Guy Debord : prophète de la Société du Spectacle et de la marchandisation du monde

Changeons de registre :
après la poésie mystique de Kabir, voilà les analyses prophétiques de Guy Debord, sur notre société.
C’est cela aussi l’esprit intégratif : pouvoir s’intéresser à tous les sujets et faire des liens pour réunifier les différents mondes.
Le prétexte à cet article, c’est une exposition à Paris, très intéressante, consacrée à « Guy Debord » ;
elle est  sous-titrée « L’art de la guerre« ,
ce qui me semble une erreur, car en terme de stratégie guerrière, le combat de Guy Debord, pour un changement de société, apparait comme un superbe « fiasco »,  même si par ailleurs il admirait intellectuellement Clausewitz et aurait voulu se comparer au général Sun Tzu.
J’aurais plutôt appelé cette exposition  :

« L’art de l’insurrection »

Rafraîchissons d’abord notre mémoire sur une histoire très proche, dont Guy Debord fut un acteur incontournable.
Il s’agit de la fièvre révolutionnaire des années 60, qui s’est emparée de toute une partie de la jeunesse en France, mais aussi dans de nombreux autres pays, et qui a atteint son paroxysme lors des événements de mai 68.
Au sortir des atrocités apocalyptiques d’une guerre barbare, suivie d’une reconstruction économique et sociale suintant le conformisme, entre les vieilles recettes du capitalisme et la confrontation glaciale avec le socialisme stalinien, une certaine jeunesse refuse cette atmosphère asphyxiante, et traîne dans les rues de Paris sa vie de bohème en tentant de tromper l’ennui. Guy Debord en fait partie.
Il participe d’abord à un mouvement artistique, le « lettrisme », de remise en cause radicale de la poésie et de l’art.
Guy Debord se fait remarquer en détournant l’art cinématographique, avec son « Hurlement en faveur de Sade« , où la bande-son est totalement en décalage avec les images.
Sa volonté d’accélérer le dépassement de l’art par sa réalisation provocatrice et créatrice dans la vie quotidienne, l’engage dans une de ses multiples stratégies guerrières, qui consiste à créer une nouvelle organisation regroupant une avant-garde d’une dizaine de personnes pour changer le monde :
Avec une poignée d’amis il crée  « l’Internationale lettriste » en novembre 1952. Au programme : s’adonner à la dérive poétique dans les rues de Paris,  « pratiquer le dérèglement de tous les sens » dans les bars malfamés de la capitale, écrire des manifestes pour changer la vie, en éditant un bulletin gratuit du drôle de nom de »Potlatch« , manifester de temps en temps contre le colonialisme français en Indochine puis en Algérie et finir par se faire remarquer par les surréalistes tout en établissant des liens avec une avant-garde artistique européenne.

En 1957, des ‘artistes venus de différents pays d’Europe se regroupent pour fonder autour de Guy Debord « L’Internationale Situationiste ».
Au programme :

Notre idée centrale est celle de la construction de situations, c’est à dire la construction concrète d’ambiance momentanées de la vie, et leur transformation en une qualité passionnelle supérieure (…)
Nous devons partout présenter une alternative révolutionnaire à la culture dominante…

Ce mot de « situationisme » qui a fait rêver et fantasmer des centaines de milliers d’étudiants de l’époque, consiste en réalité à créer des situations pleine de vie et de passions face à la chape de plomb asphyxiante recouvrant partout les rapports humains de l’époque, cela surtout dans le monde universitaire et artistique.
L’internationale situationiste ne comprendra jamais plus d’une dizaine de personnes, car les exclusions, les démissions, les divergences et les disputes se succéderont pendant les quelques années de son existence éphémère.
Mais le talent pamphlétaire et épistolaire de Guy Debord écrivant régulièrement des brûlots bien sentis contre le système, donneront à cette Internationale situationiste une grande notorété, comme si ses idées se répandaient rapidement comme un feu sur la plaine,  dans les esprits enfiévrés des années 60.

L’apogée du mouvement situationiste est l’occupation de la Sorbonne en mai 68, avec les « Enragés » et les « Katangais » – le « lumpenprolétariat » cher à Bakounine, dont Guy Debord a surestimé sans doute la capacité créatrice et révolutionnaire.
Pourtant, le feu et la fièvre des nuits insurrectionnelles, sur les barricades de la capitale, dans le crépitement des bombes incendiaires, incarnent à  merveille les situations passionnelles et esthétiques, dont parle Guy Debord.
Mais ce fut un feu de paille situationnelle, comme le sont toutes les insurrections.
Et malgré les occupations d’usines qui malheureusement pour la plupart ne réclamaient que des augmentations de salaire,
la chape de plomb du système en place refermait peu à peu ses tenailles, avec les élections « piège à cons ».

Les situationistes se déchirèrent encore quelques temps en des discussions interminables sur la stratégie à suivre  : fallait-il tenter de continuer les actions violentes, comme le firent en Italie et en Allemagne quelques irréductibles,
ou fallait-il se taire en une sorte de repli sur soi devant les résistances de la réalité  sociale, conservatrice ?
C’est cette deuxième solution que choisit Guy Debord en proclamant en 1971 la dissolution de « l’Internationale Situationiste »
– ce qui fut peut-être sa plus sage  stratégie guerrière.

La société de spectacle et la marchandisation du monde

Mais notre diable d’homme va continuer pendant une vingtaine d’années ses écritures et ses adaptations cinématographiques,
c’est là sans doute, sa principale contribution à notre monde actuel.
Voici d’abord quelques extraits de son livre le plus fameux « La Société du Spectacle » paru en 1967, suivi en 1988 par les « Commentaires sur la société du spectacle » – le tout étant facilement consultable en livre de poche aux éditions Folio :

1 Toute la vie des sociétés dans lesquelles règnent les conditions modernes de production s’annonce comme une immense accumulation de spectacles. Tout ce qui était directement vécu s’est éloigné dans une représentation.

2 Le spectacle en général, comme inversion concrète de la vie, est le mouvement autonome du non-vivant.

4 Le spectacle n’est pas un ensemble d’images, mais un rapport social entre des personnes, médiatisé par des images.

17 La première phase de la domination de  l’économie sur la vie sociale avait entraîné dans la définition de toute réalisation humaine une évidente dégradation de l’être en avoir.
La phase  présente de l’occupation totale de la vie sociale  par les résultats accumulés  de l’économie conduit  à un glissement généralisé de l’avoir au paraître.

