un chemin d’illumination et de réalisation spirituelle ? Toutes les traditions parlent de cela, et j’ai envie de te demander, Pascal, toi qui a suivi je crois l’enseignement de Lee et l’a rencontré : qu’est-ce qu’il t’a apporté de plus sur la Voie par rapport à d’autres maîtres ou d’autres voies ?

  4. Pascal Caro dit :

    Alain, je peux tenter de répondre un peu à cela. Tout d’abord Lee a été un ami fidèle pendant bien des années, peu après ma rencontre avec Arnaud Desjardins. Il a toujours servi les élèves de ce dernier pour les aider à se rapprocher de leur maître. Il ne s’est jamais « servi » lui-même.

    Ce qui est remarquable avec Lee, c’est qu’il suffisait de l’approcher pour que des situations se créent. En quelque sorte il les attirait, les favorisait, les utilisait. Il était donc très accessible, disponible et c’était toujours un défi parce qu’on ne savait pas ce qui allait se passer. Il pouvait être provocant, encourageant (oh combien aussi !) et mettre le doigt au bon endroit pour nous aider à voir.

    C’était très actif d’être près de lui et instructif. Le côté communautaire étant omniprésent, j’ai personnellement beaucoup reçu à cet endroit plutôt faible chez moi. On riait aussi beaucoup, il adorait les blagues grivoises et autres provocations.
    Années après années je me suis bien rapproché de lui et avait « gagné » sa confiance si je puis dire. Il disait qu’avec lui c’était « plus difficile au début et facile à la fin et que pour Arnaud c’était le contraire ».

    Le « Bazar Sacré », avec tous les objets qu’il mettait en vente ou achetait ou échangeait, était plus qu’important à ses yeux et à ceux de son maître Yogi Ramsuratkumar. J’ai ainsi eu une approche de l’art Objectif (dixit Gurdjieff) comme je ne pouvais pas l’espérer autrement.
    Je l’ai aussi accompagné en Inde auprès de son maître et cela a été un moment très précieux dans ma vie et pour mon grandir personnel.

    De le voir malade a été aussi instructif, lui qui a refusé tout traitement médicamenteux et est resté actif jusqu’à la veille de sa mort, littéralement. Il m’a énormément aidé et je ne parle pas des communications subtiles à son contact. C’était un maître dans l’art de mettre les gens en situation glissante pour les aider à voir leur mécanicité.

    Voilà en quelques mots Alain.

    • merci Pascal, précieux ce témoignage… finalement j’aurai du appeler mon article « rencontre avec deux hommes remarquables : Claudio Naranjo et Lee Lozowick » qui de plus étaient amis.
      j’ai encore une question, si tu veux bien : pourrais-tu nous dire quelques mots de « l’art Objectif ?

  5. Pascal Caro dit :

    C’est une expression de Gurdjieff, ce maître parfois contesté de la Quatrième voie. Il distingue l’art en général subjectif de l’Art Objectif qui répond aux lois profondes de l’être et du vivant, de la Vie.
    Cela se rapproche donc de la notion d’Art Sacré mais peut bien entendu être profane.

    Que véhicule l’Art Objectif ? Une vision du Réel, piloté par le réel au service de celui-ci. C’est ainsi que je le décrirais.

    Donc dans les objets exposés par Lee, il y a par exemple, des œuvres sacrées traditionnelles (peintures, sculptures) mais aussi des peintures aborigènes, ou des œuvres modernes tagués par des artistes occidentaux de la rue. Elles véhiculent toutes un certain regard, un angle sur le Réel et peuvent parfois nous déranger ou nous exalter.

    • J’ai envie de rajouter, Pascal, ce texte d’Osho trouvé sur internet, au sujet de l’art Objectif – Osho était un grand admirateur de Gurdjieff -, je trouve qu’il apporte quelques lumières importantes au sujet de cet Art – j’ai besoin de mettre une majuscule.

