La psychothérapie virtuelle ou comment surfer sur la vague numérique

 

 

La belle histoire d’Audrey en psychothérapie virtuelle

« Aubrey soigne ses phobies grâce à la réalité virtuelle ».
C’est le gros titre d’une page dans le journal « Le Parisien » du lundi 12 juin 2017 ;
Audrey, une jeune niçoise, en est à sa 15e séance chez son psychiatre ;
celui-ci utilise un casque de réalité virtuelle lui cachant  les yeux et les oreilles,
afin qu’elle soit immergée complétement dans la réalité virtuelle de son problème, la phobie des avions. Pendant ce temps le psychiatre lui distille des conseils d’une voie douce pour qu’elle accepte progressivement la situation.
Notre psychiatre avant-gardiste est triomphaliste : 80% de ses patients ressortent guéris et il multiplie les formations de ses confrères, tandis qu’une bande  d’informaticiens dans les start-up, préparent déjà des logiciels d’entraînement personnel avec casque « pour poursuivre seul la psychothérapie dans son salon « en autonomie »…

Mais ce n’est pas fini, « ce fantasque psychiatre, ce fan de science fiction » – tel qu’il est présenté dans l’article -, prépare déjà des logiciels pour étendre ses méthodes virtuelles à d’autres symptômes psy : « il diversifie sa palette » :
l’addiction au tabac, l’anxiété généralisée depuis les attentats,  le syndrome de stress post-traumatique, et il teste même la schizophrénie et la paranoïa…
L’article termine sur le fait que le psychiatre ne compte pas s’arrêter là : « avec la réalité virtuelle on peut recréer toutes les situations » dit-il. Ce qui sous-entend qu’il n’y a qu’un pas pour vouloir guérir ainsi tous les principaux symptômes « psy », par des mises en situation virtuelle…

Une pseudo-psychothérapie machinique et virtuelle

« Là où est la machine, c’est toujours le gouffre et le néant. »
Antonin Artaud  lettre à Paule Thévenin (22/2/1948)

La mise en situation artificielle du symptôme

Souvent pour la plupart des symptômes, et en particulier pour les phobies, la psychothérapie telle que je la conçois, commence par une recherche avec son client d’une situation personnelle, emblématique de la difficulté pour laquelle il est venu consulter.
Cette recherche interactive à deux, est déjà thérapeutique par elle-même :
– elle demande un effort de mémorisation et de verbalisation du client,
– elle mène à des situations de départ différentes pour chacun, et cela pour un même symptôme, comme la « phobie de l’avion » citée dans l’article.
– il s’ensuit pour chaque situation personnelle, des conséquences intérieures (cognitives, émotionnelles, corporelles et comportementales) spécifiques pour chacun,
– et celles-ci demandent donc un traitement spécifique, particulier, individualisé, qui constitue tout l’art de la psychothérapie, ainsi que le talent de chaque thérapeute capable de s’adapter à chaque cas personnel.

Mais ici, bien sûr, avec ce fameux logiciel virtuel « phobies de l’avion », tout cela est bien fini.
Il ne reste plus rien de la spécificité du symptôme et de sa mise en situation par rapport à chacun.
A la place, derrière des lunettes numériques, un archétype de phobie d’avion est proposé à tous, pour provoquer une mise en situation virtuelle, dont la réalité ne correspond peut-être en rien à l’expérience intérieure de certains.
Il s’agit donc d’une mise en situation issue de l’imagination du concepteur de logiciel,
pouvant être considérée comme une simulation mensongère ou tout du moins artificielle et unidimensionnelle,
une sorte de détournement machinique du symptôme.

La disparition de la relation thérapeutique

Et que dire de la relation  thérapeutique à propos de cette mise en situation virtuelle, avec ce « patient » dissimulé derrière son casque et ses grosses lunettes de vue virtuelle ?
Il est dit dans l’article que le psychiatre est là, à ses côtés, « pour distiller des conseils rassurrants »pendant la mise en situation virtuelle.
Cette présence est mieux que rien et semble constituer une sorte de minimum vital de la relation thérapeutique.
Mais elle est réduite à sa partie congrue, car n’ayant rien à voir avec la relation thérapeutique classique, celle chère à Carl Rogers et à toute la psychothérapie humaniste des années 60, basée sur l’écoute et l’empathie fondatrices de la nécessaire et précieuse alliance thérapeutique .
(voir sur mon site psychothérapie intégrative, l’importance de la relation thérapeutique dans les facteurs communs de succès à toutes les thérapies).

