Qu’est-ce que le mental ?

Telle était la question au sujet du mental, posée pour une partie des commentaires du précédent article « Pause, silence et poésie ».
Le sujet semble avoir été porteur, puisqu’il y a eu une cinquantaine de réponses venant souvent d’un mental passionné (commentaires du 29 décembre 2016 au 12 mars 2017).
Je fais ici une sorte de synthèse, ou plutôt une digression personnelle, en essayant d’analyser plus en profondeur la nature complexe de ce mental humain, et le défi actuel auquel ce mental est confronté.

Le mental, dont l’être humain est si fier,

lui a permis d’être le maître de cette terre, régnant sur toutes les autres espèces vivantes :
Formidable, cette capacité d’abstraction, dont le langage est l’épicentre !
Formidable, le pouvoir mental de rationaliser le monde, de modéliser, d’optimiser l’action sur ce monde, et de la partager ensuite par informations et communications de plus en plus complexes et performantes !
Formidable, l’avènement des sciences et des techniques avec ce règne actuel et sans partage de la technoscience et ce monde numérique comme une excroissance sans limite de ce mental, qui se répand partout, pour créer un autre monde virtuel, recouvrant le réel d’un gigantesques nuage de mots, de pensées et d’images !
Formidable, tous ces systèmes de croyances multiples, ces pensées en effervescence permanente, ces innombrables théories,  avec tous ces livres, tous ces discours, tous ces comptes et tous ces chiffres, tous ces mots et toutes ces langues !
Tout cela c’est l’oeuvre du mental, le fruit du mental humain, il tourne au génie, en son excroissance prodigieuse, en sa fierté conquérante…!

Mais les problèmes posés par cette excroissance exponentielle du mental ne sont-ils pas devenus plus graves que ses succès ?

Surtout par les temps actuels qui semblent courir si frénétiquement à la catastrophe ?
Le mental n’en est-t-il pas le terrible investigateur, le responsable maudit ?
Relevons quelques symptômes de cet agent particulièrement pathogène :

Si nous considérons la vie, le réel, le tangible, le factuel, ils semblent s’anémier toujours plus dans l’artificiel, le factice, le spectacle, l’illusion.
La vie est recouverte de plus en plus par ce voile du mental, qui étouffe le réel de son épais nuage conceptuel, ce « cloud » de mots, d’images, de pensées, de chiffres, qui semble désormais recouvrir le ciel pour en étouffer la lumière !
Quant à la Nature, cette si belle Nature d’une infinie richesse émerveillante, elle est en danger, en très grave danger d’asphyxie, d’extinction, de disparition. Une dégradation inexorable frappe partout, sans distinction, les arbres, les fleurs, les espèces animales sans défense, et surtout la mer, la mer originelle, la mer à la source de la vie sur terre, qui devient une saumâtre poubelle pour produits toxiques. Tout cela, c’est le mental humain le grand responsable, occupé industrieusement à son oeuvre préférée de destruction systématique de la Mère Nature ?
Tournons nous aussi vers l’irresponsabilité des puissances d’argent qui contrôlent ce monde, obnubilées par faire toujours plus de profit, toujours plus d’argent, partout, mondialement, une épidémie mortifère venant d’une oligarchie, dont le mental économique surpuissant, appelle toutes les compromissions, toutes les trahisons politiciennes, tous les mensonges et toutes les croyances les plus vulgaires, qui contaminent malheureusement des couches toujours plus larges de la population : « Avec cet argent, profitons, profitons bien, profitons toujours plus et sans retenue, consommons sans limite ! Après nous le déluge ! » semble être son credo préféré, sa litanie religieuse sous emprise de la folie furieuse d’un mental omnipotent et addictif.

Mais pourquoi cette folie du mental aveuglé par son triomphe ?

En réalité, le mental est une dimension intérieure de l’être humain, un niveau de conscience intermédiaire.
D’un côté, il est capable d’un formidable pouvoir d’abstraction
, mais de l’autre, malheureusement, il se tourne prioritairement ou spontanément, vers le bas, c’est à dire vers les niveaux inférieurs du développement de l’être humain.
Voici quelques caractéristiques de cette propension maladive à la régression, le plus souvent inconsciente, du mental humain :

D’abord la prédation : le mental est au service d’un formidable appétit de prédation archaïque  :
« Attaquer, se défendre, fuir, se reproduire » telles sont les motivations les plus profondes, vers lesquelles le mental est irrésistiblement attiré, et cela de manière totalement inconsciente – ce qui est le pire.
Aussi, cette belle intelligence symbolique, ce génie conceptuel, cette élégance du langage, cette rationalité surdouée, cette science la plus géniale, vont être mis le plus souvent au service de la pire prédation archaïque, et cela de manière automatique, machinale, mécanique.
C’est une programmation très ancienne datant d’une époque lointaine, à l’origine de l’espèce humaine, quand ce fut le manque qui prédominait pour toutes les espèces vivantes, d’où le réflexe d’un funeste combat pour la survie, gravée de manière irrépressible, dans la mémoire inconsciente la plus reculée du mental de tous les êtres humains.
En particulier, la plupart des technosciences les plus sophistiquées répondent à cet impératif prédateur : voir l’importance de la guerre pour mettre au point les techniques les plus complexes (l’énergie nucléaire, le génie génétique, actuellement l’intelligence artificielle pour mettre au point drones et robots de combat, etc, etc).
La plupart des grands discours de nos intellectuels les plus brillants viennent du mental politique, économique, philosophique ou religieux, sous l’emprise du prédateur archaïque, caché, toujours prêt à en découdre pour défendre sa vérité.
En fait cette prédation mentale, c’est de défendre inconsciemment avec acharnement son territoire surtout quand il est symbolique.  Cela explique toutes les guerres qui sont d’abord des guerres de croyances et de pensées émanant du mental – voir particulièrement les guerres de religions, qui ont ensanglanté l’histoire humaine et qui continuent de le faire actuellement avec l’islam radical.

Ensuite l’égocentrisme : le mental fonctionne pour la défense de l’ego, la défense du petit moi, dont il est le porte-parole (cet ego peut être individuel ou collectif, il devient alors l’ego de la tribu ou du groupe d’appartenance).
Pour cela, le mental a l’habitude de se brancher sur les deux autres niveaux inférieurs de l’ego : le corps et surtout les émotions, au risque de devenir alors plus redoutable encore : un mental egotique, plein de colère ou de peur, devient particulièrement dangereux : il va déformer les plus hautes idées philosophiques et religieuses pour en faire des armes de guerre impitoyable…
Pour défendre ce territoire egotique, tous les moyens sont bons pour le mental, en particulier le mensonge et la duplicité. Les hommes politiques, avides de pouvoir, ont un mental particulièrement bien rodé pour ce manège…!

L’inconscience est une autre caractéristique funeste du mental :
Quand il est en activité, le mental est incapable de distanciation sur lui-même et ses productions :
il symbolise et conceptualise au premier degré, on pourrait dire « le nez sur le guidon », totalement identifié, sans le moindre regard sur lui-même et les autres ;  en conséquence, le mental est souvent éruptif, « il est « soupe au lait », toujours prêt à s’emporter, à se bagarrer, à « ferrailler » au premier degré contre toute différence, contre toute critique, contre un autre mental qui pense différemment. A l’opposé, il est inhibé, congelé, paralysé par la peur, dans le déni et la moindre réflexion, bonne proie pour tous les manipulateurs…

La généralisation de son point de vue personnel :
Le mental déteste la variété des points de vue, il présente son point de vue particulier, sa vérité personnelle, comme la Vérité, la Vérité générale, la Vérité universelle. Ainsi le mental a beaucoup du mal avec l’esprit intégratif, qui au contraire, tente d’établir des liens entre des points de vue différents, même s’ils sont iconoclastes. Car le mental – ce qui conforte sa généralisation –  est souvent conformiste, grégaire, il aime les clichés de la culture dominante, par une sorte de stratégie inconsciente de protection personnelle avec la vérité.

