La catastrophe viande (2e partie)

La terrible souffrance animale

Voilà un chapitre tabou, dont la France n’aime pas parler, au point que tous les sites d’abattage industriel sont soigneusement fermés aux journalistes et aux curieux, comme des forteresses ultra-protégées qui gardent jalousement leur terrible secret. Car dans ces lieux le sang coule à flot – « il faut que ça saigne ! » comme disait Boris Vian dans sa chanson. Nous rentrons dans la terrible souffrance physique et émotionnelle du monde animal – âmes sensibles s’abstenir.

Pourtant, question perfectionnement et sophistication des techniques d’abattage, c’est le progrès, le progrès dont la société occidentale est si fière, depuis les immenses abattoirs de Chicago à la fin du 19e siècle ayant inspiré les chaînes de montage automobiles d’Henry Ford. Tout est apparemment lisse, bien huilé, bien présenté : l’animal est d’abord étourdi à l’aide de pinces électriques, puis achevé soit par égorgement à la carotide, soit par un poinçon à air comprimé dont la tige de métal perfore d’un coup le cerveau. Mais les images du film d’Arte, tournées clandestinement, et les témoignages qui diffusent deci delà, disent tout le contraire : des boeufs pendus par les pattes arrières aux crocs de la chaîne d’un abattoir, se débattent convulsivement et agonisent lentement, en attendant d’être dépecées encore vivants – un tiers des boeufs ne seraient pas morts au moment de la découpe en morceaux !
A noter que dans leur immense commisération, les généticiens ont décidé une modification du code génétique des vaches, afin de supprimer leurs cornes, cet attirail encombrant d’un autre âge, qui leur faisait perdre du temps pour aller se faire tuer.
ll y a donc beaucoup de violence, beaucoup de souffrance dans les abattoirs, mais surtout un total mépris pour l’espèce animale qui ne date malheureusement pas d’aujourd’hui : dans le christianisme, Dieu a fait une bêtise en confiant à l’homme la gestion de la nature – c’était sans compter avec la folie humaine – et Descartes en a « rajouté une couche » en pensant que l’animal était une machine dépourvue d’âme . Les sciences et les techniques se sont engouffrées dans cette vision simpliste au service de l’efficacité et de la rentabilité, dans une totale bonne conscience, ou plutôt absence de conscience, car il n’y a qu’à regarder le regard d’une vache s’en allant à l’abattoir, puis dirigée brutalement à coup de pics dans les longs couloirs de sa mort, pour comprendre toute l’insensibilité et l’ineptie de ceux qui professent que le monde animal est sans âme, ou du moins sans un ensemble de sentiments et d’émotions comme la douleur, la peur, la panique, le désespoir. Pour les amateurs de chiffres-chocs : en 2007, en France, environ 917 millions de volailles, 25 millions de porcs, 8 millions d’ovins, 5 millions de bovins, 1 million de caprins et 17000 chevaux ont été abattus dans les 318 abattoirs pour animaux de boucherie et dans les 1520 abattoirs pour volailles : un véritable massacre !

Au chapitre de la souffrance animale, il faut ajouter aussi les conditions de vie de la plupart des animaux condamnés à l’élevage industriel et intensif. Il faut parler plutôt d’enfermement, d’emprisonnement, d’incarcération à vie.
De temps en temps, un scandale éclate : ce sont les poules pondeuses élevées en batterie, dans de minuscules cages où elles sont entassées les unes sur les autres, développant des comportements suicidaires ou agressifs, affaiblies au point de contracter toutes les épidémies, mourant prématurément, à tel point que Bruxelles est obligé d’épingler régulièrement les pays comme la France qui rechignent, pour des raisons de rentabilité et d’insensibilité, à se mettre à des normes plus supportables.
C’est aussi le scandale des veaux séparés à la naissance de leur mère, enfermés dans de petites cages d’où ils ne bougeront jamais durant leur courte vie nourrie absurdement au lait recomposé ;
ou alors c’est le gavage des oies et des canards pour la période de Noël, un concentré de souffrances, une véritable torture, à tel point que cette pratique a été interdite dans la plupart des pays : Allemagne, Argentine, Autriche, Danemark, Italie, Norvège, Pologne, République Tchèque, etc. Elle vient même d’être interdite en Israël pour motif de cruauté. Mais la France réclame encore une fois « l’exception culturelle » afin de déroger aux règles sur le bien-être animal de la législation européenne.
La souffrance animale sera-t-elle enfin reconnue par l’homme en ce début du 21e siècle ? L’humanisme dont il se targue, pourra-t-il enfin passer en actes pour abolir toutes ces horreurs ?