Et ne parlons pas du cas où le pauvre « patient » est seul chez lui après avoir acheté son casque et son logiciel de mise en situation. Là, il n’y a plus de relation du tout. Un coup de téléphone sera-t-il permis au thérapeute prescripteur, si cela se passe mal ?
En fait, dans les deux cas, il n’y a plus de relation (thérapeutique) d’un être humain avec un autre être humain, mais un ersatz de relation sous emprise de la machine numérique et de son monde virtuel programmé.
L’appareillage numérique prend la place de l’être humain, en l’occurrence du thérapeute et de son client. Il y a comme une disparition de l’humain, au point qu’on pourrait parler dune psychothérapie anti-humaniste réduit l’homme à la machine numérique, aussi bien le thérapeute qui s’est effacé derrière le spectacle présenté par son logiciel, que le client soumis à ce logiciel en étant immergé complétement dans l’univers virtuel d’un symptôme artificiel, suggéré.
Ironiquement, la seule réalité qui demeure, c’est celle du client qui paye, car j’imagine que les séances en immersion virtuelle, doivent être à prix fort – pudiquement le journal n’en dit mot…!

La vague numérique, une déferlante irrésistible

Cet exemple de psychothérapie virtuelle, proposée dans un journal parisien de grande audience, avec cette sorte d’enthousiasme journalistique, est fait pour être contagieux.
La preuve en est donnée par ce journal, qui insinue diaboliquement qu’un logiciel « psy » est bien plus performant qu’un psy classique – « le génial docteur enchaîne les conférences, les formations des confrères psychiatres. Les résultats sont là : 80% de ses patients ressortent guéris de ses consultations« .  Ainsi, tout est prouvé par une pseudo-science  statistique qui assène ses chiffres.
Argument supplémentaire : la séance est ludique, car les logiciels de guérison ressemblent à des jeux virtuels, que les patients connaissent bien, et qui répondent à cette addiction hédoniste virtuelle aux jeux video de plus en plus prégnante ; quel rêve de se soigner comme en jouant, dans un film dont chacun serait le héros !

En fait, cette psychotérapie d’un nouveau genre appartient à une vague numérique, une déferlante irrésistible,
une vague transformant partout, et dans tous les domaines, la réalité humaine en un simulacre de réalité virtuelle.
La rapidité de propagation est incroyable, pas seulement dans les possibilités de communication globale et mondialisée,  avec des machines ultra sophistiquées, dont la rapidité d’éxécution est incroyable,
mais dans tous les domaines et activités de la vie, l’assistance des machines numériques devient indispensable, et la transformation de la vie humaine en prothèse de ces machines.
De plus, il est envisagé que très prochainement ces machines vont se transformer en robots, et devenir les nouveaux compagnons de vie omniprésents de l’être humain.
C’est une vague semblable à la vague d’un tsunami, impossible d’y résister ! Partout, des ados aux séniors, le même enthousiasme contagieux, la même fascination, avec la même croyance basique plus ou moins consciente :
La machine numérique est merveilleuse, bien plus performante que l’être humain
et destinée à le remplacer.

Les robots seront nos plus proches compagnons de vie, puis ils prendront notre place complétement, pas seulement en psychothérapie, mais partout, dans toutes les activités, dans tous les métiers.
Pas besoin d’être grand prophète pour prédire que l’être humain va disparaître, remplacé inexorablement par ces êtres artificiels d’inspiration machinique, beaucoup plus performants que lui.

Mais pourquoi cette déferlante numérique est-elle si irrésistible ?

En fait, la machine numérique et bientôt les robots condensent toutes les vertus d’une sacralisation réclamant un nouveau culte, une nouvelle religion,
à laquelle l’être humain semble éperduement avoir besoin de croire actuellement, après l’effondrement de toutes les anciennes religions :
Terminées les vieilles religions polythéistes et monothéistes d’antan,  qui n’ont pas su faire évoluer l’être humain significativement,
terminées les promesses d’un salut venant de la politique, quelle soit démocratique ou révolutionnaire, ou maintenant transnationnale, car tout s’est toujours tragiquement terminé.

Pour oublier sa fragilité, sa vulnérabilité, sa maladresse, son inconscience prédatrice, l’être humain n’a plus actuellement que le choix du consumérisme addictif et mondialisé des objets, dont le plus fascinant se touve être la machine numérique cachée derrière sa multitude d’écrans magiques.

La machine numérique et son rejeton robotique représente une nouvelle religion à laquelle l’être humain a besoin de croire, parce qu’il cherche une nouvelle rédemption, perdu dans les affres de son inconscience tragique,
mais cette nouvelle rédemption, paradoxalement, semble lui promettre aussi sa disparition, par le triomphe des robots, comme l’ont déjà annoncé prophétiquement bon nombre de romans de science -fiction.