L’addiction : le mental est toujours en danger d’addiction : tenaillé par les pulsions premières du désir / plaisir, il aspire à la répétition sans limite de ce processus hédoniste, une fois qu’il l’a expérimenté. La société actuelle de l’hyperconsommation matérielle et virtuelle fonctionne largement sur l’exploitation sans limite de cette addiction mentale, à des fins mercantiles. Très difficile de ne pas tomber dans la panneau, de résister, pour prêcher la simplicité volontaire et la décroissance !

Plus difficile encore à comprendre et à maîtriser, c’est la mémoire traumatique inconsciente, qui rode dans les profondeurs du mental de chacun, de manière plus ou moins douloureuse selon son histoire personnelle. Cela nécessite souvent un travail intérieur sur soi-même, de nature psychothérapeutique, comme un nettoyage du mental, que tout le monde devrait entreprendre au moins une fois dans sa vie.
Plus cette mémoire est douloureuse, plus l’inconscient est fort, plus le mental est en danger de dérapages et de folies multiples, et cela même pour les gens soi-disant très bien, aux postes de commande de notre société, comme en témoigne cette redoutable épidémie des « pervers narcissiques »…

Quand le mental se met au service de la Conscience et de la Transcendance

Là, il est intéressant de relire, dans les commentaires du dernier article, le message d’Anny daté du 9 mars 2017 à 21h 04,
car ce message est d’une toute autre teneur que les précédents, illustrant à merveille la nature double du mental, sa dualité foncière, capable du pire, comme du meilleur – en l’occurrence le meilleur.

En effet, le mental, pour certains moment de grâce, est capable d’être influencé aussi par les niveaux supérieurs de la Conscience.
Pour faire court, on peut regrouper ces niveaux supérieurs sous les vocables : « spirituel ou transpersonnel ou transcendant ». Shri Aurobindo et Mère ont même parlé d’un « supramental », qui serait comme un mental contaminé positivement  par la transcendance.

Cette Conscience supérieure, c’est d’abord la capacité de « Voir toute situation sous le grand angle du Tout », de préférence dans le Silence d’un temps méditatif conduisant à une vision méditative.
Cela entraîne spontanément ou intuitivement, le fait de relier ou d’intégrer les différents aspects d’une situation complexe, les différents niveaux d’une réalité.
Il s’agit d’un détour nécessaire, sous forme d’une ascension de la Conscience, difficile pour l’être humain, qui est plus facilement attiré spontanément vers le bas, vers les niveaux inférieurs, comme nous venons de le voir – ce qui constitue d’ailleurs l’aspect tragique de son histoire collective, incapable d’évoluer de manière significative vers cette Conscience supérieure transpersonnelle et un mental à son service.

A noter qu’une seule personne suffisamment évoluée en Conscience, peut faire basculer le mental de tout un groupe, comme si tout le monde finalement aspirait à cet état évolutif de transcendance. C’est ce qui nous est arrivé avec Anny et son message du 12 mars, qui a fait basculer tout le monde vers le haut, en une sorte de réconciliation presque magique.

A noter aussi que le mental se mettant au service de cette transcendance, choisit des mots d’une qualité différente que les mots habituels ; on pourrait dire que ce sont des mots « inspirés » qui se rapprochent souvent d’un langage poétique ou métaphorique.
Si nous relisons le message d’Anny nous voyons des mots qui « flirtent » avec le Tout, avec l’Univers et surtout avec une sorte de Légèreté contraire à l’esprit de sérieux du mental habituel.

J’ajouterai  que cet accès à la Conscience supérieure capable de tourner le mental vers le haut, n’est pas inné chez l’être humain – à la différence de la prédation -, mais au contraire le fruit d’une certaine ascèse difficile et exigeante.
Il y a, là encore, tout un travail intérieur sur soi-même nécessaire, dont la méditation me semble être la voie privilégiée, puisqu’il s’agit justement de faire taire progressivement le mental dans la contemplation silencieuse du moment présent, tout en observant avec distanciation et bienveillance tous les dérapages et résistances de ce mental, qui déteste, surtout au début, cette ascèse méditative.

Mais il y a d’autres voies de transcendance avec retournement ou conversion du mental vers le haut :
la fréquentation de la Nature est bien sûr une autre voie importante, elle est à l’origine du chamanisme, c’est à dire de la première religiosité humaine, venue pour contrebalancer la prédation instinctuelle.
En ce sens, je serai presque d’accord avec Hédouin et son « mental naturalisé » des précédents commentaires (23 janvier 2017 à 14h 59), à condition de prendre le temps de bien nous expliquer ce mouvement de la Conscience contemplative de la Nature, venant pour ainsi dire « ensemencer le mental », et cela de manière non définitive, puisque celui-ci est instable, capable du meilleur comme du pire.

Il y a aussi la voie de la Compassion, de l’Amour inconditionnel ou de l’Action sans fruit personnel, dirait la Bhagava Gita. C’est une voie puissante qui ouvre le champ de toutes les activités de service et d’entraide, et il est à souhaiter que dans cette époque de prédation maximale, elle vienne équilibrer de sa douceur, une situation planétaire difficile, où les égoïsmes consuméristes sont à leur comble.

Il y a aussi la Voie de la Beauté réservée à l’expression artistique la plus haute :
un poème, un tableau, une musique, et chacun peut se sentir entraîné et aligné vers le haut, quelque part, vers la Transcendance silencieuse. Aussi, l’artiste a toujours eu, depuis Lascaux, un rôle important à jouer pour élever cette Conscience humaine vers le haut en imprégnant le mental de mots, d’images, de son pour développer sa capacité d’émerveillement esthétique.

Je voudrais en conclusion terminer par une note positive

La situation actuelle de notre planète assombrie par tous ces saccages, dont le mental humain est largement responsable, n’est pas aussi désespérée qu’elle n’en a l’air.

Paradoxalement, à cause peut-être des excès du mental en son inconscience mortifère régressive, une réaction salvatrice se dessine vers le haut, dont nous voyons partout les signes et les traces prometteurs.

Intérieurement, il y a cette pratique qui s’impose un peu partout, du moins dans les pays occidentaux, de la méditation largement diffusée même dans les medias, avec souvent un dépassement significatif du mental vers le haut, accompagné par la multiplication des techniques de développement personnel et de psychothérapie.
Il en émerge, sans doute, une nouvelle sagesse pour cette époque devenue folle, permettant l’éclosion d’activités d’une autre nature, d’un autre niveau de ce mental éclairé par la Conscience.
Par exemple, le succès des médecines naturelle et holistiques, les nouvelles formes de vie fondées sur un retour à la Nature, l’aspiration à la décroissance, la simplicité volontaire, les expériences d’une autre économie solidaire et collaborative, etc…

Cela viendrait conforter la loi d’une fin de cycle que nous vivons actuellement au niveau planétaire, où « Mort et Renaissance » se côtoient conjointement pour préparer un nouveau monde à venir.
La Mort, c’est le déchaînement du mental empêtré par le bas, dans ses pires pulsions de prédation mondialisée, qui détruisent toutes les cultures, mais surtout la Nature, ce berceau originel et nécessaire à la survie de l’humanité, avec en piètre contrepartie, ce rêve fou du transhumanisme, où l’être humain va laisser sa place aux robots hypermentalisés.