Le désastre écologique

Nous arrivons à la question peut-être la plus préoccupante : cet élevage industriel et intensif est une véritable catastrophe écologique, suspendu au dessus de l’espèce humaine, comme une épée de Damoclès, qui n’épargne ni la terre, ni l’air, ni l’eau et la mer.
D’abord l’accaparement et la dégradation de la terre pour l’extension des pâturages ou plutôt des pacages : environ 60% des terres agricoles du monde servent pour le pacage de quelque 360 millions de bovins, plus de 600 millions d’ovins et de caprins, et cette surface a tendance à sans cesse augmenter au fur et à mesure que la consommation de viande progresse.
Le Brésil est un exemple symbolique de cette catastrophe . Ce pays est devenu depuis 2003 le premier exportateur de viande bovine vers le monde entier (plus de 120 pays concernés). Mais l’expansion des pâturages s’est faite sur la disparition progressive de la forêt amazonienne, le poumon de la planète : 75% de la forêt a disparu dans ce pays, en particulier celle du Mato Grosso. Les vaches sont entassées pendant cinq ans – le temps de vie minimale qui leur est alloué – pour être engraissées au soja, au maïs et aux antibiotiques (afin de grossir plus vite), dans des parcs, qui sont de véritables camps de concentration en plein soleil.
Dans le prolongement de cela, le pire, c’est sans doute l’extension sans limite des cultures de soja OGM et de maïs pour nourrir ces animaux d’élevage toujours plus nombreux. En effet, 16 kilos de céréales sont nécessaires pour produire un 1kilo de viande, il faut 7 à 9 calories végétales pour une calorie animale. C’est un énorme gaspillage énergétique qui va atteindre ses limites. Pour le moment c’est encore la razzia sur les terres cultivables, on gagne toujours du terrain, surtout dans les pays d’Amérique du Sud, mais l’horizon 2050 apparait impossible, les terres vont manquer avec les besoins croissants de la Chine et de l’Inde pour nourrir ses élevages. Il faut encore ajouter que la déforestation, les surpâturages et toutes ces cultures OGM saturées de pesticides, dégradent très vite les sols en les rendant bientôt incultivables, quand ce n’est pas désertiques.
De plus, comme le montre le film d’Arte, ces cultures intensives se font au détriment des cultures vivrières, condamnant les populations locales à la très grande pauvreté dans des bidonvilles de campagne, où les pesticides en rajoutent à leur misère pour les empoisonner. Va-t-on supporter plus longtemps l’existence d’un milliard d’affamés chroniques qui ne cesse d’augmenter, pour gaver porcs, poulets et bovins, afin d’entretenir l’obésité de quelques millions de privilégiés dans nos sociétés d’abondance ? Il y a là un désastre écologique qui s’ajoute au désastre humain, dont la seule question est : combien de temps, cela va-t-il durer encore ?

Un scandale de plus pour l’Afrique

Quelque chose de tout à fait scandaleux est à rajouter au dossier ; je l’ignorais jusqu’à que ce film d’Arte en a parle courageusement. Où vont à votre avis les morceaux de viande de second choix, ceux dont nous ne voulons pas, comme par exemple les bas morceaux des poulets aux hormones ?  Ils sont recyclés pour ainsi dire, afin d’être envoyés en Afrique pour la consommation intérieure des pays comme le Ghana ou le Nigéria, dans une sorte de « dumping »  les proposant sur les marchés à très bas prix, plus bas que la production intérieure. Outre les conséquences sur la santé des africains, ce procédé met au chomâge des milliers d’éleveurs locaux. Une fois de plus l’Afrique au sujet de la viande, est le pays sacrifié du néo-colonialisme conjugué au néo-libéralisme économique. Pas étonnant que des armées de chômeurs se transforment bientôt en groupes armés para-militaires, pour des guérillas urbaines et tribales permanentes.

Un peu d’espoir

La « catastrophe -viande » mérite bien son nom : désastre sanitaire de l’assiette, scandale de l’intolérable souffrance animale, catastrophe écologique tout azimut. Le miracle techniciste de la société de l’hyperconsommation carnée semble tourner au désastre.
Il y a tout de même des cris d’alarme et de protestation un peu partout, il y a aussi des traces d’espoir, comme cette prise de conscience faisant son chemin, afin de développer l’élevage bio, dont les normes judicieuses font du bien à lire. .Mais pour le moment les pouvoirs en place restent sourds, obnubilés par leurs vieilles recettes de cuisine.