Alors, surfons sur l’immense vague numérique

« Reste simplement au centre du cercle
et laisse toute chose suivre leur cours »
Lao tseu   Tao tö king 19

Que pouvons-nous faire ?
La vague géante est tellement irrésistible, tellement séduisante,
tellement souhaitée sans réserve par le plus grand nombre,
il semble qu’il n’y a rien à faire,

et ce serait folie que de s’y opposer, au risque d’être englouti !
Critiquer ? pourquoi pas ? Nous l’avons fait dans cet article,
en ce qui concerne la psychothérapie.
Mais il faut être bien conscient que cela ne sert pas à grand chose,
vous allez vite être traité de vieux grincheux anti-progrès,
nostalgique d’un passé fumeux qui a fait son temps.
On ne peut pas s’opposer à une religion montante, faisant naître tant d’espoir.

Il reste peut-être une solution :
surfer sur la vague,
en déployant toutes les qualités du taoïsme,
et de ces grands surfers des côtes californiennes, qui manient avec tant de grâce
le lâcher prise en dansant sur les vagues géantes.

Mais pour être un bon surfer,
il faut cultiver son monde intérieur :
un patient et long travail sur soi-même, multidimensionnel,
corps, émotions, mental, énergie, ouverture de la Conscience – Amour -,
tout le contraire de cette facilité extérieure des machines virtuelles
prêtes à tout faire à notre place.

« Le taoïste-surfer » se plaît à jongler avec les contradictions :
il sait que la vague numérique est là irrésistible,
il sait qu’elle va tout balayer sur son passage, pire qu’un tsunami,
mais il n’interfère pas de sa volonté critique,
il accepte la vague de toute la force du lâcher-prise,
pour surfer sur elle
avec aisance.

Ce n’est pas nouveau :
face à toutes les anciennes religions simplistes et dévastatrices,
une minorité consciente a toujours su cultiver le flambeau d’une religion intérieure,
qui consiste à se relier au centre de soi-même,
pour sauvegarder le meilleur de l’être humain.

Appuyé sur ce travail intérieur, surfons donc sur la vague numérique,
sans être emportés, absorbés ou annihilés par elle.
En équilibre délicat, surfons sur le tsunami numérique,
nous entraînant fatalement au pays des robots,

et pourquoi pas, dansons,
dansons centrés sur cette part d’éternité à l’intérieur de nous mêmes,
elle en a vu d’autres, elle ne peut pas être entamée,
elle continue l’histoire de la Conscience humaine,

« c’est le moyeu vide de la roue
qui permet au chariot d’avancer ».
Tao tö king 11

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13 réponses à “La psychothérapie virtuelle ou comment surfer sur la vague numérique”

  1. annie dit :

    Je suis bien d’accord avec ce qui est dit, wu Wei et surfons sur la sottise humaine et l’abus monstrueux de la robotisation dans un monde formaté….
    Difficile de se taire en face de ces excès qui nous tuent petit à petit… Mais oui, on peut être soi et laisser faire, donner l’exemple de son moi bien vivant. Ou alors, parler aux machines ? Les traiter comme des êtres vivants, autre perspective ???? Etre antispéciste jusqu’au boutisme ????
    Tout est unité, le robot qu’on nous colle sur la tête pour nous aider doit être aimé de nous, du moins traité avec respect ? Hum ????
    Franchement, je ne vois pas d’issue sinon ne pas tomber dans la robotisation personnelle, rester soi, et vivre en harmonie avec un tout vivant …. Je ne me sers guère de mon portable en ce sens, pour ma part, c’est mon choix personnel. Chacun ses combines ?
    Mais déjà , dénoncer tout ce fatras de tôles, de boutons, d’électronique qui nous empêche de sentir la nature, de vibrer au diapason du tout universel…. C’est le premier pas, merci pour cet article courageux, moi je n’aime pas les robots, sniff, mais je le leur dis, qu’ils ne se fâchent pas, ils n’y sont pour rien, purs créations humaines…. Vive mon chien, vivent les arbres, les nuages, les humains faillibles, non aux super pouvoirs !!!! Et toc ! C’est sorti tout seul !

    • Alain Gourhant dit :

      Merci Annie,
      vous sauvez l’honneur (de l’être humain)…
      C’est assez hallucinant ce silence pesant avec son néant de message, comme si personne n’était concerné,
      alors qu’il s’agit justement, à mon sens, d’une des questions les plus brûlantes qui se pose actuellement à l’être humain : sa disparition progressive.
      Partout, dans tous les domaines, même en psychothérapie, il se trouve grignoté progressivement par les machines numériques et bientôt par les robots.
      La science-fiction la plus apocalyptique pour le genre humain est en train de se réaliser progressivement par la folie créatrice de quelques uns et l’assentiment moutonier du plus grand nombre.

  2. MD dit :

    Je me permets un rapide retour, non sur votre article lui-même (dont je partage certains points), mais sur vos commentaires, à vous et Annie. Rapidement, cela a engendré quasi d’un seul trait le poème ci-joint.