La Renaissance, ce sont ces multiples laboratoires souvent modestes, souvent cachés, comme en clandestinité, qui préparent silencieusement la relève, la Renaissance d’un autre monde possible à bâtir grâce aux lumières de la Conscience revenue au poste de commande.
« Décadence suprême, Renaissance nécessaire » : le mental humain est obligé de muter à grande échelle, si l’humanité veut survivre et continuer l’histoire de son espèce…
Nous en sommes à un moment clé, et c’est de notre mental dont nous devons d’abord nous occuper prioritairement, par une renaissance de notre Conscience tournée vers une nouvelle Transcendance !

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27 réponses à “Qu’est-ce que le mental ?”

  1. jérémy dit :

    Bonjour Alain,

    C’est toujours un plaisir de vous lire !
    Je parlais justement de transcendance lors de mon dernier atelier de méditation et je crois que ce mot commence à résonner (et non raisonner) dans les corps de beaucoup d’entre nous.
    Le mental névrotique a encore de beaux jours devant lui et on peut prendre la mesure de sa terreur et se son agitation surtout en période électorale, donc de changement…
    Quand je vois l’attrait qu’a mon entourage pour un retour au sensible, les livres sur la spiritualité en tête de gondole et le travail de l’ombre de beaucoup d’hommes et de femmes alors je me dis que peut-être j’assisterai à cette renaissance !

    Bien chaleureusement,

    Jérémy.

    • Alain Gourhant dit :

      merci Jérémy,
      Je crois que nous allons assister bientôt à l’effondrement du Système en place, à large échelle, au niveau mondial, et qu’en même temps la Renaissance d’un nouveau monde, d’une nouvelle vie, va être stimulée par cet effondrement.
      Les fins de cycle sont toujours passionnants, mais difficiles à vivre, c’est une période de chaos qui s’annonce avec en déclencheur essentiel : l’écologie : la Terre et la Nature n’en peuvent plus…!

  2. Catherine dit :

    Le mental, un serviteur «  »au service de la Vie » » et non un maître comme aujourd’hui.

    Maître qui s’exprime dans sa toute puissance arrogante et castratrice et forcément dévastatrice car elle humilie et spolie le vivant qui est contenu en toute chose.

    Aujourd’hui, dans notre monde du quotidien où tout est inversé!

    Et ce n’est pas une fois, mais tout le temps que la question se pose!

    :)

  3. MD dit :

    Excellent article ! dont un commentaire ne serait que preuve de ce que vous énoncez…Tant pis, mon ego s’en défendra en prétextant qu’il ne souhaite qu’apporter un souffle de cet « Humain » qui est en nous…

    « Avec cet argent… consommons sans limite ! Après nous le déluge ! »
    est cette pensée d’une sphère élitiste mercantile et égocentrique contaminant depuis longtemps les couches de la population. Et pour cause, ce mental est un niveau de ‘conscience intermédiaire’ dites-vous, c’est-à-dire intrinsèquement facilement manipulable : l’extériorisation du ‘soi’ étant inconsciente, l’élite utilise cette part pour faire ‘acter’ consciemment l’individu. Et surtout, le faire rester ad vitam aeternam dans cette partie ‘trouble’, dans cette connerieconscience, où l’on voit facilement de quel côté ladite élite force la balance. Rendons alors grâce à ce quidam populaire : manipulé et forcé en grande partie de manière inconsciente, il acte quelque part « à l’insu de son plein gré ». Ce qui sous-entend, sous-tend que par là même, il est à « contre-courant » de sa véritable nature profonde.

    Celle, non pas de prédation archaïque (le côté connerie), mais de « symbiose » physique, spirituelle et intégrative avec les autres (empathie, coopération, transmission savoirs…), la Nature (respect et prélèvement du strict nécessaire) et l’Univers (spiritualité). Sans en faire démonstration (égotique), tel que le fut l’homme au paléolithique (chasseurs-cueilleurs de -3millions à -10 000 avt. JC).

    Prédation… acte cruel duquel l’on écarte tous les autres facteurs qui entrent en ligne de compte. Tel le fait qu’il a aussi une incidence sur une certaine régulation démographique. Ou que les nombreuses relations mutualistes parasite/hôte s’avèrent avoir une incidence évolutive (le cas des ‘mitochondries’), ou que les nombreuses et multiformes associations, collaborations, participations, symbioses et synergies à l’œuvre, ont une incidence sur le déploiement de la Vie… qui ne peut donc pas se résumer à « l’unique nécessité » de la linéarité « d’un combat » et d’une compétition nécessitant une « domination » permanente. Si c’était le cas, la Nature entière aurait disparu depuis longtemps.

    Depuis le néolithique, la lutte pour la vie, selon la loi du plus fort est une invention ‘humaine’, avec minuscule. La majuscule est ailleurs : les animaux sont reconnus être dans cette symbiose. Or, la lignée humaine se trouve être la bifurcation d’une lignée animale… et porte donc en elle cette symbiose (dont une des expressions est la présence génétique similaire à l’orchidée, laitue ou bonobos) : les lois de la Nature sont vivantes en nous. C’est peut-être ce qu’essayait d’exprimer Hédouin avec son « mental naturalisé » ? : une méditation contemplative de la Nature pour nous permettre d’entrer en résonance avec elle et, plutôt qu’« ensemencer le mental », permettre de lever le voile qui obscurcit ce mental et être en écho avec cette « Mentalité » de la Nature, dans son expression de symbiose.

    Comme nous le montre encore aujourd’hui les indiens Kogis (*) et autres peuples dits ‘premiers’ (dont Amérindiens), voire ‘primitifs’ en les fustigeant de ne pas avoir su « évoluer ». Heureusement… pour nous ! Ils nous démontrent que cette symbiose n’est pas une utopie ou une ‘régression’, mais un « Devenir » encore possible, cette origine de l’humanité nous en montrant une forme d’aboutissement.

    Comme vous le dites, diverses tentatives contemporaines cherchent ainsi cette symbiose. Et malgré la ‘crise’ qui la touche aussi, mais tel pourtant un Éden, un premier pas marquant se voit sur l’île de la Réunion, qui porte bien son nom. Seul territoire où l’Histoire y a façonné une aussi grande polyculturalité et où une vingtaine de croyances et religions s’interpénètrent. Notamment en « adaptant » (liens) leur religion aux autres in situ. Par exemple, il y a ainsi un hindouisme ‘réunionnais’ par inclusion de symboles catholiques, lesquels catholiques pratiquent la marche sur le feu hindouiste. Un multiple qui forge son identité par de l’« intégratif » dans l’exploration commune des possibles, pour une Renaissance de l’Humain… qui est en nous.