2012 : une année apocalyptique

2012, c’est peut-être cela finalement : une année apocalyptique, au vrai sens du terme, c’est à dire quand les choses auparavant cachées, ont besoin d’être révélées au grand jour, pour une prise de conscience individuelle puis collective faisant tâche d’huile rapidement, afin de s’indigner, puis d’envisager des solutions pour une autre et nouvelle manière de vivre.
La nourriture est un chapitre important de cette nouvelle manière de vivre. Il nous faut dans un premier temps réduire rapidement notre consommation de viande, chacun individuellement :  une fois par semaine serait bien suffisant, comme autrefois dans les campagnes pour d’autres raisons – le manque et pauvreté. Maintenant il ne s’agit plus de cela : il s’agit d’une prise de conscience d’un problème global qui menace la survie de l’espèce humaine.
Il semble aussi que le régime végétarien soit de plus en plus souhaitable, si nous voulons sauver la planète : ce sera le sujet de mon prochain article.

Bibliographie

Peter Singer « la libération animale » Grasset
André Pochon “Le scandale des usines à cochons” ed. du Rocher
Armand Farrachi « les poules préfèrent les cages » ed. Yves Michel
Fabrice Nicolino « bidoche » Babel livre de poche
Marcela Iacub « confession d’une mangeuse de viande »  Fayard
Jean-Baptiste Jeangène Vilmer « Ethique animale » PUF

Cet article est paru dans le magazine Santé Intégrative n°27 mai /juin 2012

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20 réponses à “La catastrophe viande (2e partie)”

  1. PORTIER dit :

    Eh oui , ne pas oublier dans la liste : « La mal bouffe » Joel de Rosnay (Dr en sciences) en 1979 , Ce sujet là n’est pas récent !

  2. Monique dit :

    Notre folie humaine, est effrayante. Quelle dose de volonté nous faut-il pour ne pas céder à la desespérance !

    • je crois qu’il ne s’agit pas pour ma part « d’une dose de volonté », mais plutôt d’une possible expansion de la conscience permettant presque naturellement de ne pas céder à la folie collective. L’être humain apparait comme la seule espèce sur cette terre, dont la folie et la souffrance qu’elle engendre, est le moteur de son évolution. Une loi bizarre, difficile à admettre, dont le Bouddha a d’ailleurs fait le fondement de sa proposition, il y a plus de 2500 ans.

  3. Monique dit :

    Pour vous, Alain, la résistance à la désespérance, est dans la possible expansion de la conscience. Je parle, moi, de dose de volonté, je pourrais ajouter, d’énergie vitale inexpliquée et inexplicable, d’amour de la vie déraisonnable, qui résiste à tout ce chaos.Par contre, il faudra que je réfléchisse à votre phrase  » L’être humain apparait comme la seule espèce sur cette terre, dont la folie et la souffrance qu’elle engendre, est le moteur de son évolution. »Je trouve cette vision très sombre.

  4. oui, Monique, je conçois cette part de volontarisme que vous mettez en avant. Peut-être est-il possible de dire qu’elle suit la prise de conscience nécessaire et préalable, comme un passage à l’action autant nécessaire, même si je n’aime pas trop par nature, l’aspect volontariste de l’action, car j’y vois quelque chose de forcé, de pas suffisamment intégré.
    Sinon, mon allusion à la souffrance est assez banale finalement, puisque le Bouddha en a fait le fondement de son enseignement et de la libération, et cela mérite effectivement d’être mûrement réfléchi.

  5. catherine dit :

    Ce qu’on décrit concernant les animaux, ne rejoint-il pas le traitement fait aux hommes-animaux? Question! Où se trouve la différence? Qu’on me le dise, je ne l’ai pas vue!

  6. catherine dit :

    Il semblerait bien, que l’on n’hésite pas à me dire si je me trompe, que le mot réponse, la réponse, c’est à dire l’intervalle de notre expression qui fait suite à l’accueil de quelque chose, soit constituée de res= la chose et pondere = qui pèse, qui a du poids.

    Les mots nous disent beaucoup mais nous sommes dyslexiques, nous lisons mal car on ( nos apprentissages)nous ont mis des lunettes qui nous opacifient la vue.