18 Là où le monde réel se change en simples images, les simples images deviennent de êtres réels et les motivations efficientes d’un comportement hypnotique. Le spectacle, comme tendance à faire voir par différentes médiations spécialisées le monde, qui n’est plus directement saisissable…

19 Le spectacle est l’héritier de toute la faiblesse du projet philosophique occidental qui fut une compréhension de l’activité, dominée par la catégorie du voir ; aussi bien qu’il se fonde sur l’incessant déploiement de la rationalité technique précise qui est issue de cette pensée.

20 Le spectacle est la reconstruction matérielle de l’illusion religieuse. La technique spectaculaire n’a pas dissipé les nuages religieux où les hommes avaient placé leurs propres pouvoirs détachés d’eux : elle les a seulement reliés à une base terrestre. ainsi c’est la vie la plus terrestre qui devient opaque et irrespirable. elle ne rejette plus dans le ciel, mais elle héberge chez elle sa récusation absolue, son fallacieux paradis. le spectacle est la réalisation technique de l’exil des pouvoirs humains dans un au-delà ; la scission achevée à l’intérieur de l’homme.

21 Le spectacle est le mauvais rêve de la société moderne enchaînée, qui n’exprime finalement que son désir de dormir. Le spectacle est le gardien de ce sommeil.

Il y a ainsi 221 propositions pour définir la Société du Spectacle, écrites dans un langage clair, limpide, incisif, fluide, digne d’un Voltaire ou d’un cardinal de Retz.
Il est vivement recommandé de lire ce petit livre de poche dans le métro parisien, pour comprendre encore mieux, combien il est prophétique :
voir ainsi tout le monde tapoter fébrilement sur son petit écran, en un mode hypnotique et hallucinatoire, dans une vie devenue factice et atomisée, loin du moment présent et de ses multiples dimensions,  c’est comme un hommage à Guy Debord et ses talents prémonitoires.

En effet, la Société du Spectacle et de la marchandisation du monde a gagné sur toute la ligne, non seulement dans nos pays occidentaux qui étaient déjà bien avancés sur cette voie, du temps de l’auteur, mais dans tous les pays du monde, sur la planète entière, ne rêvant que d’accéder à la grande mystification collective, la nouvelle religion universelle de la mise en spectacle du monde par les dernières techniques de communication et la pléthore des objets de consommation.
L’assomption de la vie spectaculaire culmine ainsi dans sa re-présentation sur la multitude des écrans nous entourant de toute part,
et le tour de force de la société marchande capitaliste, c’est d’en avoir fait autant de produits fascinants qui nous captent de manière addictive.

Cela pourrait pourrait être aussi une définition de la « postmodernité » qui serait cette alliance douteuse entre le capitalisme avide de toujours plus de profits – tel qu’il a été décrit par Marx au 19e siècle -, la créativité sans limite de la technoscience, et cette profusion de produits spectaculaires ‘envahissant tous les domaines de la vie, afin de la dénaturer, mais surtout nous fasciner dans la plus redoutable des addictions régressives.

Actualités de la Société du Spectacle

Il y aurait beaucoup à dire sur les avancées spectaculaires actuelles de la Société du Spectacle.
Je réserve un article prochain pour un domaine que je connais bien, la psychothérapie, afin de montrer à quelle vitesse actuellement, les produits marchands l’envahissent, depuis les psychotropes des laboratoires pharmaceutiques, promulgués par la bible des psychiatres – DSM IV et bientôt  DSM V multipliant les symptômes à cette fin -, jusqu’aux thérapies brèves et protocolaires à la mode (TCC, EMDR, TIPI, etc), dont les effets « spectaculaires » sont promulgués et validés par la fable des neurosciences, et repris en choeur par les incantations médiatiques.

On pourrait  aussi parler du « mariage pour tous« ,  cette pauvre revendication égalitaire du plus « petit-bourgeaois » des spectacles, alors que dans les années 70 la lutte des homosexuels et des féministes voulaient changer la vie de fond en comble, et d’abord au plus profond de sa nature : la libération sexuelle.  C’est un piètre spectacle pétri de conformisme, enfermant la liberté sexuelle dans le moule du mariage, dont la fonction ou l’obsession principale d’avoir un enfant,  va ouvrir la boîte de Pandore des produits de la technoscience médicale, avide de toujours plus de profits,  se profilant derrière le trafic des ventre de mères porteuses et des officines douteuses des banques de sperme.

En guise de conclusion

Pas facile d’être un prophète en avance sur son temps, surtout quand on pointe les promesses fallacieuses de la nouvelle religion consumériste.
Il y a le risque de ne pas pouvoir en supporter le spectacle triomphant et arrogant.
Guy Debord en a sombré progressivement dans les limbes de l’alcoolisme,
pour finir par le suicide d’une balle en plein coeur, un jour de novembre 1994,
afin d’abréger les souffrances d’une maladie incurable.

On peut se demander alors, ce qui a manqué à cet homme pour supporter ce spectacle de la Société de Spectacle.
Est-il possible de réconcilier, d’unifier, d’intégrer la joie inconditionnelle d’un Kabir, et le désespoir trop lucide d’un Guy Debord ?
Cela peut inspirer peut-être nos commentaires…

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31 réponses à “Guy Debord : prophète de la Société du Spectacle et de la marchandisation du monde”

  1. Olivier dit :

    L’itinéraire de Guy Debord marque le naufrage d’une pensée critique déconnectée d’une pensée créatrice. J’entends par pensée créatrice celle qui, par la médiation de l’intuition holiste, est liée à la dynamique créatrice et intégrative de la vie/esprit. L’avenir de la culture occidentale est à l’intégration d’une pensée créatrice et d’une pensée critique, cette dernière se mettant au service de la première.

    Alors que la pensée créatrice participe de la dimension évolutionnaire et intégrative de la conscience, la pensée critique participe quant à elle d’une approche formelle, abstraite et statique, propre à la rationalité. Capable d’analyser, de discriminer et de déconstruire, la rigueur intellectuelle de la pensée critique peut donner une forme structurée au jaillissement spontané d’une force créatrice.

    Mais, enfermée dans un formalisme abstrait et conceptuel – c’est-à-dire une forme coupée de sa fonction vitale et dynamique – la tradition française de la pensée critique se meurt de ne pas savoir se ressourcer à une pensée créatrice et une spiritualité évolutionnaire qui lui donnerait du souffle en l’ouvrant à de nouvelles perspectives.

    Le temps est donc venu, cher Alain, d’intégrer la spiritualité évolutionnaire et la pensée critique en faisant en sorte que la formalisation rationnelle soit capable d’exprimer une intuition créatrice qui la transcende toujours. C’est ce que tu fais à travers ton site et ton blog comme je tente de le faire dans le mien.