    (*) http://blog.psychotherapie-integrative.com/les-indiens-kogis-sagesse-et-sante/

    • Alain Gourhant dit :

      Merci Michel pour cette réflexion qui pose la question un peu rousseauiste, d’une Nature profonde de l’être humain, positive, c’est à dire capable de se réguler par elle-même, dans une sorte d’harmonie avec les autres espèces. Il y aurait juste un oubli de cette Nature.
      Excusez moi, mais je me sens beaucoup plus pessimiste que vous :
      j’ai l’impression que cet état de Nature harmonieux existe chez toutes les espèces vivantes, sauf chez l’être humain, pour qui sa nature profonde le pousse à une prédation sans limite, qui a montré d’ailleurs sa supériorité, et qui continue de le faire en toute impunité, comme par exemple cette incroyable cruauté avec laquelle actuellement il massacre les animaux dans les abattoirs.
      En fait la prédation humaine me semble sans limite, elle ne se régule pas par elle-même, elle est comme folle – voir l’arrogance de Donald Trump avec les énergies fossiles…
      Seules la contrainte ou la Conscience, peuvent agir sur elle et la tempérer.
      La contrainte est du côté de la morale, de la vertu et des lois collectives, coercitives pour éviter les excès de la prédation toujours aux aguets ; et dans une période de grande décadence comme actuellement, on voit malheureusement que la prédation s’en donne à coeur joie et que les modes de régulation coercitifs sont affaiblis par la mondialisation, cette entité prédatrice, invulnérable.
      La Conscience est encore plus rare, elle est d’abord individuelle et demande un long travail sur soi-même, une ascèse jamais finie.
      Savez-vous comment les kogis que vous citez, réussissent à maintenir cet état de Nature qui nous semble tellement extraordinaire ?
      Ils sont regroupés en tribus de taille limitée, dirigées par des sages du nom de « mamus », qui restent une vingtaine d’années à méditer dans l’obscurité d’une grotte de la montagne.
      Quand il y a un problème avec quelqu’un, il y a une réunion de toute la tribu, et l’on reste à discuter plusieurs jours dans une grande tente collective, dédiée à cela et sous l’autorité de la sagesse des mamus.
      Nous sommes loin de la Nature profonde harmonieuse de l’être humain ! C’est une vision un peu tragique de l’être humain, que l’on retrouve par exemple en occident dans la mythologie grecque ou plus tard, chez les gnostiques.

      • Catherine dit :

        Mais justement notre responsabilité est bien celle-là. nous éloigner du tragique, bigre!

        • Alain Gourhant dit :

          oui, Catherine, mais que veut dire « responsabilité » et surtout est-elle partagée de manière significative ? Le tragique de la vie humaine, vous avez raison, c’est que personne n’en est responsable, il a lieu dans l’inconscience généralisée, sauf quelques exceptions, pas suffisantes sans doute…

          • Catherine dit :

            Mais le chemin, notre chemin, le vôtre, le mien, celui de tous, pris dans la singularité de chacun, est dans cette res-pondere( la chose qui a du poids) cette res-ponse, cette capacité qui est en chacun de nous, en germe et qui cherche à s’actualiser, est réponse à l’appel qui est celui de la Vie .

            Bref, la Vie est une question, elle nous lance un appel, et de nous, revient d’y répondre ou pas, ou de manière tordue, ou droite, dans un juste équilibre dans la relation à nous-même , aux autres et au monde.

            Re-bref, la transcendance, c’est le quotidien qui cherche à rendre visible, ce qui est encore tapi dans l’ombre!

            C’est un faire. C’est faire en sorte que l’invisible devienne visible dans le respect des lois de la Vie!

            :)

  4. MD dit :

    Alain, vous avez raison et je suis en parfait accord (et combat) avec ce que vous décrivez pour l’être humain… « actuel ».
    Une contemporanéité qui est le résultat du déroulement depuis 12 mille ans :
    – d’une dérive légère au départ (la sédentarité et l’agriculture, frontière du paléolithique au néolithique)
    – qui s’est accentuée en dérèglement sérieux (changement de ‘mentalité’ eu égard à cette sédentarité : économie ‘productive’, défense armée des plantations, de l’élevage et de l’acquis)
    – puis en déraillement nocif (angoisse du ‘manque’, laquelle engendre une « peur » de l’autre, y compris dans le même clan, de l’inconnu ou de l’étranger et ‘orgueil’ de s’agrandir et donc de ‘se’ grandir, d’être le plus fort, le meilleur, un ‘dieu’ à qui l’on doit tout, par vol, pillage, colonisation…
    – pour en arriver à une folie plus que folle (actuellement).

    Et vous n’avez pas plus de pessimisme que moi, nous ne le plaçons simplement pas au même endroit. Vous le placez plutôt avant ce déroulé, en considérant que c’est ainsi depuis l’origine de ladite humanité (-7millions d’années), alors que moi je le place plutôt après (déjà actuel), avec ce transhumanisme qui n’a rien d’un gadget, mais tout de l’arme meurtrière par excellence, en nous grillant le cerveau par puce implantée pour peu qu’une once de Conscience est l’audace d’en émerger.

    Et il est bien évident que cette part d’« Humanité » dont je parle, je ne l’attribue point à toute l’humanité, la psychose est telle pour une bonne partie que cette part s’est définitivement détruite, surtout pour cette élite, mais aussi pour une partie des quidams populaires. Sans doute allant trop vite dans mes termes, je visait en fait le quidam « résistant », vous, moi, Anny qui « flirte » avec le Tout (l’Univers et la Conscience Universelle) et tout autre quidam imprégné, comme vous le dites, par l’éclosion de ces activités visant à bâtir un nouveau monde… Une nouvelle sagesse que vous dites vous-même « éclairée par la Conscience ». Elle est donc bien partie de nous, cette Conscience ou Humanité, qu’importe le terme. Mais l’est-elle subitement, par simple réaction aux affres du système, ou est-elle présente depuis… toujours ? Voilée, endormie, contrainte par le formatage qu’impose cette élite psychotique, elle pulse pourtant en certains. Comme elle pulsait et « s’exprimait » librement chez le chasseur-cueilleur…

    Indiens kogis, peuplades en étroite relation avec la Nature et autres résistants contemporains sont les derniers dépositaires de cette « ConscienceHumaine ». Je voulais la faire résonner en Amour en chacun capable de la percevoir (donc sûrement pas Trump), car pessimiste ou réaliste, le temps qu’il nous reste me semble compté : la rapidité d’action technologique de cette élite transhumaniste… face à la lenteur de maturation du Soi. En d’autres termes, que cette fin de cycle soit suivie d’une fausse ‘renaissance’ où l’être humain, le vrai, laisse sa place aux « robots hypermentalisés » sans Conscience…

    • Alain Gourhant dit :

      oui, Michel, nous nous sommes engagés dans un débat difficile, car il est fondé sur des intuitions ou des croyances, qu’il est difficile de valider.
      Finalement, c’est intéressant, cet embarras du choix de nos systèmes de croyances, quant au sens de notre présence sur Terre :
      D’un côté il y a ce que vous dites : la nostalgie d’un « âge d’or » à l’origine de l’humanité : une vie harmonieuse au milieu de la Nature généreuse ;
      et puis, ça va de mal en pis, une lente « involution », et nous sommes vraiment arrivés à l’âge de fer « époque de misères et de crimes « où l’on ne respecte ni la foi des serments, ni la justice, ni la vertu » dirait Hésiode ;
      il faudrait y ajouter que la réalité dépasse la fiction, puisque l’être humain va disparaître progressivement remplacé par des robots de ferraille plastifiée, dont l’intelligence artificielle machinique présidera à cette disparition, à moins qu’auparavant la mer ou la terre révoltées par tant de mépris et de mauvais traitements à leur égard, nous concoctent un cyclique déluge, pour remettre les pendules à l’heure et l’homme dans son humilité (humus = la terre).

      A côté : il y a une vision plus tragique encore, la mienne, qui ressemble à celle de « l’éternel retour » – qui a fait tant « flipper » Nietszche – :
      Cela a toujours été ainsi et sera là de toute éternité, à toute époque, maintenant comme à l’aube des chasseurs-cueilleurs, il n’y a nulle involution, ni évolution possible, l’être humain est soumis tout le temps, toujours, à une très dure école de Terre, où pullulent les voyous et les cruels, l’inconscience reine, avec son lot de sempiternelles bêtises et souffrances ;
      Juste quelques uns « triés sur le volet », arrivent à s’en sortir en cultivant la Conscience et son corollaire l’Amour ; mais très peu d’élèves s’élèvent et réussissent, la plupart redoublent et redoublent encore sans rien comprendre, des milliers de fois, sans évolution notoire de leur âme, dans un perpétuel recommencement de leur « inhabileté fatale ».
      C’est un peu ça que je me suis mis à défendre pour discuter un peu avec vous, mais en m’amusant, avec un brin d’ironie, peut-être même avec un certain cynisme à la Diogène, que j’ai toujours révéré, peut-être bien plus encore que Socrate.
      En tout cas, ce qui me réjouit, c’est que nous sommes d’accord pour jeter à la poubelle la croyance dominante de notre époque en un progrès linéaire de l’homme depuis Cro-Magnon jusqu’à maintenant : ça je n’y croirai jamais, la réalité m’apparaît comme un tel démenti de cette sotte croyance qui ressemble à un mensonge pour se réconforter de notre bêtise atavique.