    C’est dans cet intervalle de la réponse, réponse aux épreuves de vie, éprouvantes comme toute nature d’épreuve que nous avons la possibilité de contrecarrer le poison. Là, nous sommes bel et bien empoisonnés, c’est circulaire et non linéaire, bref, le sort des animaux nous le partageons bien, certains plus que d’autres, mais c’est notre lot quotidien, non?.

    Et qu’est-ce qu’on fait lorsqu’on est empoisonné?

    On demande des comptes des mécomptes qui nous sont faits. On interroge les soi-disant responsables et on les délogent s’ils ont participé par leur silence à l’empoisonnement du monde et puis on se regarde dans la glace, je me regarde dans la glace, et je vois quelqu’un qui porte un poids par son inaction, son acceptation passive, à cet empoisonnement et je me dis COMMENT je fais avec tout ça. Tout est question de comment, de main, de manière, et les manières, ça s’apprend. Cette socio-culture nous a appris les mauvaises manières, il faut les abandonner pour aller vers ce que quelqu’un que j’aime bien résume en quelques mots: Un « je » qui n’annule pas le « nous » communautaire et un « nous » communautaire qui n’annule pas le « je ». Bigre, un sacré travail. Un double respect au vrai sens du terme re_spect, dans un double regard, celui de la périphérie, le premier qui s’engage ensuite dans le deuxième regard, celui qui va au coeur du coeur qui pulse.

    Excusez-moi si ça fait un peu j’sais pas quoi, je ne trouve pas le mot, quelque chose de pas très juste dans ce que j’exprime là, et pourtant j’envoie quand même car derrière les maladresses de l’expression, il y a quelque chose qui cherche à se dire mais qui ne sait pas trop encore comment, qui bredouille. Recevez ces bredouillis avec indulgence, merci. La puissance de vie, si nous restons en lien avec elle, alors tous les espoirs sont permis, c’est en son nom que nous feront partir les poisons …

    • J’aime bien votre bredouillis moi aussi Catherine, même si je ne comprends pas tout, il provoque en moi un questionnement et j’essaie de retraduire avec mes mots à moi – ce qui est peut-être une trahison de vos propos.
      Il y a d’abord l’accueil, l’acceptation, la conscience du poison et de l’empoisonnement général et personnel. Je crois que cette étape doit être longue, elle demande du temps et du courage : une sorte de lucidité désespérée, surtout au début. Et puis l’intégration se fait progressivement et avec elle la réponse, comme une évidence, naturellement, sans volontarisme particulier, comme une chose lourde – comme vous dites si bien – qui pèse du bon poids de la maturation – avec aussi la possibilité qu’il n’y ait pas de réponse possible, alors dans ce cas il faut attendre patiemment que le poison fasse son effet et quelquefois ça prend du temps et le poison devient très dangereux, mais le danger va accélérer la réponse.
      Pour le poison de la viande : la réponse m’est venue toute seule, comme une évidence naturelle, il y a maintenant plus de 40 ans. Pour moi à ce niveau là, ça va, je suis relativement en accord avec moi-même, même si j’ai honte quelquefois d’appartenir à l’espèce humaine sur ce sujet, et c’est cette honte qui m’a donné envie d’écrire cet article, même si je ne sais pas quoi faire d’autre, car je sais bien que c’est insuffisant.

  7. Monique dit :

    Bonjour Catherine, 6h50! l’aube était-elle belle? Un grand merci pour votre bredouillis..C’est plein de traou mad (choses bonnes ), comme on dit en Bretagne!
    Oui, Nous sommes empoisonnés par les rythmes, l’eau, l’air, la terre…Nous étouffons.
    « C’est dans cet intervalle de la réponse, réponse aux épreuves de vie, éprouvantes comme toute nature d’épreuve que nous avons la possibilité de contrecarrer le poison »
     » COMMENT je fais avec tout ça. »
    La PUISSANCE de VIE , malgré tout.
    Je n’avais jamais pensé à l’étymologie du mot « réponse ».

  8. C’est curieux… J’éprouve aussi cet étr honte d’être un membre d’une société qui vit dans un telle niveau d’insensibilité

  9. C’est curieux… J’éprouve aussi ce profond sentiment de honte d’être membre d’une société qui vit dans un tel niveau d’insensibilité, un peu comme un habitant d’un pays peut éprouver de la honte pour des meurtres commis au nom des intérêts prétendus supérieurs de la nation.