    Ce faisant on rencontre des résistances des deux côtés. Les tenants de la pensée critique vous trouvent toujours trop « fantaisistes » et ceux de la pensée créatrice trouvent votre approche trop « mentale ». Cette double réaction prouve que l’on suit bien la voie du milieu et elle est un encouragement à continuer sur la même trajectoire…

    • merci Olivier, je suis ok avec tout ce que tu dis, avec seulement deux bémols au sujet de Guy Debord.
      1. on peut dire que son oeuvre créatrice ou son intuition créatrice, complémentaire à sa pensée critique, trouve sa pleine expression de l’époque dans les journées insurrectionnelles de mai 68 – malgré toutes les critiques que l’on puisse faire à ce mouvement un peu, beaucoup, immature, loin des belles lumières de la spiritualité évolutive, il n’en restera pas moins dans les annales de la mémoire collective du 20e siècle comme quelque chose qui va plutôt dans le bon sens évolutif,n’est-ce pas ?
      2. Guy Debord est très inspiré, surtout dans la 1ère partie de sa vie par l’art, par l’esthétique, plutôt que par la raison critique : au programme changer la vie pour qu’elle devienne une oeuvre d’art, sortir l’art de ses ghettos, pour qu’il infuse la réalité quotidienne de ses lumières fulgurantes. Je trouve que vue l’époque, ça va dans le bon sens évolutif, tel que je le conçois.
      Mais bien sûr, je suis d’accord avec toi, il manque quelque chose, une intégration n’a pas eu lieu pour que l’évolution indiquée puisse suivre son chemin, je dirai que c’est une conscience globale, holistique du chemin dans son interaction, dans son jeu, entre l’individu et le collectif. Il me semble que Guy Debord prenait beaucoup trop au sérieux le rôle de l’avant-garde indiquant le chemin. Les désillusions lui furent cruelles.

  2. Anne-Marie dit :

    Pourquoi sortir des sentiers battus ? Parce qu’ils ne mènent qu’à la mort.
    Personne n’a encore parlé de l’éthique de la réalité, pourquoi ? C’est quand même autrement plus difficile que de croire (éthique de la conviction) ou d’imposer son point de vue (éthique de la responsabilité). Oui, celle qui est confrontée au quotidien découvre immédiatement qu’elle a un statut (même si elle n’en veut pas), que la société l’assigne à certaines tâches. Une fois ses devoirs accomplis, il est possible de prendre de la hauteur et de narguer les donneurs d’ordres. Parce que « les donneurs d’ordre » restent dans le traditionnel, le classique, le routinier, la société du spectacle. Ce n’était pas comme ça avant ? depuis l’industrialisation des cadavres(Auschwitz, Hiroshima, Nagasaki) la production industrielle efface l’être humain, « on » n’en a plus besoin.
    La 1ère(l’éthique de la réalité) a eu tout son temps pour se poser des questions : pourquoi cet « ordre » ? En admettant qu’il soit « de toute éternité », à quoi servent ces institutions postées de proche en proche ? Que vaut la loi ? Quelle est la fonction de l’être humain sur terre ? Celui qui ne sent pas la présence constante, quotidienne, permanente, inflexible de l’injustice ne peut réfléchir avec la même assiduité. On ne peut pas lui en vouloir, il est aveugle de naissance parce qu’il admet que ses prédécesseurs étaient sages, parce que le temps passe et qu’il préfère oublier les horreurs, parce que c’est une industrie intégrée au système.
    Voici ce qu’écrit Günther Anders dans « Nous, fils d’Eichmann » :
    « … Car c’est en cela que consiste l’ingénieuse manœuvre de mystification menée aujourd’hui à l’encontre des sans-pouvoir. La différence entre les méthodes de mystification que nous connaissons et l’actuelle est bien évidente : tandis qu’auparavant la tactique allant de soi avait consisté à exclure (en italique) les sans-pouvoir de tout éclaircissement possible, celle d’aujourd’hui consiste à faire croire (en italique) aux gens qu’ils sont éclairés, alors qu’ils ne voient pas qu’ils ne voient pas.De toute façon, ce qui compte aujourd’hui, ce n’est pas que technique et lumière avancent au même pas, mais c’est qu’elles obéissent à la règle de « la proportionnalité inverse », c’est-à-dire, plus trépidant le rythme du progrès, plus grands les résultats de notre production et plus imbriquée la structure de nos appareils : d’autant plus rapidement se perd la force de maintenir un rythme égal entre notre représentation et notre perception, d’autant plus rapidement baissent nos « lumières », d’autant plus aveugles devenons-nous.
    Et c’est bien de nous(italique) qu’il s’agit. Car ce qui est défaillant, ce n’est pas, disons, seulement telle ou telle chose, ce n’est pas seulement notre représentation et notre perception – c’est nous-mêmes qui sommes défaillants jusque dans les fondements de notre existence, c’est-à-dire réellement à tous égard. ….. »

    Une rupture totale est nécessaire. Pour retrouver son intégrité, il faut être fidèle dans les petites choses.

  3. François dit :

    Ne serais-ce pas un peu des interventions de président de la république? En passant, merci Alain de me faire découvrir la pensée de Guy Debors. Très fine analyse de cette Société Spectacle! Mais quel monde vais-je pouvoir réunifier avec mon esprit intégratif ? J’ai encore le pouvoir de choisir mes programmes, heureusement. Kurt Cobain de Nirvana disait aussi » jette ta TV par la fenêtre et achète une chaîne stéréo plus puissante ». Je serais plutôt du côté de la Vie, en premier. Et ensuite d’apprendre à m’apprécier….un peu…humblement….

    • oui, c’est vrai François, ce n’est pas facile de résister aux sirènes de la société du spectacle généralisé. Pour ma part, j’en suis à une sorte de diète, presque un jeûne surtout par rapport à la TV – pas plus d’une demi-heure par jour.
      Mais remplacer cela par le blog, ne reste-t-il pas une compromission dangereuse ?
      Et la Vie, qu’est-ce que c’est ? Retour au moment présent, retour à la nature, frugalité heureuse, contemplation méditation, nourrir la part spirituelle et physique de moi-même ?
      Tenter la vie multidimensionnelle et créatrice, en dehors de tous les stéréotypes que le système veut nous imposer pour sa domination financière.

  4. Claudine D dit :

    La société du spectacle, elle est en effet partout, et nul ne peut y échapper. Personnellement je n’ai jamais eu de télévision chez moi, et je m’en porte fort bien, bien que je passais pour un dinosaure il y a dix ans auprès de mes élèves. Jel’ai regardée de temps en temps auprès d’amis ou pendant que je faisais une cure, et ce que j’y ai vu m’a paru tellement affligeant quant au contenu culturel et aux tentatives de manipulation que je n’ai jamais eu envie de l’acheter.

    Plusieurs personnes de notre famille sont dans le même cas. Ma fille a bazardé sa TV pour pouvoir élever ses enfants tranquillement; mais maintenant elle doit se battre pour les arracher à l’ordinateur.