    Un jour au paléolithique, le dernier homme sage et sensé poussa, avec désespoir, son dernier soupir.
    Car, hélas, il savait qu’allait régner alors ce malfaisant hominidé égocentrique, de la Nature, le pire.

    Un fou furieux, obnubilé par son image. Un pervers narcissique qui exigeait sans cesse qu’on le flatte.
    Ce qu’il voyait, ce qu’il pensait, ce qu’il disait, c’était la Vérité. Qui ne le croyait n’était qu’une blatte.

    Pauvre petite bestiole de la Nature qui finira vite écrabouillée sous le talon meurtrier de cet énergumène.
    Iconoclaste, il se prétend supérieur à tout. Seul lui peut et doit imposer son diktat au monde, qu’il mène.

    Par la ruse et par la force, il rassemble ses sbires à gauche et génocide à droite, jouissant de son œuvre.
    Et, surchauffé d’un pareil pouvoir, il part anéantir la planète. Sous sa botte, prônera son chef-d’œuvre.

    Chemin faisant, il remplace la population, trop lente à le satisfaire, par des machines et autres robots.
    Mais cette infâme populace devient envahissante, à se reproduire comme des rats. Trop… c’est trop !

    Une partie sera à sa disposition pour le faire exulter, l’autre sera lentement, mais sûrement, exterminée.
    Eh oui ! Empêcher toute révolution, surtout de Conscience, par des gadgets et autres puces implantées.

    Détruire la Nature, oui. Pour un double jeu. D’abord pour l’outil majeur de son pouvoir qu’est l’argent.
    Et ensuite, pour éviter ce refuge potentiel aux mécréants. De l’observer, ils pourraient devenir savants !

    Mieux vaut qu’ils se vautrent dans l’ignorance et qu’ils régressent par de l’infantilisation permanente.
    Cela favorise l’égocentrisme qui verra un concurrent en son voisin, un ennemi à détruire qui le hante.

    Des gêneurs à hypnotiser par moult images virtuelles, à empoisonner par diverses chimies et idéologies.
    Générer désinformation, a contrario à la pelle et des dangers partout, pour qu’il demeure dans son logis.

    Là, sera sa dernière demeure. Finie, sa liberté de vivre. Finie, cette race infâme. Finie, cette humanité.
    Tout espoir lui sera perdu et toute alternative pénalisée. Même toute réflexion ne sera que triste inanité.

    Moi, il me reste encore ma liberté de penser. Mais pour combien de temps ? Il me reste encore un espoir.
    Celui que se forment, de-ci de-là, des poches de résistance, des creusets de mémoire, des armes de Savoir.

    Pour que l’Humain, le vrai, persiste malgré cette engeance psychotique. Surtout, ne pas la laisser faire !
    Non. Même si pour cela il faut revisiter notre passé, pour retrouver la Conscience d’un… Lacher-prise.

    L’issue est en nous, l’humanité n’est que ce que nous en faisons. Numérique… ou nus, mais héroïques !

    MD

    • Alain Gourhant dit :

      Merci MD pour ce poème écrit dans l’urgence de l’improvisation intuitive, comme le sont tous les bons poèmes, qui n’aiment pas les longues réflexions trop mentalisées.

      J’ai particulièrement aimé le passage :
      « Eh oui ! Empêcher toute révolution, surtout de Conscience, par des gadgets et autres puces implantées.
      Détruire la Nature, oui. Pour un double jeu. D’abord pour l’outil majeur de son pouvoir qu’est l’argent.
      Et ensuite, pour éviter ce refuge potentiel aux mécréants. De l’observer, ils pourraient devenir savants !
      Mieux vaut qu’ils se vautrent dans l’ignorance et qu’ils régressent par de l’infantilisation permanente. »

      Oui, c’est tout à fait vrai : la grande oubliée de la robotisation intensive, c’est bien sûr la « Conscience » humaine avec son corollaire l’Amour, rajouterai-je.
      Ces deux là, on ne pourra jamais les mettre en programmation numérique, et ils seront les disparus du monde à venir. Un monde peut-être très sophistiqué, d’une grande intelligence mentale, mais sans Conscience, sans profondeur, sans sagesse, sans amour ni compassion.
      Que vaut une séance de psychothérapie avec le plus parfait logiciel de guérison, s’il n’y a pas en face ou près de la personne qui souffre, le regard et la présence du thérapeute qui l’écoute et l’observe avec attention et compassion ?