    Car c’est bien d’insensibilité qu’il s’agit. L’incapacité de ressentir toutes les formes de la vie comme participant au même organisme vivant et conscient en évolution. La façon dont nous traitons les animaux en dit toujours beaucoup sur le niveau d’évolution des sociétés comme des individus… Ce n’est pas un hasard si tous les chemins spirituels authentiques évoquent le régime végétarien comme une évidence…

    • katia engel dit :

      Excellent commentaire… J’ ajoute le manque de considération dont on est victime lorsque l’ on affiche sa sensibilité. Comme si être fier de la destruction des animaux pour assouvir son propre plaisr était une forme de supériorité.

  10. Monique dit :

    Insensibilité, vous avez raison, Olivier. Et aussi domination, pouvoir absolu sur les autres êtres vivants, animaux et végétaux. Domination qui détruit . Ramasser les escargots de son jardin, aller les mettre dans un terrain en friche, ou bien les balancer sur la rue en espérant qu’une voiture les écrase.. ou les enfermer dans un sac plastique bien hermétique et les jeter dans sa poubelle.. ou mettre des produits chimiques anti-limaces et anti-escargots, et voir les oiseaux manger ces limaces et mourir.. nous avons eu cette conversation hier avec des amis..celui qui ramasse ses escargots pour les mettre dans un terrain en friche, est considéré comme un « bizarre »! et pourtant, je rejoins votre point de vue , » La façon dont nous traitons les animaux en dit toujours beaucoup sur le niveau d’évolution des sociétés comme des individus… » Celui qui met les escargots dans le terrain en friche a dit « La vie d’un escargot a autant de valeur que la mienne ».

    • Tous ces commentaires sont beaux et précieux, je vous en remercie et je les partage à 100%. J’ai juste envie de questionner cette « insensibilité ». je crois que derrière l’insensibilité, il y a en fait le réflexe de prédation, dont s’est servi l’espèce humaine pour survivre puis triompher des autres espèces et cela pendant des milliers d’années de sa longue histoire ; on pourrait dire aussi que c’est la partie reptilienne la plus primitive de notre cerveau qui s’exprime dans cette insensibilité à tuer les animaux et le problème, c’est que ce réflexe de prédation perdure même dans notre société d’abondance, pour se transformer en addiction du « toujours plus » – voir le beau livre de Martine Laval « N’écoutez pas votre cerveau ».
      L’autre problème, c’est que personne n’échappe à ce réflexe, à cette pulsion : il n’y a pas les « sensibles » d’un côté et les « insensibles » de l’autre, il n’y a que l’étroite marge de manoeuvre de la prise de conscience et du travail sur soi-même qu’elle implique – étroite, parce qu’il semble que pour le moment sur la question des animaux, cette prise de conscience est largement minoritaire. Donc actuellement, c’est soit l’addiction, soit l’évolution par prise de conscience.
      Mais il y a une nouvelle donne qui va peut-être accélérer la prise de conscience à grande échelle : c’est la possibilité qui devient de plus en plus une certitude de la catastrophe écologique que signifie une planète toute entière devenue addictive à la consommation de viande ;
      ce qui permet d’être finalement optimiste et de ne plus avoir honte, en clamant haut et fort la vérité – c’est cela aussi 2012…

  11. Nath dit :

    Un livre vient de sortir publié par One Voice (www.one-voice.fr) « Violences sur les animaux et les humains » – Le Lien – d’Andrew Linsey.
    « L’éducation des enfants envisageant l’empathie comme une faiblesse à surmonter, a un impact fort sur l’évolution de notre société. Au contraire, il faudrait cultiver cette empathie naturelle et la mettre au coeur de nos modes de vie pour « réapprendre l’humanité à l’humain ». » A. Gublin Diquélou
    Gandhi affirmait que la force de l’oppression vient de la capacité de passivité, de résignation, de soumission, d’obéissance des opprimés. Dans le cas de l’oppression animale nous sommes face à la passivité, la résignation et la soumission des citoyens à la mentalité collective et aux diktats du pouvoir en place.
    Développer sa conscience permet de dépasser l’individu égoïste et passif pour devenir un être de conscience et de compassion.

    • Merci pour le livre. Le seul problème qui ressemble à la quadrature du cercle, c’est comment développer la conscience humaine de manière significative, c’est à dire de manière à faire basculer collectivement les hommes dans le bon sens. Il semble qu’actuellement les signes de régression sont aussi importants que les signes d’évolution, ce qui n’empêche chacun de s’engager pour changer ce monde.