      L’art peut être divisé de deux façons : quatre-vingt-dix-neuf pour cent de l’art est de l’art subjectif. Seul un pour cent est de l’art objectif. Les quatre-vingt-dix-neuf pour cent de l’art subjectif n’ont aucun rapport avec la méditation. Seul le un pour cent d’art objectif est basé sur la méditation.

      L´art subjectif implique que vous déversiez votre subjectivité sur la toile, vos rêves, vos imaginations, vos fantasmes. C´est une projection de votre psyché. La même chose se produit dans la poésie, dans la musique, dans toutes les dimensions de la créativité. Vous ne vous sentez pas concerné par la personne qui verra votre peinture, vous ne vous sentez pas concerné par ce qui lui arrivera quand il la regardera ; ce n´est pas du tout votre souci. Votre art est simplement une sorte de vomissement. Il vous aidera, tout comme les vomissements aident. Ils enlèvent la nausée, ils vous nettoient, ils vous rendent plus sain. Mais vous ne prenez pas en compte ce qui va arriver à la personne qui va voir votre vomi. Il deviendra nauséeux. Il peut commencer à se sentir malade.
      Regardez les peintures de Picasso. C’est un grand peintre, mais uniquement un artiste subjectif. Regardant ses peintures, vous commencerez à vous sentir malade, étourdi, quelque chose d’étrange se passe dans votre tête. Vous ne pouvez pas regarder la peinture de Picasso pendant longtemps. Vous voudriez vous échapper, par ce que la peinture n´est pas issue d’un être silencieux. Elle est issue d´un chaos. Elle est le sous-produit d´un cauchemar. Mais quatre-vingt-dix-neuf pour cent de l´art appartient à cette catégorie.

      L´art objectif est tout à l´opposé. L´homme n´a rien à jeter dehors, il est tout à fait vide, absolument propre. De ce silence, de cette vacuité naît l´amour, naît la compassion. Et de ce silence monte un espace pour la créativité. Ce silence, cet amour, cette compassion – ce sont les qualités de la méditation (…)
      Il y a en Inde des statues devant lesquelles il vous suffit de vous asseoir silencieusement et de méditer. Voyez simplement ces statues. Elles ont été faites par des méditants, d´une telle façon, dans de telles proportions, que simplement en regardant la statue, la silhouette, les proportions, la beauté… Tout est calculé pour créer un état semblable en vous. Et simplement s’asseoir silencieusement avec une statue de Bouddha ou de Mahavira, vous rencontrerez un sentiment par étrange, que vous ne pouvez pas éprouver en vous asseyant auprès d´aucune sculpture occidentale.
      Toute la sculpture occidentale est sexuelle. Vous voyez la sculpture romaine : belle, mais quelque chose crée le désir sexuel en vous. Cela frappe votre centre sexuel. Cela ne vous élève pas. En Orient la situation est totalement différente. Des statues sont sculptées, mais avant qu´un sculpteur ne commence à sculpter des statues il apprend la méditation. Avant qu´il ne commence à jouer de la flûte, il apprend la méditation. Avant qu´il ne commence à écrire de la poésie il apprend la méditation. La méditation est une nécessité absolue pour n´importe quel art ; Alors l’art sera objectif.

      Osho – Extrait du livre The Last Testament, Volume 3, #24

  6. Pascal Caro dit :

    Oui c’est exactement ce que je soulignais. Maintenant la méditation ne suffit pas, encore faut-il un véritable esprit méditatif, y compris en action dans le quotidien. Donc n’idéalisons pas l’Orient. Je sais que Rajneesh ne l’idéalisait pas mais qu’il cherche à montrer. A l’occident de prendre la relève dans les temps d’aujourd’hui, il y a urgence.