      • MD dit :

        Eh oui ! D’un côté ou de l’autre, ce ne sont finalement que les différents niveaux et aspects d’une même réalité… Mais laquelle, quant à notre présence sur Terre ? Nobles messagers d’Amour d’une Conscience éternelle, ou simple épiphénomène humanoïde dérisoire ? Et cette Terre, est-elle Noble expression Vivante de cette Conscience, ou épiphénomène dérisoire de l’Univers ?

        Car, en poussant plus loin encore votre amusé pessimisme, l’on pourrait alors en arriver à la triste constatation que nous ne sommes que les objets d’une Nature fantasque, les serfs d’instances supérieures, les sujets de laboratoire d’une Conscience Universelle, les jouets d’un Univers bidouilleur qui ressemble à un bricoleur du dimanche, à un Dieu… aussi schizoïde que cette humanité.

        Ou qu’il s’agit d’un détour nécessaire pour que cette Conscience prenne conscience d’elle-même. La matière, dont nous-mêmes, étant son véhicule pour ‘concrétiser’ sa pensée.
        Nécessaire… Je me suis souvent demandé si tout ce gâchis humanoïde était nécessaire. Peut-être que oui et il faut l’admettre : petite bestiole de rien du tout incluse dans un Tout, par notre « inhabileté fatale » nous ne sommes que le piètre Néo inconscient et éphémère d’une matrice consciente et éternelle… De quoi acquérir un brin d’humilité devant notre insignifiance. Cela sera déjà ça de gagné. Peut-être est-ce ce que voulait nous faire acquérir Nietszche ? Ou n’était-il lui aussi qu’une de ces milliards de mouches ouvertes à en crever au désespoir, à la peur du noir…?

  5. Alain Gourhant dit :

    Merci Catherine de votre commentaire du 4 avril, – c’est à dire d’aujourd’hui.
    Vous avez raison quand vous dites : « la Vie est une question, elle nous lance un appel, et de nous, revient d’y répondre ou pas, ou de manière tordue, ou droite, »
    La question sous-jacente que je pose dans mon texte, c’est pourquoi si peu d’humains font une réponse droite et juste à la question de leur vie ? pourquoi tant d’inconscience ? Pourquoi toutes les religions qui se sont escrimées depuis si longtemps à prêcher « le droit et le juste », ont lamentablement échoué, pour laisser la voie libre à la nouvelle religion mondialisée de la « technoscience et de l’argent facile » qui n’en a absolument rien à faire – pour être poli – avec cette question du droit et du juste ?
    d’où le tragique de la situation présente…

    • Catherine dit :

      Parce qu’avant de voir clair, on ne voit pas clair.

      Parce qu’avant de marcher, on ne sait pas marcher.

      Parce qu’avant d’aimer, on ne sait pas aimer.

      Et que le travail qui nous revient à nous tous autant que nous sommes est justement dans ce —PASSAGE— qui va de l’un à l’autre, et qui est toujours à actualiser, jamais d’acquis en la matière et c’est ça qui est très joyeux, toujours nous avons à faire ce beau, ce noble et ce glorieux travail que notre naissance parmi les vivants nous appelle à honorer, et notre honneur est là justement, dans cette épiphanie qui rend peu à peu visible ce qui se trouve dans la grotte de chacun de nos coeurs respectifs.

      C’est très beau cette histoire-là, c’est notre histoire!

      • MD dit :

        Catherine, merci également de votre commentaire du 4 avril. En termes courts et simples, vous résumez mes différents déroulés qui tentent d’expliquer cette capacité qui pulse en nous, en réponse à l’appel que nous fait la Vie dans son fondement. Mais avons-nous raison ?

        Car Alain pose la question « pourquoi si peu d’humains font une réponse droite et juste à la question de leur vie ? pourquoi tant d’inconscience ? ».

        Oui, pourquoi ? L’on ne peut en arriver qu’à expliquer, comme je l’ai fait (dérive du néolithique), les manifestations, les matérialisations issues de ce pourquoi, sans pour autant répondre précisément à ce pourquoi. Le vers (inconscience) a-t-il tellement mangé le fruit, qu’il n’y a plus d’espoir ? Est-ce une ‘fatalité’, quoi que l’on fasse ? Une « tragique » impasse…

        Claude Lévi-Strauss (ethnologue), posait déjà ce tragique (*extrait entretien, Le Monde, janvier 79) :
        « J’ai le sentiment que toutes les tragédies que nous avons vécues, d’abord avec le colonialisme, puis avec le fascisme, enfin les camps d’extermination, cela s’inscrit non en opposition ou en contradiction avec le prétendu humanisme sous la forme où nous le pratiquons depuis plusieurs siècles, mais, dirais-je, presque dans son prolongement naturel. Puisque c’est, en quelque sorte, d’une seule et même foulée que l’homme a commencé par tracer la frontière de ses droits entre lui-même et les autres espèces vivantes, et s’est ensuite trouvé amené à reporter cette frontière au sein de l’espèce humaine, séparant certaines catégories reconnues seules véritablement humaines d’autres catégories qui subissent alors une dégradation conçue sur le même modèle qui servait à discriminer espèces vivantes humaines et non humaines. Véritable péché originel qui pousse l’humanité à l’autodestruction. »

        « Nous sommes loin de la Nature profonde harmonieuse de l’être humain », dit Alain. Mais quelle est vraiment cette ‘Nature’ ? Pourquoi cette autodestruction, pourquoi toutes les tentatives d’inverser la vapeur ont échouées, pourquoi ce « tragique » qui persiste devient insurmontable, pourquoi n’y aurait-il ni involution, ni évolution possible ? Oui, pourquoi ? Ne sont-ce que les deux faces d’une même réalité ? Dans le cycle Mort-Renaissance dont parle Alain, l’humain ne serait-il que ce ferment de Mort Terrestre, pour que la Vie Renaisse… ailleurs ?

        Comme je n’ai pas la réponse, je ne suis qu’une de ces milliards de mouches ouvertes à en crever au désespoir. Et, pour ne point y sombrer, je préfère aller crier mon besoin d’Humanité aux bords des flots de cet océan… de connerie. Manquerait plus qu’une mouette, rieuse de me balancer sa fiente sur le pif, me donne envie de m’y noyer. Ce que fait, hélas, la majorité de cette humanité, malgré les chasseurs-cueilleurs d’antan et toutes les sagesses du monde… Mais, pourquoi ? Juste une affaire de « Mental » ?