    Car l’ordinateur, avec la fascination qu’il procure, est loin d’être simplement un outil de travail; il peut être plus abrutissant encore que le TV. On se croit libre parce qu’on a l’impression de choisir ce qu’on veut faire ou regarder, mais c’est loin d’être le cas; plusieurs fois je me suis fait piéger et me suis surprise à me trouver devant des activités sans intérêt. Alors, comme Alain, je m’impose parfois une cure de désensibilisation et d’éloignement. L’essentiel, je crois, est d’être conscient d’être manipulé par cette société du spectacle, et de la regarder en gardant ses distances.

    • oui, c’est cela Claudine, distanciation, discernement, choix conscient, tel est l’exercice qui nous est demandé de plus en plus face à la Société du Spectacle débridé et addictif. En fait c’est un exercice de conscience pour intégrer et transcender, car de toute manière, tout n’est pas à jeter de la modernité et de la postmodernité, il va juste falloir dans une vision intégrale et intégrative les intégrer intelligemment dans une nouvelle forme de vie, dont certains sont actuellement les pionniers.

  5. Anne-Marie dit :

    Je n’ai pas voulu faire une intervention de président, j’ai voulu vous consoler. Raté. D’accord.
    La Vie ? cirer ses chaussures et être reconnaissants si elles sont en cuir parce que c’est beaucoup plus chaud que les plastiques. Sourire, parce que comme tout être humain a peur d’être oublié, au moins, là, lorsque les regards se sont croisés, il est sûr d’avoir été vu. Si on a froid, se souvenir que c’est l’air du Groenland, et ce n’est pas si fréquent que ça !
    Est-ce moi qui rêve, on n’est-ce pas exact que nous avons créé des outils de toutes sortes (techniques, scientifiques, législatifs, etc., etc.) pour améliorer le bien-être et la communauté humaine, et voilà soit que les outils rongent l’esprit, soit que vous n’avez pas la capacité de vous extraire des outils. Il n’y a quand même pas la possibilité de confondre ! Les vivants sont bien vivant et ils ont le devoir de mettre « les outils », tous les outils, au service …. des vivants, y compris les images (statut, fonction, rôle, symbole, etc., etc. ).

  6. marko dit :

    Tant de choses à dire… des commentaires toujours aussi riches que les articles… Si peu de mots pour s’exprimer et déjà trop pour se tromper… :)
    En parlant de spectacle, si loin et si proche de nos sociétés malades, l’orage est une fête gratuite, un spectacle de Joie, de puissance, vivant et séduisant, qui réveille même les âmes les plus assoupies… Voici un petit poème que je me permets de partager en écho à toutes ces réflexions sur l’Etre et le paraître, la pesanteur et la Grâce…
    Amitiés,
    marko

    Orage Magnétique

    Orage magique, clé de voûte magnétique
    Des cathédrales de nos joies et nos étés.
    Le tonnerre nous gronde de ne pas savoir
    Suffisamment dépasser les pesanteurs de nos devoirs.
    Pesanteurs qui écrasent les quotidiens mécaniques,
    Et nous trompent sur nos besoins,
    Sur la Nature même de l’existence.
    Perdus en chemin, enchaînés, brisés,
    Pour pourvoir à notre subsistance.

    Orage magique, clameur magnétique
    Du Ciel qui se lasse et s’agite.
    Orage magnétique, splendeurs de la physique,
    Qui de loin dépasse la pauvreté
    De nos imaginaires contemporains.
    Physique créatrice, émane du Divin,
    Alors que nos Raisons orgueilleuses
    Entretiennent nos chaînes d’airain.
    Physique capricieuse,
    Qui de révolutions en révolutions,
    Fait tourner la roue des savoirs
    Et nous détourne de l’avoir,
    Etre enfin…

    Etre en Vérité est la clé de tous nos étés.
    Légers et sans orage,
    Piété que bercent les présages.
    Chaleureuse lumière qui enveloppe
    L’âme d’un langage sans discours.
    Science attentive de l’Etre,
    Qui ne néglige aucun détail
    Jusqu’au plus profond de la Matière.
    Elle défie nos penchants de bétail.
    Science proactive permet de transcender
    L’expérience collective du moment,
    De concert avec les éléments.

    La Raison dominante et autoritaire
    Patauge dans la fange de certitudes malvenues ;
    Là où l’ignorance se refuse à la Grâce
    Des remises en questions,
    A la Grâce des visions spontanées
    Transportant nos évasions et nos Vérités.
    Au fil des jours, retrouver le fil
    De l’Esprit créateur,
    Embrasser l’expansion de l’univers.
    Porter son esprit sur les cimes d’Amour
    Où se gravent les lettres du retour.
    Orage magnétique, langage magnifique
    De l’Esprit, de la Source de Vie…
    Orage magique, Odyssée magnétique
    De l’Espèce en action,
    De l’âme portée à sa révélation.

    ML (2013)

    • Catherine B dit :

      Oui, trois fois oui, l’orage est une fête car alors se rencontre ce qui ne se rencontre pas d’habitude!

    • Catherine B dit :

      L’ô-rage de mes étés me dit
      de la mal-veillance de mes étayages
      Serais-je une clé en voie de perdition?
      Je ne le sais!
      Alors, que ferais-je dites-moi,
      de cet étayage qui me vaut tant de
      marivaudages?
      Il faut le mettre au feu,
      et brûler de l’igni de l’agneau,
      qui me fera belle d’entre les belles,
      pure, et belle parmi les belles, une belle au coeur pur,
      pur comme l’eau de la source,
      mais avec des reliquats de breuvages abscons,
      histoire de se rappeler,
      que rien n’est simple,
      parce que tout est simple,
      mais ne se donne pas si simplement,
      comme toute belle et noble simplicité!

  7. François dit :

    Bravo Marco pour le spectacle. Le son de ton poème a la force du tonnerre et la lumière de ton inspiration , la couleur du ciel. J’aime les nuages, épais comme du coton, les blancs, les gris et les noirs qui s’emmêlent dans un ciel d’orage.Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas disait Trimégiste. Je suis sur terre, je regarde, je vise et j’admire ton spectacle. Merci de le partager.

    • merci marko, super !
      c’est drôle, j’ai tendance souvent moi aussi à personnaliser les événements météorologiques, comme si des créatures divines, des esprits célestes s’adressaient à nous, pour essayer de nous faire comprendre quelque chose.
      Par exemple, en ce moment, dans ce froid et ces averses successives sur Paris, je me dis que c’est une sorte de purgatoire qui nous est proposé, avec des douches frigorifiantes pour tenter de nous réveiller de notre torpeur consumériste qui asphyxie la Terre.
      C’est juste un avertissement presque amical, et si nous ne comprenons pas, alors il y aura la colère des orages et le feu dévastateur des sécheresses tenaces, sans parler des déluges, le retour du châtiment des dieux : « nemesis » après l’arrogance prométhéenne de l’homme se croyant omnipotent et dépassant les limites.