      Quant à la destruction systématique de la Nature par le progrès technologique, c’est bien vu :
      C’est d’abord pour l’argent bien sûr, c’est Monsanto et tous les autres profiteurs de l’exploitation intensive,
      mais, plus subtil : la destruction de la Nature signifierait aussi une sorte de régression, de décadence de l’intelligence humaine. La Nature et toutes les espèces qui la composent, ne seraient plus pour l’homme, un modèle de sagesse, de beauté, d’harmonie et d’enseignement, avec pour corollaire une infantilisation générale de la population préférant la trivialité des séries télévisées aux leçons subtiles de lois de la Nature.
      Cette décadence, je viens malheureusement d’en faire l’expérience sur une plage, dans une île en Bretagne, où je vais depuis longtemps : la foule est de plus en plus nombreuse, mais c’est une foule moutonnière et compacte, vautrée sur le sable en plein soleil pendant des heures, au mépris des lois les plus élémentaires de la protection du corps ; ne parlons pas des armadas de zodiaques noirs qui vers midi arraisonnent le rivage pour y déposer leur tâches de gas-oil et laissent les papiers de leur pique-nique sur le sable.
      Il n’y a plus de « bon sens » diraient les anciens, que de « l’infantilisation permanente » nous dit MD, je rajouterai de la vulgarité, comme si la Nature quand elle oubliée entraîne l’homme dans le « sans limite » et le « n’importe quoi » de sa bêtise.
      Finalement, plus la technologie augmente, plus je me sens « rousseauiste » !

  3. anny dit :

    Ravie de vous lire tous les deux, nous sommes nombreux tout de même à nous battre pour un monde différent et revisité, à dénoncer le numérique abusif, l’homme robot, qui ne sait plus penser. L’électronique nous empêche d’avoir un instinct naturel, de ressentir la forêt, l’animal, la molécule dans la terre, le souffle vivant de l’air, le Ki de la vie en général. Nos enfants ont grossi, ne savent plus regarder la fourmi ou jouer avec le vent, obnubilés par leurs tablettes ou autres portables. Nous nous sommes coupés de la nature dès le début de l’humanité, Spinoza aurait-t’il alors parlé d’un intense conatus qui nous pousse à toujours vouloir plus plus plus, être les maîtres du monde ? Il est naturel de se battre pour survivre, de chercher à se surpasser, mais notre cerveau s’est tellement déformé, l’électronique a dû le modifier et le mouvement s’accélère. Bien des associations méritoires et des hommes plus sages se battent pour ralentir le processus. Personnellement, je suis d’accord quand on nous annonce une extinction massive d’espèces due en majeure partie à l’homme. A quand notre fin à nous, car tout est interdépendant ? A chacun d’être un doux rebelle pour tenter de faire quelque chose selon son choix et sa capacité. Redevenir un peu en accord avec la nature, tout simplement, au lieu de vouloir tout gérer… C’est ici que je donne du sens à la conscience de l’instant présent, à l’ici et maintenant, au lâcher prise, qui permet une reflexion plus saine…

    • MD dit :

      Tout à fait, Anny, à chacun d’être un doux rebelle (j’adore cette expression)… qui, dans un lâcher prise amené, garde intacte sa lucidité. Notamment de ressentir que si nous sommes sur le bon chemin tel que vous en parlez, il est pourtant extrêmement fragile. Car, le ‘numérique’ (et tous ses corollaires, tel que transhumanisme) a cette vérité foudroyante par rapport à ces méritoires démarches pour un monde différent et revisité : sa vitesse d’amplification et de propagation. Un véritable tsunami, comme le dit Alain. Impossible de le contrer, difficile d’y échapper, il ne nous reste que le surf (intérieur et extérieur) pour nous éviter d’être noyés par la vague, dont il est nécessaire d’anticiper l’ampleur liberticide.

      Car, si l’humanité s’est coupée de la Nature depuis longtemps, l’effet pervers de ce numérique en rajoute une couche, et non des moindres : couper la « relation » véritable (celle de l’ici et maintenant, dans son empathie et Amour) des (H)humains entre eux. Telle son absence par le logiciel de guérison dont nous parle Alain, ou celle d’une attablée au bistrot où chacun pianote sur son portable. Ou le piéton tellement ancré dans ce virtuel, qu’il s’en fait écraser par le métro. Pire, ces suicides après d’insurmontables harcèlements. Quelques cas ‘fragiles’ que j’exagère, ou une potentialité de destruction massive ? S’il est vrai qu’il y a une extinction massive d’espèces, doit-on s’en alerter pour que, plus tard, l’humanité n’en disparaisse pas elle aussi ? Ou la réalité est-elle inverse et pire ? À savoir que l’humanité est déjà en train de disparaître dans une destruction massive par elle-même, avec en corollaire l’extinction d’espèces…

      Cette “foule moutonnière” dont nous parle Alain pourrait sembler archaïque face à cette soi-disant “prise de conscience” qui émerge soi-disant de plus en plus à tous les niveaux. Mais elle est au contraire bien dans le présent et fait de plus en plus tâche d’huile… dans sa bêtise vulgaire et sans limite. En l’état de l’irréversible, certes toujours combattre, mais surtout faire subsister de-ci de-là, quelques « surfeurs » (résistants invisibles), gardiens du passé (creusets de mémoire) et « transmettant » (armes de Savoir) cette flamme intérieure pour qu’elle ne s’éteigne jamais. Sinon et comme le dit Alain, Conscience et Amour seront les disparus du monde à venir… pour devenir des zombies sans âme. Fin de l’humanité.