    • Oui, finalement je n’aime pas trop ce texte d’Osho Rajneesh, je le trouve un peu manichéen en exagérant la dualité Orient / Occident relative à l’art. Insister ainsi sur la subjectivité chaotique de l’art occidental avec Picasso en exergue me semble réducteur et le reflet d’une méconnaissance de cet art dans toute sa diversité et sa complexité. Il y a aussi Kandinsky, Rothko, Nicolas de Staël, Poliakoff, Manessier, Rouault, etc, qui sont autant de manifestation d’un art tourné vers la transcendance ou vers un Réel qui ne soit pas la simple expression d’une subjectivité enfermée sur elle-même.
      De toute manière, je n’aime pas non plus cette appellation d’art Objectif venant de Gurdjieff. Je trouve qu’il prête à confusion avec la sainte objectivité matérielle de la science conventionnelle. Et pourquoi évacuer ainsi toute subjectivité ? comme si la subjectivité n’était pas aussi une dimension importante du Réel ?
      Je préfère l’appellation « art Intégral » ou « art intégratif » qui tente de faire référence au Réel, à l’Etre, au Tout, à l’Un, tout en intégrant les différentes dimensions de ce Réel – subjectivité comprise. Alors l’art peut réintégrer pleinement la richesse de sa créativité tout en indiquant le Sens de l’incarnation de son époque dans son infinie variété.

  7. Pascal Caro dit :

    Encore une fois Gurdjieff cherchait à montrer. Que voulait-il indiquer par Art Objectif ?
    Et toute personne ne se trahissant pas elle-même, allant dans cette direction va dans le « bon sens » autant qu’elle le peut.

    A l’époque le terme Objectif, à mon avis sciemment choisi, fait référence au fait de ce qui a rapport au Réel et ses lois. SwamiPrajnanpad disait que la véritable approche d’un chercheur de vérité est scientifique au sens le plus noble du terme. J’en suis personnellement d’accord.

    D’ailleurs les scientifiques allant dans cette direction dans les sciences dites fondamentales débouchent sur le Mystère du Grand « je ne sais pas » et le reconnaissent avec humilité.

    • oui Pascal, je suis d’accord avec toi pour dire qu’il y a quelque chose de scientifique dans la recherche du Réel ressemblant à des lois stables, des règles de l’ordre, bref à tout ce sur quoi d’ailleurs la science conventionnelle occidentale se fonde en parlant d’objectivité, en référence au monde matériel des objets.
      Mais ici, Pascal, nous parlons de l’art, et là je me sens un peu mal : j’ai peur que l’art devienne le vassal de cette science qu’elle soit objective au sens conventionnel ou Objective au sens spirituel ; il y a malheureusement danger de rigidité, d’appauvrissement, de stéréotypie répétitive avec la perte de toute créativité. C’est le danger de tout art traditionnel ou de tout art voulant absolument montrer quelque chose, un message, une vérité scientifique quelconque.
      Je crois qu’il faut accepter dans cette fantaisie sans limite de l’art une bonne dose de subjectivité du créateur, afin qu’il nous étonne et nous émerveille dans ce qui n’a jamais été exprimé encore : les ciels spiralés de Van Gogh à la fin de sa vie, même s’ils expriment une loi du cosmos prouvée par ailleurs scientifiquement, ne resplendissent dans leur beauté indicible que par la subjectivité unique de leur auteur.

  8. je suis allé à la source, voir ce que Oupensky dit de l’art Objectif dans ses « fragments d’un enseignement inconnu ». J’ai trouvé p. 416 de l’édition Stock 1961 :
    « Entre l’art objectif et l’art subjectif est en ceci que dans le premier cas l’artiste crée réellement – il fait ce qu’il a l’intention de faire, il introduit dans ses oeuvres les idées et les sentiments qu’il veut. et l’action de son oeuvre sur les gens est tout à fait précise ; ils recevront, chacun d’eux selon son niveau naturellement, les idées et les sentiments que l’artiste a voulu leur transmettre. Lorsqu’il s’agit d’art objectif, il ne rien y avoir d’accidentel, ni dans la création de l’oeuvre même, ni dans les impressions qu’elle donne;
    Lorsqu’il s’agit d’art subjectif tout est accidentel. L’artiste, je l’ai dit, ne crée pas ; chez lui, « ça se crée tout seul ». Ce qui signifie qu’un tel artiste est au pouvoir d’idées, de pensées et d’humeurs que lui-même ne comprend pas et sur lesquelles il n’a pas le moindre contrôle… »
    Il y a beaucoup à dire sur cette conception de l’art hypercontrôlé qui n’est pas la mienne et me fait penser aux dernières oeuvres de Mondrian que je n’aime pas beaucoup, mais où le nombre d’or est calculé pile- poil.