      • marko dit :

        Merci Alain,
        Il est vrai que cette meteo laisse songeur… Nous avons la meme a Prague depuis samedi. Je vois ces extremes meteorologiques comme des reflets de tous nos desquilibres a tous les niveaux, aussi bien dans nos modes de vies, que nos modes d’Etre… Il est par ailleurs surprenant de voir a quel point nous nous adaptons ou du moins nous resignons a ces meteos de plus en plus extremes… Il y a 10ans, 4degres en Mai nous aurait peut etre choque… mais aujourd’hui c’est comme s’il devenait normal ou habituel de vivre les 4 saisons en une semaine ou une journee. Une des choses qu’il me plait de voir dans ces phenomenes est le poids de notre volonte pour faire face a ces etxremes d’un point de vue mental… On a vraiment un champ immense pour observer ces phenomenes, les digerer de maniere proactive et ainsi fortement catalyser l’impact de ce froid et cette grisaille sur notre Etre.
        Une belle image des difficultes de la vie en general, soit l’on se laisse noyer, soit l’on apprend a nager, a surfer, on catalyse les evenements pour apprendre et completer notre navire… pour le rendre mieux a l’ecoute des vents, sentir le bon cap au-dela des pluies et des orages… Une des subtilites de nos climats toujours plus extremes est que nous creons nous-meme notre propre chatiment… Un autre aspect qui me semble cle est que l’intuition peut bien mieux penetrer les nombreuses interactions entre differents niveaux de phenomenes internes et externes a la fois… alors que les explications lineaires et rationelles ne peuvent approcher que des segments du probleme…. La raison est bien sur necessaire pour s’adpater, pour evoluer, mais a condition qu’elle soit soutenue par l’intuition, par une vision integrative du grand tableau mouvant de la vie… La Raison tend a figer les pensees, les idees, et c’est en cela qu’elle peut etre mortifere… elle a besoin du mouvement de la vie, de l’inspiration des nos coeurs de nos ames, pour approcher le grand mouvement….
        Bref, c’est presque un qvertissement que nous nous offrons a nous-memes… :)

    • marko dit :

      Merci Francois pour cet echo :) et merci a la Nature de nous rappeler a notre essence…

      • Intéressant , marko, ton message, même si on est un peu loin de Guy Debord. Tu dis en parlant de cette météo : « Il est par ailleurs surprenant de voir a quel point nous nous adaptons… »Je suis d’accord avec toi et en même temps je me demande si cette faculté d’adaptation n’est pas à double tranchant, c’est à dire dangereuse pour l’espèce humaine, au sens où elle va s’adapter sans se poser les bonnes questions au sujet d’un danger qui plane sur elle, en une sorte de politique de l’autruche.
        Il faut peut-être passer par une certaine désadaptation, pour se poser les bonnes questions et envisager une adaptation- mutation qualitativement différente. En fait le climat n’est qu’une des multiples facettes de ce chaos actuel de notre monde et si nous nous y adaptons, nous faisons le déni du chaos, ce qui est sans doute du court terme. La dérégulation du climat serait une incitation parmi d’autres à changer notre vie – ah ! nous revenons à Guy Debord.
        Finalement les inadaptés sont peut-être les prophètes d’un autre monde possible.

        • marko dit :

          Tout a fait d’accord Alain… Ce que tu dis fait echo aux propos de Krishnamurti: ‘Ce n’est pas un signe de bonne sante que d’etre bien adapte a une socieete profondement malade’.
          Cette phrase resonne malheureusement plus juste jour apres jour… Je suis d’accord que tous les desequilibres sont des invitations a changer notre vie… J’ai souvent l’impression qu’a titre personnel aussi bie nque collectif, on a le choix de changer librement par notre propre volonte, puis passe un temps (indefini et indefinissable), le changement s’impose a nous par des expressions plus desagreables (maladies, catastrophes, souffrances…) Les termes et les concepts d’adaptation et d’inadaptation… Etre adapte sonne pour ma part depuis que je suis tout petit comme une petite mort… comme une forme de resignation face a toutes ces voix qui brulent nos ailes,… combien de fois on m’a dit que je n’arriverai jamais a rien, que j’etais a cote de la plaque, ‘le reel c’est ceci, le travail c’est ce;a, il faut pesner a sa carriere, c’est pas si facile, on ne vit pas d’amour et d’eau fraiche, blablabla… j’en passe de ces conseils inapropries, de ces lecons sans ame, de ces reflexes de l’espece…
          Etre inadapte a ce monde est sans doute inevitable si on souhaite suivre les elans de son coeur… J’ai rencontre plus de sages, plus d’amour a la rue que dans les universites… ca s’est clair… Apres, l’equilibre, c’est toujours vers le centre de multiples interactions et penchants contradictoires qu’on le trouver… finalement on depasse les concepts d’aptation et d’inadaptation…
          Dans un sens on devient irrecuperables pour la machine technicienne… dans un autre on se decouvre les ressources pour s’adapter a tout… s’adapter physiquement, mentalement, mais jamais se resigner dans son ame, toujours apprendre, continuer la route, partager plus d’amour…

          • Nous sommes complétement en phase Marko !
            Inadapté / adapté telle est la clé, avec tout de même un « plus » pour l’inadaptation, car elle est créatrice, elle est un aiguillon de la conscience. Un pied dans le système et de grandes enjambées sans cesse hors système ! de toute manière écrire de la poésie, c’est déjà une grande enjambée hors système, mais je reste persuadée que la poésie prépare le langage de demain et que la raison sera bientôt risible.
            Quant à Guy Debord, son inadaptation était peut-être trop forte, trop douloureuse, avec un déficit de conscience transpersonnelle ou spirituelle qui a fait pencher la balance du côté de l’alcoolisme. Mais bon, c’est pas évident d’être trop lucide, pareil pour la météo…