  4. anny dit :

    Tout cela me fait peur, mes amis. Je vis très près de la nature, entourée d’animaux sauvages et domestiques. Ils m’éduquent par leur simplicité, leur lâcher-prise, leur attention vigilante pour le réel, sont joyeux aussi, pleins d’humour. Les végétaux me semblent très près de la vérité de l’ultime question : être tout simplement. Une amie me disait qu’elle était anti-spéciste à l’envers, c’est-à-dire qu’elle trouvait les végétaux supérieurs au règne animal, car plus près de la conscience magistrale et unifiée qui nous dépasse. Je ne suis assujettie qu’à l’ordinateur, pour ma part, dont je me sers pour sauver des êtres par des pétitions utiles. Ou pour discuter et m’instruire avec des personnes que j’apprécie, comme ici. Cela m’aide à tenir bon dans ce monde que je comprends si mal. A vivre avec. Les animaux m’ont enseigné que la concentration sur ce qui existe est le premier des pas pour vivre en harmonie avec l’univers. Ils me l’enseignent sans s’en rendre compte, en plus, ce qui est leur génie propre. Nous devrions retrouver un peu de cette conscience « biologique », naturelle, au lieu de planer dans nos délires. Je dirais même que, des fois, une certaine « spiritualité » peut nous amener à trop d’orgueil, à nous croire les dignes descendants de Dieu, au lieu de viser un tout unifié. Il y a les fous de l’électronique mais aussi les fous de l’esprit : restons dans le juste milieu, un peu de conscience naturelle, beaucoup de télépathie intelligente, du ressenti dans le coeur, et une vision plus respectueuse de toute vie, minuscule, invisible ou grosse. Entre l’atome et l’éléphant, quelle différence : ils font partie de l’infini. Cette perspective d’appartenir au même monde pourrait aider l’humain paumé, autant le robot dénaturé que le mystique sur naturé ?
    Je pose des questions sans avoir la prétention d’y répondre. Je sais juste que les hirondelles que nous sauvons ici sont belles et dignes d’amour, plus que nos appareils de cinglés. Mais cela n’engage que moi, et chacun est libre de penser à sa façon. Moi j’ai choisi les hirondelles pour maîtres, pas l’électronique et la folie ambitieuse du monde. Et je ne suis pas la seule dans ma douce folie douce ! hiiiii

    • Alain Gourhant dit :

      Merci Anny, c’est de la grande Anny : les mots coulent comme de l’eau claire.
      Il n’y a rien à ajouter, je suis 100% d’accord,
      et j’ai juste envie d’ajouter mon grain de sel,
      comme ça, dans la nuit,
      pour rire un peu
      avec les mots, avec la poésie,
      sans trop se prendre au sérieux.

      Ce sont les arbres que je place au plus haut de la hiérarchie de l’être,
      avec les fleurs à leur pied,
      ils sont au plus près de l’humus, ils sont au plus près de la Terre,
      et avec leur cîme pointée vers le ciel,
      ils en savent bien plus que nous pour ce qui est important,
      en ce qui concerne l’Origine, en ce qui concerne la Fin des temps.

      Après, il y a les oiseaux,
      ce sont les messagers du ciel, libres comme l’air,
      ils aiment se poser sur les arbres pour converser avec eux,
      du paradis sur terre, quand il n’y avait pas la folie bruyante des hommes,
      et du paradis là-haut, d’où ils viennent, quand on va derrière le ciel.

      Loin derrière, à ramper tant bien que mal pour se nourrir,
      il y a toutes les autres espèces animales,

      et plus loin encore, le dernier venu, il y a l’homme, le raté de la création,
      il fait tellement de bruit, en se donnant de grands airs,
      échafaudant de fumeuses théories pour trouver le sens de sa venue sur terre ;
      mais il ne sait rien, c’est un crétin, un crétin fini,
      à de très rares exceptions près, qui se comptent sur les doigts de la main,
      et qui en général gardent le silence,
      sauf pour converser avec les arbres, les fleurs et les oiseaux,
      comme Lao-tseu par exemple …

      L’homme n’a jamais fait autant de bruit depuis qu’il a inventé « le fil à couper la matière »,
      sa dernière lubie c’est de tout dématérialiser en un immense nuage virtuel ;
      il est pris d’une telle frénésie d’écrans,
      qu’il ne voit pas que ce « cloud » va bientôt l’étouffer jusqu’au dernier.

