Jim Jarmusch : "the limits of control"

Je suis allé voir le dernier film de Jim Jarmusch « The limits of control ». Quel enchantement ! Le lendemain je voyais à la télévision un James Bond « Casino royal ». Quel désastre !
Mais il m’est venu une comparaison. Le film de Jarmusch serait, pour une part, un anti-James Bond et c’est ce qui fait sa force, sa différence, son sens supérieur.
En effet Isaac de Bankolé – que j’ai cru d’ailleurs apercevoir dans le rôle d’un méchant de « Casino royal » – incarne ici un héros qui est le contraire de cette vulgarité bondienne, érigée en religion de l’époque. Quelles sont quelques unes des qualités du héros de Jarmusch ?

  1. Il avance dans le monde silencieusement, il ne parle pas ou très peu – quel soulagement, à côté de la cacophonie d’en face !
  2. Sa principale activité est la contemplation silencieuse du monde, assis à la terrasse d’un café ; on est si loin de l’activisme brutal d’un Bond grisé par son omnipotence guerrière.
  3. Le contemplatif aime s’adonner à d’étranges rituels mystérieux et poétiques (la boite d’allumette et son message codé, les deux tasses de café…) – rien à voir avec les rituels répétitifs et télécommandés du célèbre navet, comme sa sempiternelle poursuite en voitures.
  4. Notre héros est séduisant lui aussi, à sa manière, capable de fasciner la femme, une créature de rêve l’attendant dans une chambre d’hôtel; mais celui-ci ne la touche pas, il ne la désire pas ; il l’aide à se lover contre lui de manière très chaste et très belle, pour passer la nuit blottie – rien à voir avec le machisme d’un Bond où le révolver à la bandoulière se confond avec sa virilité.
  5. Notre agent secret est cultivé : il aime aller visiter les fresques d’un musée ou s’entretenir philosophie avec ses rencontres de passage. James Bond est déculturé, ou il est le symbole de la sous-culture hollywoodienne basée sur les instincts prédateurs archaïques de l’espèce humaine.
  6. Le but de la mission n’est pas commandité par le quelconque service secret d’un gouvernement occidental aux méthodes opaques, mais c’est la mort symbolique de ce gouvernement lui-même, incarné par un archétype à la G.W. Bush, retranché dans son bunker, au milieu de ses gorilles cagoulés de noir.

Tout cela se laisse regarder en douceur, en détente, en humour, et les longs silence, et toute cette lenteur sont là pour nous inciter à réfléchir, à nous questionner ; le contraire de ce comportement de consommateur passif, auquel un James Bond nous invite.

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