        (*) source : http://www.lemonde.fr/disparitions/article/2009/11/04/1979-on-m-a-souvent-reproche-d-etre-antihumaniste_1262644_3382.html

  6. hédouin dit :

    Alain et M.D. m’ont gentiment interpellé ,sur mon expression de « mental naturalisé » ,que j’avais utilisé à plusieurs reprises sur le blog « pause ,silence et poésie » ,afin de désigner la transmutation souhaitable du mental .Je vais tenté ici de m’en expliqué.
    Sur l’hyper inflation catastrophique du simple mental chez l’homme ,au détriment des affects et du corps,l’histoire de la philosophie est à même de rendre des comptes .
    D’une part, l’idéalisme platonicien dans lequel se sont engouffrées les 3 religions monothéistes ,neutralisant la possibilité pour chacun de découvrir sa propre philosophie de vie sur Terre(voir Socrate et Pierre Hadot)…
    D’autre part ,le cartésianisme ,comme outrance issue de Descartes ,privilégiant le quantitatif au qualitatif, le rationnel à la Raison ,et le raisonnement à la réflexion ,(voir Antonio.Damasio)….
    Notre « civilisation » technologique, est la suite opérationnelle du cartésianisme .Elle génère une une masse de difficultés, inconnues jusqu’alors. Pourquoi inconnues? Parce que cette masse de difficultés converge tout bêtement vers l’anti-vitalité.
    Mais la question est de savoir en quoi cette « civilisation » industrielle aboutit à l’anti-vitalité substantielle, dont ce blog répertorie si bien les manifestations .Anti-vitalité à laquelle les défenseurs de l’hyper technologie oppose la »vitalité » artificielle du mental numérisé (transhumanisme ).
    Mon hypothèse est que cette civilisation technologique tous azimuts, engendre inévitablement ,dans chaque domaine de la vie ,une altération profonde des rythmes:physiques ,émotionnels ,sociaux ,spirituels ,cosmiques.
    Là gît, le dérèglement fondamental .
    La nature ne se reconstitue pas au même rythme que l’Industrie la détruit. La vie sociale et la vie individuelle ne se rythment pas à la même cadence.Les crises de la vie se soignent si le rythme vital est présent ,mais pas quand celui ci est très altéré.La paix du coeur ne se reconstruit pas sur les rythmes médiatiques.Chacun cherchera et trouvera, à son rythme, Sa Place dans le rythme du Monde.Le rythme est la cause première de toute création.
    Ces multiples oscillations rythmiques ont été chosifiées en une unique mesure du temps productif.Or le rythme n’est pas une mesure.
    De la même façon le mental n’existe pas en soi ,ce n’est pas une entité ,mais une relation en résonance rythmique .Le mental est en fait formé de notre mental ET de son environnement naturel et cosmique .
    Ce que j’ai appelé le mental naturalisé ,c’est cela .
    L’environnement naturel et cosmique est une partie du mental ,le mental est une partie de l’environnement naturel et cosmique ,ils fonctionnent non de façon linéaire mais rythmique .Une rythmique secrète.Si je ne sauve pas mon environnement naturel et cosmique ,je ne me sauve pas moi même et si je ne me sauve pas moi même, je ne sauve pas mon environnement naturel et cosmique .
    La psychologie intégrative des rythmes.La méthode en n’est moins psychologique qu’intégrative,résonnante ,harmonique : pour re-synchroniser nos rythmes physiques ,affectifs ,sociologiques ,naturels spirituels. .
    Le mental naturalisé,n’est plus dans l’opposition corps /esprit mais dans une graduation du corps à l’âme.
    Les barreaux de l’échelle du corps et de l’âme se montent à des rythmes différents,de l’âme encore charnelle à l’âme cosmique .Cette échelle là se manifeste d’abord dans les bio-rythmes ,les frissons ,les goûts, les sentiments.Puis les intuitions ,les prémonitions,les « memento mori » des enclos paroissiaux bretons (« souviens toi de mourir »,assez nietzschéen !) Puis c’est l’âme qui joue des tours au corps, telle qu’elle se manifeste, lorsque le mental veut ignorer que, quand la chair est triste ,alors c’est le fiasco. ,Puis la contemplation ,la poésie ,la danse ces beaux suppléments que l’âme fait au corps .Puis enfin, presque tout l’indicible et le silence ,le sacré,l’altérité (voir Lévinas).

  7. Catherine dit :

    « pourquoi si peu d’humains font une réponse droite et juste à la question de leur vie ? pourquoi tant d’inconscience ? ».

    Parce que c’est CE que l’on fait de nous, depuis que nous sommes petits, des barbares.

    Des barbares, c’est-à-dire des gens qui n’activent qu’une partie d’eux-mêmes, une fonctionnalité d’eux-mêmes, tantôt ceci, tantôt cela.

    La société fonctionne comme ça, c’est son modus operandi, mais du coup, l’individu trinque, car son tissage intérieur n’est pas monochrome mais multicolore, et ce tropisme se réalise au détriment de tout ce qui est contenu au sein des individus que nous sommes.

    Cette partie cultivée jalousement s’hypertrophie et se fait tellement grosse qu’elle écrase toutes les potentialités endormies en nous, qui du coup se mortifient.

    C’est au décours des épreuves éprouvantes de la vie que la question se pose du bien-fondé de telles conduites.

    Paradoxalement, on pourrait presque dire, heureux les pas de travers que nous faisons, car est contenu en eux la possibilité d’un possible retournement.

    • Alain Gourhant dit :

      oui, Catherine, je ne suis pas loin de penser comme vous.
      Je traduirai dans mon langage : seule la souffrance permet ce retournement du mental prédateur – ou barbare comme vous dites, vers les Lumières de la Transcendance (Conscience, Amour, Silence, etc).
      Je rajouterai juste : « peut-être ! », car nous ne sommes sûrs de rien en ce séjour de Terre si affligeant et émerveillant à la fois.
      C’est un Mystère : c’est d’ailleurs ce mot qui a donné Mystique. Le mental des religions et des religieux n’a jamais aimé ces deux mots, et particulièrement les mystiques, car ils se heurtent avec leur Silence et leur être, aux dogmes et aux croyances, qui peuvent être toujours défaites par leur contraire.

      • Catherine dit :

        Ce qui est intéressant, c’est la façon dont Jung parle de la transcendance et la définit.

        Ce n’est pas quelque chose qui est hors sol, non.

        Ce n’est pas quelque chose de mystérieux, non.

        C’est seulement une fonction d’éléments conscients –et— d’éléments inconscients analogues aux fonctions mathématiques dit-il où se rencontrent des grandeurs réelles et des grandeurs imaginaires.

        Bref, une imagination créatrice qui seule peut donner à la volonté un contenu capable de –concilier– les opposés. C’est l’instinct de jeu de Schiller!

        Aujourd’hui, seul un pôle est privilégié dans nos sociétés . Alors si je commande une bière et qu’on me ramène une bière, ma foi, c’est plutôt normal, non?

        Pas de mystère là-dedans.

        • Alain Gourhant dit :

          merci Catherine, d’avoir amené Jung, avec une Voie de plus vers la Transcendance,
          que je respecte d’ailleurs beaucoup moi aussi et que je nommerai avec mes mots, la Transcendance archétypale à l’origine de toutes les grandes civilisations et qu’il s’agit de faire passer de l’inconscient collectif à la conscience de chacun.

          Mais cela n’annule pas les autres Voies, j’espère pour vous,
          car vous parlez avec un ton un peu méprisant d’une transcendance hors-sol ou mystérieuse.

          Figurez-vous que je privilégie la Transcendance hors-sol et la Transcendance mystérieuse :
          alors qu’allez-vous faire : recommencez une guerre de religion ? : Jung contre le hors-sol et le mystère ?
          Il va se retourner dans sa tombe, lui qui était un Grand Esprit avec beaucoup de tolérance en ce qui concerne le Spirituel, où il y a de multiples voies d’accès.
          Il n’y a que le mental qui cherche inconsciemment le dogme et la guerre, surtout en ce qui concerne les questions de Transcendance.

          • MD dit :

            Transcendance… Là encore, un mot, un substantif, une “idée” qui présente de multiples « formes », c’est-à-dire une « orientation » différente quant à la « définition ».