  8. Un ami Yann Marichy vient de m’envoyer ce texte que je soumets à la réflexion :

    « Il est très important de relire tous ces auteurs, ces décrypteurs de société et d’époque, les Bourdieu, les Foucault, Debord…
    C’est un pendant indispensable au « tout psy » qui comme le dit Alain devient de plus en plus une sorte de « règlement »à suivre censé être le dernier mot, ou encore un consumérisme dématérialisé.
    Nous n’avons plus d’autre choix que le « bien être » ou le « mal être ».Pourquoi le « spectacle » séduit il autant ? Parce que c’est la solution de facilité, le moindre effort. Seulement lorsque l’on ne prend pas la peine de penser, d’autres le font à notre place… la main sur le cœur, mais servant leurs intérêts propres.
    Les grands systèmes décadents finissent par s’effondrer, mais en mourant, ils « bousillent » beaucoup de monde. Il existe des moments de civilisation comme celui que nous vivons, où l’on régresse:justices d’exception, esclavages divers et variés, corruption générale etc,etc,
    Mais ils abritent aussi des foyers vivaces de pensée et de résistance. On ne peut prendre ces systèmes de front, au sens politique classique. Restent les logiques de guerrilla qui ont largement prouvé leur efficacité face à des puissances écrasantes.
    Le propre des « démocraties » marchandes et du néo libéralisme est de fonctionner comme les rétro-virus : ils infectent l’organisme dont ils utilisent ensuite l’ADN pour se dupliquer. On ne peut donc les combattre par les moyens classiques « antiseptiques ».
    Beaucoup l’avaient aussi remarqué dès les années 60, de Marcuse à W.Benjamin, que le langage jouait un grand rôle dans la diffusion (le mot est particulièrement parlant) d’une idéologie et qu’il était de la première importance de ne pas utiliser son vocabulaire.
    Cela n’a jamais autant été vrai qu’aujourd’hui, où des pans entiers de langage ont disparu, remplacés par des termes d’apparence positive et donc incriticables.
    Lire les auteurs,classiques, modernes est d’une très grande importance.Merci pour ce rappel du situationnisme!

    • Réponse à Yann Marichy :
      ton message Yann est intéressant et me fait réfléchir. Tu reprends en particulier l’idée de « guerillas face à des puissances écrasantes » telles que nous les subissons en ce moment, reprenant ainsi une idée importante de Guy Debord, faisant d’ailleurs écho au titre de l’exposition « l’Art de la Guerre ».
      Certes, mais je ne pense pas que la guerilla soit actuellement la meilleure manière de répondre au Système du spectacle et de la marchandisation généralisée du monde.
      Il me semblez que le plus important est d’affûter d’abord notre pensée critique de ce Système qui est en train de détruire méthodiquement le coeur de l’être humain. Cette pensée critique me semble loin d’être au point, quand je parcours les auteurs, où finalement je ne vois personne capable d’aller au delà d’Edgar Morin qui me semble pourtant avoir vieilli, lui aussi, de même que les auteurs que tu cites (Foucault, Bourdieu) auxquels j’ajouterai Baudrillard et Lipovetsky.
      L’autre versant de notre tâche est de répertorier et de proposer des alternatives crédibles au Système. Il me semble d’ailleurs que sur ce point que Guy Debord fut très « faiblard », au sens où proposer des « situations passionnelles » dans une dimension esthétique, me semble très insuffisant et a été largement récupéré par le Système, après la grande peur de Mai 68. La révolution sexuelle est devenue « le mariage pour tous » et « jouissez sans entrave » le mot d’ordre de toutes les publicités actuelles, à tel point que l’on a presque envie de prôner l’ascétisme – que l’on retrouve d’ailleurs dans le mouvement pour la « décroissance » et la « frugalité heureuse ».
      Bref, la tâche sur ce point est immense est sera sûrement l’intégration de différents courants qui tâtonnent actuellement dans un certain isolement : l’altermondialisme dans le secteur économique, l’écologie radicale – non pas le développement durable totalement récupéré -, les micro-société qui expérimentent de nouvelles formes de vie (Pierre Rabhi), la décroissance choisie et nécessaire, le mouvement de l’écologie intérieure intégrative de la dimension transpersonnelle et spirituelle, etc. Finalement on attend, tout en y participant chacun à notre manière, les consciences suffisamment vastes et éclairées pour penser ce monde nouveau qui succédera inévitablement à la destruction de ce monde actuel, suivant la loi éternelle du cycle « mort et renaissance ».
      La guérilla ce sera après, quand le vieux monde ce sera pour ainsi détruit lui-même de l’intérieur, une guérilla non-violente avec toute la force de la conscience.

    • Anne-Marie dit :

      D’accord, totalement d’accord. En même temps je me dis que comme jamais 2 êtres se comprennent, ne croyez pas que je me laisse porter.
      j’ai découvert le MAUSS. Comme il date des années 80, je pourrais penser que je retarde. Je n’ai pas de complexe. Par contre si je vous en parle, c’est parce qu’un article de 2001 de David Graeber (professeur d’anthropologie à l’université de Yale, Etats-Unis) donne sa vision dans un article intitulé « The new maussketeers », ou les nouveaux Maussquetaires. Il dit que depuis 1995, comme la F. résiste toujours à l’idéologie de l’utilitarisme, on nous donne sur les médias des penseurs vides. Lui aussi fait référence aux Derrida, Foucault, Baudrillard, Kristeva, Lyotard, de Certeau… Bourdieu et consort. Cf : http://www.revuedumauss.com/

  9. Anne-Marie dit :

    Pour ce qui est de « répertorier et de proposer des alternatives crédibles », ce qui m’importe est que chacun trouve son comptant ici, sur terre. Notre « but » est de nous individualiser. B. Stiegler rappelle que c’est le contraire de l’individualisme et offre à Ars.Industrialis du tgrain à moudre l’économie de la contribution ! http://vimeo.com/32540487. Personnellement je trouve mon bonheur partout où éventuellement on accepte mon aide. Je ne cherche pas de stratégie, ni de but à atteindre, sauf celui de rendre le monde libre et gratuit. D’ailleurs, j’ai trouvé un site qui démontre que c’est possible Je crois que c’est l’argent qui détruit les vivants, pour moi, c’est évident. Mais si les humains courent après, qu’y puis-je ?

    • « Je crois que c’est l’argent qui détruit les vivants, » : ce n’est pas l’argent en lui-même, Anne-Marie, qui détruit les vivants, mais les mobiles de l’homme qui s’en sert malencontreusement, c’est à dire la cupidité, l’avidité, l’instinct de prédation et l’addiction. On peut très bien rêver d’un monde où l’argent serait utilisé avec conscience, justice et amour dans des échanges harmonieux, mais il faudrait que l’homme puisse évoluer intérieurement pour devenir enfin un être humain.
      Avec la gratuité, ce serait la même foire d’empoigne, si l’homme n’évolue pas.