      Alors, dans le silence revenu sur Terre,
      il ne restera que de rares arbres
      pour s’entretenir avec quelques oiseaux venus du ciel leur tenir compagnie ;
      ils évoquerons dans la fraîcheur de l’aube,
      les douceurs de l’Origine,
      et comment recommencer en riant le jeu de la création.
      Hi hiii !

  5. anny dit :

    C’est magnifique, Alain !!! Vraiment ! Aujourd’hui, je fête l’unité, la fusion dans le tout, dans le rien, je fête les petits oiseaux qui nourrissent les bébés tout mignons.
    (Je n’oublie pas, cependant, que l’ordinateur sur lequel on s’amuse à faire de la poésie contient du minerai qu’on extrait en détruisant la terre des grands singes déjà menacés et que nous sommes tous pris dans une trame dangereuse. Je me le rappelle pour rester humble et ne jamais embrigader mon esprit dans cet égocentrisme de la démesure).
    Ca fait du bien d’avoir des amis qui pensent pareil ou presque, qui ne se prennent pas au sérieux, qui font du joli sur du laid et qui parlent d’amour vrai et tout petit amour des choses toutes petites et simples.
    Je vais voir trois bébés hirondelles sur leur fil, car elles vont bientôt s’envoler, elles ont trois jours de démarrage hors du nid, faut faire vite pour en profiter.
    Si les hirondelles disparaissaient par la faute de l’homme, je ne leur survivrai pas longtemps ???? Grosse question . Donc vite aller voir ces fameux bébés. Bises à tous mes amis humains.

  6. laval martine dit :

    bravo pour votre regard sur le monde et sur la vie, tous les trois
    oui l’être humain est en danger car l’avoir est trop présent dans le monde qu’il a créé
    oui les soi disant progrès sont en réalité un immense danger pour chacun(e) d’entre nous
    oui, les arbres sont nos belles échelles vers les étoiles de nos galaxies, tant extérieures qu’intérieures
    oui, la beauté des vols d’hirondelles et leur légèreté si efficace et précise ne nous montreraient elles pas le chemin à suivre dans notre incarnation sur terre?
    Je suis actuellement sur une ile, baignée de lumière, de vent et d’eau, et hier sur une plage j’admirais l’harmonie incroyablement précise de vols d’oiseaux, qu’ un vent très fort semblait ne pas troubler, et dont ils se faisaient même un allier….
    Amour à toutes et tous malgré…..nos fragilités humaines d’incarnations

    • Alain Gourhant dit :

      Wouah ! que de beaux messages, « beaux » c’est à dire qu’il y a de la poésie à l’intérieur.

      Mais Anny pose une question difficile et douloureuse : « Je n’oublie pas, cependant, que l’ordinateur sur lequel on s’amuse à faire de la poésie, contient du minerai qu’on extrait en détruisant la terre des grands singes déjà menacés, et que nous sommes tous pris dans une trame dangereuse. »
      Je ne connais qu’une réponse, mais elle n’est pas de moi, car je ne l’ai pas encore accomplie :
      « Si tu te centres dans le « non-être » – (ou le « Vide », ou la « Vacuité lumineuse », ou le « Grand Tout », ou le « Mystère », ou le « Soi »), peu importe le nom -,
      ton esprit devient un.
      Si ton esprit est devenu un,
      il n’y a nul orifice en toi
      par où le mal puisse pénétrer. »
      « Le rire de Tchouang-tseu, texte 58, textes choisis et commentés par Stephen Mitchell, Synchroniques Editions.

      C’est la Voie royale, la plus haute car spirituelle.
      La posture intérieure de cet article qui consiste à « surfer sur la vague » fait partie de cette Voie. Il y a une détente intérieure face au « mal » nécessaire, face à cette dualité terrestre mystérieuse, à laquelle personne n’échappe. Le pire serait d’en ressentir de la culpabilité, point de départ de toutes les maladies.

      Toutes les autres voies sont partielles, imparfaites et impermanentes, mais dignes d’intérêt :
      il y a la voie de se poser sans cesse des limites face à la folie ambiante collective – l’hubris, qui se déchaîne particulièrement dans la dimension virtuelle, numérique et robotique -,
      c’est la sobriété heureuse de Pierre Rabhi, une vie simple, sobre et frugale, y compris informatiquement. Mais il faut se préparer, soit à tomber dans une caricature de vie (cf les « survivalistes »), soit à chuter sans cesse, soit à déchaîner contre soi les colères.
      C’est un combat contre soi et les autres, mais comme tout combat il demande une très forte reliance au Tout (cf la Bhagava Gita), sinon ça dégénère très vite.