            Définir est bien le propre du ‘mental’, à la différence de la Conscience qui ne définit rien en englobant tout d’un seul tenant. Tel que pour une photo, le mental définit et les couleurs et les tons, nuances, contraste, luminosité, surexposition, etc. La Conscience englobe la totalité, sans distinction, dans un silence qui vous berce d’un bien-être dont on ne sait de quoi il provient vraiment. Là réside le ‘mystère’. C’est alors le ‘mental’ qui va chercher à le percer : est-ce l’harmonie des couleurs, l’angle de prise, etc.

            Malheureusement, sans à la base chercher le dogme et la guerre, c’est pourtant ce qui va se produire : ‘Moi’ (sensitif) se sont les couleurs qui me charment et me font dire que cette photo est sublime. Non ! ‘Moi’ (rationnel) spécialiste de photo peux te dire, et “tu dois” me croire, l’angle de prise centre mal l’ensemble rendant cette photo pire qu’une bête photo de vacances !

            Catherine, vous semblez avoir une approche ‘phénoménologique’ (concrète) où réside l’archétype, tandis que vous Alain, semblez avoir une approche ‘nouménale’ (abstraite) où réside le mystère.

            Et vous avez raison tous les deux ! Pour partie du moins. Le calumet de la paix préférentiel serait alors « l’intégratif ». Ou comment – concilier – les opposés… (sourire).

            – Plutôt qu’une bière, je prendrais une menthe à l’eau. Et vous Alain ?
            Pour un ‘tchine’ joyeux,
            Où nos pétillants yeux
            Nous ferons complices.
            Et, sans aucune malice,
            Que ce soit bière ou menthe,
            La Vie restera notre amante…

          • Catherine dit :

            La transcendance n’est que RELATION, mais avant qu’il y ait relation, on croit qu’il y a relation, mais il n’y a pas relation!

            • Alain Gourhant dit :

              Cette affirmation est tellement péremptoire, qu’elle ne mérite aucune relation, c’est à dire commentaire (de ma part).
              C’est comme un coup d’épée dans l’eau : plouf ! puis le silence…

    • MD dit :

      Hédouin,

      « S’entendre » sur le « fond », pour « parcourir » le même « terrain » empli de multiples « formes »…

      J’ai exposé (le 30 mars) que l’homme actuel est à « contre-courant » de sa véritable « nature profonde ». Nature profonde qui est d’être “Naturellement” en « symbiose » physique, spirituelle et intégrative avec les autres (par empathie, coopération, transmission savoirs…), la Nature (par respect et prélèvement du strict nécessaire) et l’Univers (par spiritualité).

      N’est-ce pas, finalement, la même chose que ce que vous dites à propos de votre “mental naturalisé” ? La même idée de « fond » que nous exprimons avec ‘nos mots’ personnels (la forme) ? Notamment lorsque vous dites « Le mental est en fait formé de notre mental ET de son environnement naturel et cosmique » ?

      De plus, ce que vous exposez à propos d’un « dérèglement fondamental », n’est-ce pas aussi la même idée de fond que lorsque je dis que cette symbiose ‘Naturelle’, que j’exprime en disant que “les lois de la Nature sont vivantes en nous”, a subit une « défaillance » (qu’importe son origine et ses manifestations ultérieures, ce n’est que détail) qui en a contrecarré ladite symbiose en un contre-courant dévastateur ?

      Quant à ce que vous exposez pour mettre fin à ce contre-courant et ‘retrouver’ cette symbiose Naturelle, n’est-ce pas également la même idée de fond de tout un chacun sur ce blog, dont les formes ne sont que des ‘méthodes’ « personnelles » parce que se devant d’être particulièrement adaptées à notre histoire, vécu et personnalité ?

  8. hédouin dit :

    Bonsoir .Bien entendu nous partageons le même substrat fondamental .C’est sur la méthode de refondation personnelle que je prends quelques distances .Je suis moins attiré par les psychologies,questionnant l’ego,l’inconscient,la transcendance et plus par les façons de se re-rythmer dans les yoga,(en particulier des sons) ,de se re-synchroniser avec les temps multiples de la Nature,de se reconnecter à la diversité de sa créativité etc …..J’ai pris l’image des barreaux d’une échelle( allusion à Jacob) où l’on monte et descend du corps à l’âme ,au gré de je ne sais quoi ,mais à l’aide d’un mental bienveillant.

    • Alain Gourhant dit :

      merci Hédouin pour ce message, il me semble d’un autre ton que les messages précédents, plus conciliant, plus respectueux de la différence de l’autre, qui même par rapport à une même Voie de Transcendance (la Nature), peut emprunter des chemins différents.
      Par rapport à votre chemin, j’ai juste envie de dire que ce vous appelez les « psychologies » et moi les différentes méthodes « psychothérapeutiques », me semblent complémentaires à votre cheminement, car ce travail de conscience sur soi-même au niveau de l’inconscient « prépersonnel », c’est à dire la mémoire la plus ancienne de chacun, permet d’éviter quelques pièges, comme celui des aveuglements de l’ego…
      Cela peut avoir certaines implications. Quand vous dites : « J’ai pris l’image des barreaux d’une échelle( allusion à Jacob) où l’on monte et descend du corps à l’âme ,au gré de je ne sais quoi ,mais à l’aide d’un mental bienveillant ». J’aime bien votre image de l’échelle de Jacob, que j’utilise d’ailleurs dans ma méthode de psychothérapie intégrative – je change juste le mot âme que je juge trop judeochrétien, par le mot « transpersonnel » ou « transcendance » -, par contre bien sûr, le fait que ce soit le « mental bienveillant » qui « monte et descend » sur cette échelle, me gêne,
      parce que pour moi, le mental n’a pas ce pouvoir de reconnaissance des différents niveaux de l’être.
      Ce rôle est tenu par la Conscience, qui seule est capable de cette re-connaissance, qui est aussi une re-naissance, parce qu’elle est seule capable de distanciation et de non-identification avec les différents niveaux de l’échelle.
      Le mental par contre, est ce vieil instrument de développement de l’être humain, dont il faut se méfier au plus haut degré, car toujours capable de régression vers les plans inférieurs de l’échelle, cette prédation egotique, largement inconsciente, dont l’histoire humaine porte malheureusement les douloureux voire terrifiants stigmates.

      • MD dit :

        Pour paraphraser Alain (6 avril), je dirais que la réflexion sur notre propre mental n’est pas qu’une simple « perception » (sensitive ou réflexive) ou « observation » (émotion ou pensée) de nous-mêmes dans notre environnement. Car, l’on se retrouve à être à la fois l’objet observé ET le sujet qui observe. Subjectivité dont Socrate faisait déjà état avec son injonction “Connais-toi toi-même (et tu connaîtras l’Univers et les dieux)”, laquelle montre qu’une mauvaise connaissance de soi a un impact sur la connaissance du monde – et réciproquement, puisque nous faisons partie de ce monde. L’on se retrouve alors, comme le disait Auguste Comte, à “se mettre à la fenêtre pour se regarder passer dans la rue”.

        Ainsi, à moins d’avoir le don d’ubiquité, il s’agirait d’arriver à ce que ce mental soit exploré non pas par lui-même, mais par la ‘troisième’ personne qui est en nous : la « Conscience », seule capable d’être ‘extérieure’ aux deux autres (distanciation, reconnaissance des niveaux de l’être et non-identification). Pour ce faire, toute voie « complémentaire » est nécessaire à tout ‘cheminement’, quel qu’il soit.