  10. Yan marichy dit :

    Pour revenir sur ton commentaire Alain,je me dis qu’il y a peut être socialement un parallèle à faire avec notre métier.Nous ne sommes pas là pour proposer une voie ou une autre mais plutôt pour faire naître des prises de conscience.Nous agissons comme des révélateurs photographiques,dévoilons (enfin aidons à)ce qui est caché.Pour cela la pensée critique est très importante,elle implique aussi une conscience de soi suffisamment claire et stable pour dépendre le moins possible du regard des autres.Les penseurs comme Debord étaient des « déconstructeurs »(on leur a assez reproché),mais c’est un préliminaire indispensable à tout travail de reconstruction,autrement on retombe dans les mêmes vieux travers,les mêmes manèges.quand on voit aussi le degré de sophistication atteinte pas la manipulation,on ne doit pas en faire l’économie.Il est important aussi de dégager des fondamentaux qui puissent parler à tous,vraiment tous,après on peut théoriser et envisager des systèmes.j’aime bien Morin mais c’est vrai qu’il se fait bien vieux…Je ne pense pas que l’on manque de relève mais le vieux monde est bien long à agoniser et les changements ne se feront pas en moins de plusieurs décenies .Si on prend exemple sur l’âge classique ,on voit que dès la renaissance et surtout le XVII siècle on pouvait trouver des idées novatrices qui allaient même à l’encontre des systèmes dominants à l’époque (religion surtout);il a pourtant fallu attendre la fin du XVIIIe pour que quelque chose se passe(quoiqu’on pense des lumières qui recouvrent beaucoup de choses)peut être n’aurons nous pas à attendre aussi longtemps car les idées circulent beaucoup plus vite qu’à l’époque,mais les forces en jeu ,les pouvoirs sont beaucoup plus cryptés et sournois.Ils colonisent nos consciences même et s’en servent comme relais.Donc vigilence…

    • Merci Yann pour ton commentaire si pertinent. Prenant comparaison avec la révolution des Lumières au 17e et 18e siècle, tu dis : « peut être n’aurons nous pas à attendre aussi longtemps car les idées circulent beaucoup plus vite qu’à l’époque ». Je l’espère comme toi, mais je me dis qu’il y a un facteur supplémentaire en jeu actuellement pour accélérer l’évolution des consciences, c’est la dégradation, voire le désastre écologique qui frappe notre Terre – Mère. Il me semble que la vie va devenir rapidement tellement invivable pour l’espèce humaine, que soit elle va disparaître, soit elle va inventer rapidement un autre monde, une autre manière manière de vivre ensemble, et que les penseurs de la déconstruction, aussi bien que de la construction nouvelle, vont être obligés de se transcender.

  11. Anne-Marie dit :

    « Nous ne sommes pas là pour proposer une voie ou une autre mais plutôt pour faire naître des prises de conscience ». En voici une qui vous convaincra peut-être de la nécessité d’abolir l’argent ? Il est sociologue, et parle là à la société algérienne, mais son analyse des logiques de domination confirme mon intuition. De plus comme nous avons tous les outils nécessaires pour nous passer de l’argent je ne vois pas pourquoi nous ne nous en passerions pas ?

  12. Yan Marichy dit :

    Hello,oui,c’est sur que l’âge classique n’a pas pollué des masses…je repense à la phrase de l’écrivain de SF Arthur C Clarke disant que le XXIe siècle allait être difficile,mais qu’après ça irait beaucoup mieux! comme il a eu dans bien des domaines une vision quasi prophétique,espèrons qu’il a raison.L’écologie: curieusement j’ai assez confiance en le fait que tout ça rentrera dans l’ordre,qu’on retrouvera un équilibre,notamment grâce à la technologie,aussi je n’aime pas trop toutes ces cultures de la peur et des catastrophes qui sont la plupart du temps contre productives et le reste ont des effets secondaires pires que le mal.Le militantisme écolo est souvent maladroit;ce que pas mal d’entre eux essaient de nous refourguer c’est la bonne vieille « crainte du seigneur » pour se tenir à carreau.Malheureusement ils en ont tellement fait que l’on commence à en avoir marre de toute cette histoire,ce qui bien sur est fort dommage.Ce qui m’inquiète davantage c’est cette soi disant « fin de l’histoire »,cette absence de grands projets (comme les programmes spatiaux par ex)ce pragmatisme rampant qui a fait du casino économique la seule aventure possible,le dernier frisson.J’ai pas mal cogité sur toutes ces mythologies » viriles » du management et ce qu’il y a derrière,et c’est pas très reluisant.Beaucoup voient dans cette espèce de loi de la jungle qu’est le néo libéralisme un palliatif,une forme d’aventure ou ne triomphent que les héros,les grands prédateurs,je pense qu’il y a là un besoin de « sauvagerie »(en costard cravate)un défouloir dans un monde tiré au cordeau,clos et entièrement cartographié.Bien sur au dépends des autres…je suivrai ton blog,c’est une bonne idée d »aborder des thèmes politiques et philosophiques en psy,ce qui est malheureusement rare(les praticiens se croient peut être au dessus?) amitiés!

    • Autant je suis d’accord avec toi, Yann, sur la 2e partie de ton message concernant managers, coachs, psys et cette absence de projet de grande envergure concernant le monde et l’humanité, à ras du néolibéralisme économique et ses régressions de toutes sortes – la prédation généralisée comme règle de conduite collective -, autant je ne suis pas d’accord dans ce que tu dis à propos de l’écologie.
      Bien sûr je ne vais pas défendre les écolos français perdus dans leurs querelles intestines, les compromissions les plus viles et l’absence de projet, mais je considère la question de l’écologie en général, comme la nouvelle donne de la situation actuelle désastreuse de l’humanité et peut-être de la planète Terre. La limite du supportable en ce qui concerne l’eau, l’air et la terre, sans compter l’entassement de la plupart des populations dans les mégapoles sordides surtout à leur périphérie, demande au projet néo-libéral prédateur dans la croissance sans limite du progrès matériel un changement radical, à moins de professer cyniquement, comme parait-il certains le font en secret, une disparition à 80% de l’humanité, pour qu’il ne reste qu’une poignée de « transhumains » privilégiés, continuant la mascarade.
      Je ne pense pas non plus que les replâtrages technologiques style bioéconomie, développement durable, etc, pourront renverser la tendance, car les dégradations sont déjà trop graves et il faut de toute manière, surtout en Occident, changer totalement et radicalement de style de vie, si nous voulons survivre à moyen terme (horizon 2050), le plus grand nombre possible.
      Le désastre écologique nous force donc à changer de point de vue de manière globale sur nos possibilités de survie collective, il demande une sorte de mutation de la conscience, un changement de paradigme complet, d’une part significative de l’humanité qui pourrait renverser la vapeur. Cela se prépare, je crois, en ce moment où la plupart des alternatives intéressantes se font en relation avec cette idée de retour à la Nature ou de respect de la Nature et de décroissance économique choisie consciemment dans la solidarité collective, plutôt qu’une austérité subie dans la misère, telle que les milieux financiers aidés des politiques s’emploient à le faire subir aux peuples en particulier européens pour résoudre leur crise. Par rapport à ce que je dis là, j’ai trouvé que le livre d’Hervé Kempf « fin de l’Occident, naissance du monde » est tout à fait intéressant.
      Par ailleurs, je pense de plus que cela n’a rien à voir avec la pensée apocalyptique traditionnelle, en particulier judeo-chrétienne fondée sur le fantasme, la culpabilité et l’inhibition Le désastre possible, cette fois ci, est bien réel, on peut en voir les prémices bien tangibles avec Fukushima et Katrina, le réchauffement ou le déréglement climatique, la « poubellisation » des océans, la pénurie de l’eau potable, la désertification des terres, etc, etc, et la prière comme seul remède n’y pourra rien, car il faut changer la vie de fond en comble ou disparaître. De catastrophe en catastrophe, cela peut se faire comme autant d’électrochocs pour tenter d’interrompre l’anesthésie générale de la société du spectacle.
      Il y a quelque chose dans le péril écologique qui n’est pas du spectacle, chacun le paie dans sa chair, ne serait-ce qu’au niveau de toutes les maladies actuelles de société dont la plupart proviennent d’une alimentation délétère, entretenue par les lobbies agro-industriels. Je crois qu’en ce moment, – c’est triste et difficile à dire -, l’abolition du spectacle ne se fera plus par les révolutions, mais par les catastrophes successives qui vont obliger la conscience humaine à muter.