  7. MD dit :

    De la Conscience du Végétal… à la folie humaine. De vos mots à tou(te)s, riches de sagesse, vous en avez effleuré cette conscience, par trop oubliée, qu’est celle du végétal. Car, ailleurs que sur ce blog (sourire), l’on considère souvent les végétaux comme des organismes passifs, incapables de relationnel. Et l’on en profite pour attribuer à ce végétal une “valeur” seulement marchande, avec un respect qui ne se limite qu’à celui de son bienfait sur l’humain et non de ce que ledit végétal peut « ressentir ».
    Or, une certaine prise de conscience (*) qui est encore très limitée (dans le sens d’une simple ‘anecdote’), nous amène à constater que le végétal est autant actif qu’un animal ou un humain. Comme les animaux, les végétaux possèdent aussi des sens (vision, odorat, toucher) qui leur permettent non seulement de se percevoir eux-mêmes et de se percevoir entre eux, mais aussi de percevoir leur environnement pour s’y adapter. Ils sont capables de communiquer leurs perceptions aux autres plantes, d’émettre des signaux de stress et de tisser des liens. Sensibles, réactifs, ils bougent, communiquent et ont une « vie sociale ». Mieux encore, « l’influx nerveux » existe chez les plantes. Bien qu’elles ne possèdent pas de nerfs, les cellules végétales transmettent des signaux électriques comparables aux influx nerveux des animaux.

    Oui, les végétaux ont une « Conscience », parce qu’au plus près de la conscience magistrale et unifiée, comme le dit notre amie, Anny. Mais ils ont aussi une conscience « existentielle ». La leur, tout comme les animaux et les humains ont les leurs. Et c’est cet ensemble qui me perturbe face au transfert potentiel de la cause animale (que je défends tout autant) vers un végétarisme (que je comprends parfaitement), qui poussé à l’extrême de ses corollaires en serait un barbarisme invisible : un animal qui souffre cela se voit, mais une plante… peut-on vraiment la sacrifier ?

    Je n’ai pas de réponse à cela, si ce n’est, comme vous, la « Simplicité », qui n’a pas à être volontaire,
    Mais “instinctive”, comme nous l’enseigne la Nature dans sa danse avec l’air et la Terre. Cette Mère,
    Qui n’est qu’une image poétique du Tout, loin de toutes ces surmultiplications à outrance dans la folie :
    Ce tout et n’importe quoi, vers le bas, qui s’en torture au point d’en oublier ce joyaux qu’est la Vie…

    (*) source : http://www.inra.fr/Chercheurs-etudiants/Biologie-vegetale/Tous-les-dossiers/Sentir-bouger-communiquer-les-plantes-aussi

    • Alain Gourhant dit :

      « un animal qui souffre cela se voit, mais une plante… peut-on vraiment la sacrifier ? »
      Oui, Michel, vous posez une bonne question.
      Pour ma part, il me semble que la barbarie de l’être humain envers les animaux est la même avec les plantes et le règne végétal : en ce sens le sacrifice des plantes n’est pas supportable au même titre que le sacrifice des animaux par le prédateur dominant « homo sapiens » qui se comporte plutôt en « homo demens » comme le dit Edgar Morin. Je pense en disant cela à l’holocauste progressif des grands arbres de la forêt amazonienne, mais aussi pas loin de chez nous à cette abominable culture intensive des végétaux bourrés de pesticides et autres substances toxiques pour de meilleurs rendements et plus d’argent. Donc, on ne peut se permettre de sacrifier avec cette barbarie prédatrice aussi bien les animaux dans les abattoirs que les végétaux dans ces tristes déserts industriels de leur culture intensive.

      Une fois que cela est dit haut et fort, il nous reste à nous débrouiller avec cette loi de la nature – qui n’est pas idyllique… -, et qui consiste à « prédater » les autres espèces pour survivre, même si les plantes semblent plus paisibles et se contentent sagement le plus souvent, de se nourrir d’eau fraîche, d’air – et peut-être d’amour, puisqu’elles semblent s’offrir sans rechigner à un très grand nombre d’espèces pour les nourrir généreusement.
      C’est là, qu’intervient ce que vous dites aussi :
      en ce qui concerne notre mode de vie, c’est la simplicité, une sorte de « sobriété heureuse » à la Pierre Rabhi, et pour notre nourriture de survie, c’est se contenter du simple et du sain, c’est-à-dire manger bio, manger à dominante végétarienne et frugivore, et de préférence cultiver son jardin et actuellement le plus souvent son balcon… !

      Et si le fait de manger une autre espèce nous gêne encore, alors il nous reste à tenter le « respirianisme » : des jeûnes prolongés en se nourrissant du prana de l’air et de la lumière du ciel… très difficile ! (voir sur le blog mon article sur le film « Lumière).

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