        Entre autres, ce vous appelez les « psychologies » et qu’Alain appelle les différentes méthodes « psychothérapeutiques » est cette voie préférentielle pour une meilleure connaissance du ‘soi’ (observateur/observé) qui permet d’en éviter les pièges d’enfermement sur lui-même. En l’occurrence, il ne s’agit pas de suivre une quelconque psychanalyse ou cure thérapeutique, ni de tergiverser sur des théories psychologiques, mais de connaître et comprendre les différents « mécanismes » d’action de ce ‘soi’-mental qui est à distinguer du Soi-Conscience (‘expression’ Individuelle de l’Universelle).

        En ce sens, l’orientation que prend la pensée dans sa visualisation du phénomène a son importance. Ainsi, mieux qu’une échelle (car c’est le mental qui la monte et descend), la Conscience est plutôt à voir comme ‘ascenseur’ entre les niveaux corps[sensation/réaction]-âme[affect/émotion]-mental[observateur/observé].
        Avantage : l’ascenseur ne s’identifie aucunement à l’étage qu’il traverse ou auquel il s’arrête. Il est la ConscienceIndividuelle, dont le passager est la ConscienceUniverselle. Mais hélas ce mental, non seulement empêche cet ascenseur de fonctionner, mais veut carrément prendre sa place : un coup “d’état” (de conscience) qui embrigade corps et âme pour prendre le ‘pouvoir’, non de Soi, mais du monde…

        • Alain Gourhant dit :

          Votre message, Michel, pose la difficile question : comment parler du mental quand on sait que c’est toujours le mental qui parle ? Le mental peut-il être un bon observateur de lui-même, objectif et impartial, quand on sait sa propension à tout complexifier, particulièrement lui-même ?
          Difficile de ne pas déraper avec tous ces mots et concepts, dont le mental est le seigneur et maître, quand on sait que tout complexifier est son sport favori, peut-être pour se donner de grands airs, en ayant l’air de tout comprendre, car l’ego avec le mental n’est jamais très loin, l’ego qui aime se gonfler de mots comme un coq – dérisoire emblème de la France…
          Et quand je dis cela, je me parle aussi à moi-même : c’est peut-être folie d’avoir voulu écrire un article sur le mental, même pour le dénigrer… car dans ce dénigrement de lui-même, il risque de revenir au galop par la porte avec laquelle il a été éconduit.
          Néanmoins, pour essayer de reprendre sous une autre forme ce que vous dites, en songeant à Hédouin et son « mental naturalisé » – qui aura fait couler beaucoup d’encre virtuelle – , je crois que celui-ci avec tout le respect que je lui porte, aura bien du mal à faire « naturaliser » son mental, car entre la Nature et le mental, c’est un véritable « gap » :
          en effet la Nature est muette, elle ne connait pas les mots, et elle n’a nul besoin sur son noble territoire de cet énergumène compliqué, le mental, dont les grands discours ne lui ont valu jusqu’ici que déboires et dégradations.
          Mais comme Celle-ci est dans le « laisser faire » et le « lâcher-prise » – ce qui a toujours été la suprême sagesse, à côté de l’agitation perpétuelle du bruyant mental humain -, elle reste souveraine, la Nature, et elle renaîtra de toute manière, toujours, de ses cendres, dans lesquelles le mental humain est en train actuellement de l’entraîner de manière perverse et mortifère.
          Bref, Je crois qu’il n’y a aucun compromis possible entre le mental humain et la Nature, et qu’il n’y en aura jamais, hormis pour quelques peuples premiers, réfugiés au fin fond des dernières forêts amazoniennes, avant que le mental humain ne les extermine pour son addiction actuelle généralisée au toujours plus de l’argent.
          La seule voie de rapprochement avec la Nature – mais elle est difficile -, c’est la contemplation de sa Beauté, par la Conscience en son silence émerveillé. Alors, peut-être, cette dernière trouvera quelques mots de Sagesse, pour apprivoiser le mental et le convaincre de l’inanité de ses prédations ; mais ce sera compliqué, surtout en ce moment, où le mental est comme enivré de ses si merveilleuses prouesses technoscientifiques.

          Par ailleurs, pour reprendre votre tentative courageuse de décrire les différentes dimensions de l’être humain, afin de mieux situer le mental,
          je dirai qu’il y a une triade infernale représentant les trois niveaux basiques de notre être trop humain : « le corps – les émotions – le mental ». Pour faire court, l’aspect infernal de cette alliance vers le bas, c’est que ces trois niveaux sont sous l’emprise de l’ego, de l’inconscience et du temps.
          Le pire des trois, c’est bien sûr le mental, car il est le plus profond, le plus abstrait en transcendant et incluant les deux autres (1), en particulier grâce aux circonvolutions perverses du langage provenant d’un cerveau le plus souvent sous-développé, chez la plupart.
          Mais il y a aussi chez l’être humain, si l’on regarde vers le haut, une trinité céleste, une triade transcendante, spirituelle, pleine de religiosité : « l’âme, l’Esprit et la Conscience ». Ces trois concepts viennent du plus profond de la culture humaine, quand celle-ci n’était pas encore trop infectée par les divagations contemporaines du mental, c’est-à-dire quand le mental était encore un humble serviteur du Tout et parlait avec les métaphores inspirantes de la poésie.
          La Conscience, c’est le Vide, la vacuité originelle, avant toute création. Elle se perçoit ou plutôt se ressent par une longue méditation silencieuse au plus profond de l’intériorité humaine : elle est silencieuse, immobile dans l’éternel présent. Le mental la déteste, car quand la Conscience est là, il est obligé de se taire et se sent bien ridicule en son inutilité verbeuse .
          Et puis un jour, on ne sait trop pourquoi, c’est un grand mystère, – le mental déteste au plus haut degré cette notion de mystère – la Conscience a eu l’envie, le désir, de créer toute la création en un immense et infini Souffle créateur : c’est l’apparition de l’Esprit (étymologiquement spiritus : le souffle) et dans ce souffle en perpétuelle effervescence créatrice inondant les milliards de galaxies à l’infini, est apparue un jour l’âme humaine, ce véhicule fragile différent de toutes les autres âmes qu’elles soient animales ou végétales, là où pour l’être humain prend place une étincelle de souffle et de vide en résonance avec la Conscience. Le mental déteste l’âme, déteste l’Esprit, déteste la Conscience ; il voudrait même censurer ces trois mots qui le ridiculisent dans sa petitesse egotique inconsciente.

          La bonne nouvelle, c’est que nous sommes en fin de cycle, et que le mental humain à la tête de sa triade maléfique, a tellement abîmé et détruit la Nature originelle avec ses âmes toutes simples et toutes belles, que l’ensemble de la planète Terre, cette superbe création de l’Esprit, est en grand danger de catastrophe – la fin d’un cycle.
          Alors, curieusement, on se remet un peu partout à oser parler de nouveau, de Conscience, d’Esprit et d’âme,
          car cela permet sans doute de se préparer au dernier « couac » (2), c’est-à-dire au chemin du retour vers la grande vacuité de la Conscience, en prenant à partir de son âme retrouvée, le vertigineux toboggan de l’Esprit.
          Pour cela, une seule technique de prédilection : la méditation – certains l’appellent de « pleine conscience », mais il s’agit en fait de « Vide-Conscience », – ce qui est assez drôle !
          Quant à tous ces mots, mieux vaut alors les oublier pour le silence,
          afin que le mental humain apprenne humblement ( double humus) à se prosterner aux pieds de la conscience.
          Rien n’est plus beau qu’un mental devenu silencieux…
          (1) voir Ken Wilber et sa théorie intégrative des différents niveaux d’évolution :
          http://www.psychotherapie-integrative.com/ken-wilber.htm
          (2) « Or, tout dernièrement m’étant trouvé sur le point de faire le dernier couac! j’ai songé à rechercher la clef du festin ancien… » Arthur Rimbaud ‘Une saison en enfer ».

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