  13. yan marichy dit :

    Hello Alain,en fait je suis tout à fait d’accord avec toi:
    ce qui se passe est grave mais ce que je veux dire c’est simplement que la plupart de mouvements écolos tels qu’ils sont organisés aujourd’hui relèvent plus d’une crispation morale que d’une compréhension juste des problèmes.En gros on est passés d’un triomphalisme arrogant à une repentance auto flagellante (et flagellant les autres) la haine de soi et la condamnation des autres ont trouvé dans l’écologie un débouché de choix (à l’exception de gens comme P.Rabhi)
    Pas besoin de trop chercher d’où vient cette « culture ».Le problème avec la plupart des écolos c’est qu’ils sont truffés de dogmes et d’a-priori et n’acceptent pas d’autre point de vue que le leur. Or pour résoudre un problème il faut clairement le poser. La nécessité d’une réflexion et d’une action écologique ne fait aucun doute ; prétendre le contraire est indéfendable. Je ne pense pas non plus que l’on puisse bâtir des solutions durables et solides sur des condamnations et des cultures de la peur. ça provoque parfois des sursauts(de courte durée), mais en terme de névroses c’est assez lourd de conséquences.
    Je pense aussi que la technologie est un processus irréversible (à moins d’une remise à zéro suite à catastrophe naturelle ou non) on ne peut pas empêcher les gens d’inventer des choses,et que sachant cela, la technologie doit être mise à contribution. Il faut parfois de sales leçons pour tirer les conséquences. Fukushima en est un exemple.
    Mais il y a pas mal de déshabillages de Pierre pour habiller Jacques,les gens ne semble pas savoir réellement d’où vient et ce qu’est l’énergie. Arrêter le nucléaire est nécessaire, mais où trouverons nous les énergies de remplacement sans des perçées scientifiques majeures, donc de la recherche. L’Allemagne arrête le nucléaire…mais se fournit chez nous!(record de centrales en Europe), ce qui dénote aussi une certaine hypocrisie très répandue chez les écolos. On nous parle côté pétrole de « véhicules electriques, »mais là encore la réflexion et la culture scientifique de base font long feu, pas le moindres détails pour exploiter l’hélium 3 présent dans les roches lunaires:une énergie propre quasi illimitée. Dès les années 80 : election de Reagan,programme spatial interrompu,coupes franches etc,etc.Les pétroliers du texas (dont pas mal d’entreprises sous traitantes de la Nasa) ont du voir ça d’un mauvais œil. ça n’a rien de science fiction ou de théories du complot. Actuellement un gars a inventé par génie génétique une algue de synthèse capable de fabriquer un pétrole de synthèse à partir…de CO! il rame pour faire financer son invention.
    Tu as raison Alain,il y a des volontés politiques derrière tous ces freins,des volontés très puissantes. Côté économique nous avons VOULU la dérégulation,ce n’est pas une fatalité qui nous est tombé dessus (pour la France Bérégovoy, si mes souvenirs sont bons)Le vieux monde va mettre du temps à crever,ça c’est sur,mais on est un peu comme les Lilliputiens des voyages de Gulliver,un nombre suffisant de petites entraves peuvent bloquer des géants.
    Bon,j’arrête,ça peut nous emmener loin,c’est un plaisir!…

  14. yan marichy dit :

    PS(bref!) en fait le problème principal des écolos est comme dit iegor Gran, que ce genre de » bigoterie » s’arrête là où commence notre VERITABLE confort,notre VERITABLE style de vie(retour à mon exemple allemand)j’ai tant vu de gens qui font leur pipi sous la douche pour économiser l’eau,et ont leurs petites ampoules de la bonne conscience basse conso,les mêmes que l’on retrouve 3 ou 4 fois par an dans les avions pour l’Inde,la Taïlande,le Maroc pour leur « tourisme responsable(oxymore)ou leur voyages « initiatiques ».L’écologie oui,les écologistes je suis plus réservé.Heureusement qu’il y a des gens comme Pierre Rabhi,ceux là vivent ce qu’ils professent…

    • merci Yann, j’aime beaucoup « le pipi dans la douche », je crois que nous sommes vraiment en phase pour cette critique des écolos surtout français dans leurs prétentions politiques misérables et leurs projets manquant d’envergure et de cohérence par rapport au Système décrit poétiquement par Guy Debord.
      Nous partageons aussi une certaine admiration pour Pierre Rabhi, qui propose une alternative théorico-pratique intéressante, puisqu’il a fondé cette communauté agro-biologique en Ardèche qui pourrait essaimer de manière significative, reprenant de manière plus mature, le rêve soixantehuitard des communautés surtout festives. Il y a en plus chez Pierre Rabhi, repris par Patrick Viveret et par moment timidement dans le mouvement de « la Décroissance » (voir mon article sur le blog), une tentative de réflexion sur l’écologie intérieure ou les conditions subjectives individuelles et collectives d’une remise en question et d’une vision alternative radicale et globale. Cela rejoint bien sûr la dimension psy, dans une thématique qui dépasse complétement la majorité des psys – ne parlons pas des coachs – qui restent plus ou moins inconsciemment les chiens de garde du Système – même celui-ci en même temps les tient à l’oeil (voir la loi Accoyer).