  12. Sophie dit :

    A propos de la souffrance animale générée par l’élevage industriel, je pense que les gens en ont conscience. Mais c’est un peu comme avec les millions d’enfants qui meurent de faim ou de maladie en Afrique : la politique de l’autruche. On y pense et on oublie. On ne veut pas être envahi par la culpabilité. Donc les abattoirs sont bien cachés, pour notre plus grand soulagement.

    Et puis la nourriture fait partie de notre culture, c’est un symbole de convivialité. Celui qui ne mange pas de viande c’est le rabat-joie, celui qui vient emm… les autres avec ses principes : les regards sont moqueurs, on se sent exclu du groupe.
    Et on entend partout que les protéïnes animales sont nécessaires pour la santé (alors que si on se renseigne un peu on constate que non).

    Sans parler du cerveau : est-ce que notre cerveau ne devient pas addict de la viande comme il le devient de la cigarette ? En tous cas c’est très difficile de modifier ses goûts alimentaires.
    Par ailleurs quand on arrête de manger de la viande, il faut réapprendre à cuisiner ! C’est une démarche qui n’est pas facile.

    Comme l’économie et la finance dirigent tout, c’est extrèmement difficile par un discours rationnel de faire barrage au lobby de la viande qui est infiltré partout (on l’a vu lors du grenelle de l’environnement). Il faudrait développer une offre végétarienne dans les cantines des écoles et des entreprises, dans les boulangeries et la restauration rapide, dans les supermarchés… pour faire découvrir aux gens une autre forme d’alimentation. D’ici là une catastrophe type ESB de grande ampleur nous aura peut être ramené (un peu) à la raison.

    • merci Sophie pour ce commentaire que je trouve très pertinent. Je suis en train de préparer un nouvel article sur le végétarisme, où je vais développer certains de vos arguments.

  13. Brigitte B. dit :

    C’est en prenant connaissance de la prochaine sortie du n° 97 de la Décroissance que j’ai découvert votre blog et j’y suis restée collée…
    Comment dire en peu de mots (je ne peux et ne veux pas rester bloquée sur ma machine toute la matinée!!! Cédric Biagini m’a convertie à la mesure, après ma rencontre avec lui à la Librairie Le Livre à Tours, j’ai acheté son livre, c’est un Monument!).
    Donc, juste quelques mots :
    La cause des animaux est pour moi une de mes priorités et je suis d’accord avec Catherine (d’ailleurs je prendrais bien une bière un jour quelque part avec elle…!) pour dire que la conscience ne suffit pas et qu’il faut agir.
    Je travaille bénévolement au sein d’une association d’études et de protection de la nature et de l’environnement. Je n’ai pas de voiture, pas de portable, pas de télé. J’écris et je lis beaucoup. Je dis ça juste pour me situer un peu.
    Cher Alain, votre poésie m’a touchée, les poètes sont pour moi les seuls à pouvoir voir la vérité… (les vrais poètes). Les poètes ont toujours raison, non ?
    J’espère seulement que nous tous, qui avons compris l’essentiel de la situation que les autres et nous vivons actuellement, réussirons à faire passer dans la conscience de la majorité endormie de nos concitoyens, voire contemporains, les messages que nous divulgons et que des changements concrets, palpables, visibles, audibles… verront le jour. Sinon « l’éveil à la conscience » n’est qu’un voeu pieux, un pétard mouillé, une vision égoïste et sans conséquence donc nulle.
    Bonne journée à tou-te-s!

  14. Florence dit :

    juste un petit mot de plus, pour y mettre, un peu de grain de sel.
    Les mentalités sont difficiles à changer, montrer l’exemple et montrer beaucoup de patience pour venir à bout de pensées fausses concernant le végétarisme est ma façon de réagir. Beaucoup de gens sont enfermés dans des idées et ne veulent pas en sortir. La souffrance de l’animal ne leur concerne pas, pour eux, c’est naturel que l’animal meurt pour l’être humain pour ses subsistances et c’est les végétariens qui ne sont pas normaux. Il y a un énorme travail de sensibilisation auprès des plus jeunes pour que la situation des mentalités bougent et se renversent ! L’homme moderne est enfermé par les idées dites « modernes », de tout posséder et se dit qu’il est légitimement le plus puissant. Il se comporte comme un enfant gâté, à qui on a rien refusé, il est capricieux, veut tout, possède un égo surdimensionné : ça donne des hommes dangereux, pervers… C’est pas très beau… et la société non plus n’est pas belle !