  9. Pascal Caro dit :

    Oui et il s’agit d’Ouspansky et de sa compréhension (assez intellectuelle) de Gurdjieff. Il s’étaient éloigné à la fin de la vie de Gurdjieff, un peu « foutu dehors » aussi. Bref…

    Je pense que la vision de Gurdjieff est plus étendue que cela et je comprends ton point de vue aussi Alain. IL y a à prendre dans cette notion-là ce qu’il y est d’intéressant et le reste de le laisser. Si Gurdjieff était là, il s’exprimerait en son nom propre.

  10. Pascal Caro dit :

    Sur Lee: « Monster » devrait te plaire Alain…

    http://chronophonix.blogspot.fr/2012/11/monster-vo-vf.html

  11. Ici Pierrot,
    un « Rêveur équitable » du Québec

    magnifique blogue sur un homme remarquable
    dans le cadre d’une hommage à Cludio Naranjo
    merci de me le faire découvrir:)))))))

    Dans le cadre du vagabondage poétique
    d’un « Rêveur équitable »
    blogues-musée pertinents mais aléatoires
    pour mon oeuvre littéraire
    pertinente mais aléatoire,

    permettez-moi
    de vous offrir
    une de mes chansons

    —-

    MONTE-ME VOIR MON GARS

    COUPLET 1

    tu m’dis qu’l’économie va mal
    mais qu’tu tiens l’coup à Montréal

    qu’ça vaut pas la peine d’en parler
    qu’ça va aller mieux à fin d’l’année

    au téléphone juste par le ton d’ta voix
    je l’sais qu’t’as perdu ton emploi

    REFRAIN

    un beau soir
    monte me voir
    ton vieux père a encore son poêle à bois
    le vieux shack du temps ou t’étais p’tit gars
    ou ça prenait juste un bon feu
    pour être heureux nous deux
    monte me voir mon gars
    mon gars… mon gars…
    mon gars… mon gars…

    COUPLET 2

    comme nous deux on est pas parleux
    j’ai tout écrit dans un refrain frileux

    la prochaine fois qu’j’te téléphones
    j’aurai mon texte entre mes mains p’tit homme

    une couple de bières dans le gosier
    au cas ou ça voudrait bloquer

    COUPLET 3

    hier chu tombé su l’répondeur
    j’ai eu comme un très gros pincement au coeur

    ta voix disait je suis parti
    marcher toute la beauté de la vie

    j’espère que ça pas trop paru
    les 7-8 bières que j’avais bues

    REFRAIN FINAL

    monte me voir
    monte à soir, si tu peux, à soir
    ton vieux père a lavé le poêle à bois
    y a pu d’poussière dans le shack du p’tit gars
    j’ai même préparé un bon feu
    pour être heureux nous deux
    monte à soir mon gars

    mon gars… mon gars…
    mon gars… mon gars…

    ton vieux pére
    avait écrit
    su l’bout d’papier
    c’te belle phrase-là

    mon coeur me dit
    d’te dire que j’t’aime
    mon grand gars

    Pierrot
    vagabond céleste

    http://www.enracontantpierrot.blogspot.com
    http://www.reveursequitables.com

    sur google,
    Simon Gauthier, conteur, video vagabond celeste

    http://www.demers.qc.ca
    chansons de pierrot
    paroles et musique

    Pierrot
    « Rêveur équitable » du Québec

    merci:)))