Victor Frankl et la logothérapie

La lecture du livre : « Victor Frankl, nos raisons de vivre, à l’école du sens de la vie » est revigorante, pour une raison bien simple : dans une société dont la caractéristique essentielle est devenue la perte du sens de la vie, et où chacun court dans tous les sens – ce qui équivaut à une absence de sens -, celui-ci propose une thérapie fondée justement sur la recherche du Sens, au sens supérieur du terme. Quel bonheur ! Comme cela fait du bien !

La critique des psychothérapies dominantes

Le constat critique est rude pour les psychothérapies dominantes, arqueboutées surtout autour de la psychanalyse et le behaviorisme (« la singularité de l’être humain est méprisée et négligée par les psychologues qui adhèrent au modèle de la machine et celle du rat » – idem pour la psychanalyse qui confond la conscience avec le surmoi et l’amour avec les dérives de la libido et du ça. L’auteur critique aussi tous les experts et spécialistes d’une pseudo-science – « des hommes qui n’aperçoivent pas la forêt de la vérité depuis l’arbre des faits » -, qui nous entraînent dans un dissémination des savoirs, où plus personne n’y comprend plus rien.

Une thérapie antidote : la logothérapie

Victor Frankl, face à tous ces maux, nous propose une thérapie antidote : la logothérapie, du mot grec logos signifiant Esprit et Sens, la dimension supérieure de l’être humain. La logothérapie c’est la recherche de la volonté du sens – par opposition à la volonté de plaisir de Freud ou la volonté de puissance d’Adler. Elle peut être définie comme « l’effort humain fondamental pour trouver un sens à sa vie ». La logothérapie est un hymne salvateur à rétablir ce qu’il y a de plus important chez l’être humain et qu’il a oublié en chemin : sa possibilité d’auto-transcendance et de choix conscient vers les valeurs supérieures qui l’inspirent et l’animent, quand il connecte enfin son humanité, c’est à dire tout ce qui tourne autour de l’Amour inconditionnel, la recherche du Beau, la recherche de la Vérité au sens spirituel et transpersonnel du terme.

Les névroses noogènes

Dans le même ordre d’idée, Victor Frankl, en tant que psychiatre renommé à Vienne, après avoir réussi à survivre aux camps d’extermination nazis, met en évidence une nouvelle forme de névrose actuelle, qu’il appelle les névroses noogènes – venant du terme un peu ésotérique de noosphère ou noologie désignant le niveau supérieur de l’Esprit, par opposition aux névroses psychologiques qui concernent la psyché limitée à la personne. Ce sont toutes les névroses de ceux qui ont perdu le sens de leur vie et l’accès à l’Esprit. Victor Frankl les estime à 20%, je serai plus pessimiste, car c’est une dimension importante chez tous ceux qui souffrent actuellement de dépression, d’addictions et d’anxiété chronique. Parallèlement, il nous propose, à l’aide de quelques exemples pratiques, sa méthode pour traiter le vide existentiel de ces névroses, méthode centrée autour de la maïeutique socratique et de l’intention paradoxale pour transcender les cercles vicieux.

Une vision intégrative

Enfin, la logothérapie affiche aussi un début de vision intégrative de la psychothérapie, au sens où elle ne rejette pas vraiment les autres méthodes de la psychologie dominante, mais elle propose juste une dimension supplémentaire, supérieure, au sens de « plus inclusive et plus englobante ». Elle conseille même « une pratique simultanée dans une multidimensionnalité bien comprise ». Ce sont les termes exactes de la psychothérapie intégrative telle que je la conçois et qui ont été élaborés dès 1969, date de parution de ce livre, que les éditions InterEditions ont bien fait d’exhumer de l’oubli, tellement il apparait actuel.

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18 réponses à “Victor Frankl et la logothérapie”

  1. Maarten Aalberse dit :

    Je suis content que tu mentiones ce grand homme. Que je vais quand-même critiquer pour sa présentation fausse et dévalorisante du comportementalisme « psychologie des rats », bah. Il n’est pas pour rien que Skinner a reçu de l’association américaine de la psychothérapie le prix de psychologue humaniste…
    C’est vrai que Skinner a étudié les rats… pour commencer. Mais ces travaux se sont de=éveloppés bein au delà cela. Et ses théories sur les émotions et les pensées humaines, même si elles étaient encore trop peu développées par lui, a améné entre autre à des nouvelles thérapies de l’autisme qui selon les données actuelles ont dépassé tous nos espoirs…

    OK, c’est entre parenthèses. – mais il est quand même grand temps que l’on rehabilite Skinner…

    Je crois avec toi que le problème de sens est crucial pour (presque) tous nos patients; peut-être Frankl a été trop modeste?
    On parle beaucoup de manque de repères -et je crois qu’il s’agit d’un mùnque de sens.
    Une souffrance qui a du sens est non seulement beaucoup mieux « supportable », elle donne du profondeur et transcendence à notre vie et inspire notre compassion; tandis qu’une plaisir qui manque du sens ne peut pas combler la personne au delà l’instant. Un hédonisme sans sens me semble plutôt infernal…

    • Pour comprendre l’opposition virulente de Frankl à Skinner et au comportementalisme en général, je crois qu’il faut se remettre dans l’esprit de l’époque : les années 60. Frankl se situe dans la mouvance des psychothérapies humanistes, qui se contruisent en dénonçant les dérives déshumanisantes du comportementalisme et de la psychanalyse de l’époque, où la notion de sujet disparait et sa liberté de donner “un plus de sens” humain à sa vie. Il faut se situer au delà des théories du conditionnement tout puissant, qu’ils soient pavloviens, skinneriens ou freudiens, où l’invidu ressemble plus à un automate, un rat ou un obsédé sexuel, qu’à un être humain.
      Plus généralement, je crois qu’une nouvelle théorie ne peut se construire que “contre” une autre, au risque de la caricaturer. Il n’y a que la psychothérapie intégrative qui, peut-être, peut réconcilier tous ces points de vue et encore… elle est obligé de se construire “contre” tous les réductionisme en place, contre toutes les querelles de chapelle des différents courants. D’ailleurs dans ce livre de Victor Frankl de la fin de sa vie, dans les derniers chapitres, il parle d’une possible complémentarité entre ces théories du conditionnement et de l’inconscient, et sa logothérapie ou recherche d’un sens supérieur à la vie humaine. Et c’est à ce moment là qu’il m’a le plus séduit.
      D’autre part, je pense qu’une réhabilitation de Skinner passe par une clarification courageuse et lucide, autant de son apport que de ses limites, afin d’ouvrir la voie à une intégration possible des autres courants qu’ils soient psychodynamiques (les psychanalyses), humanistes, transpersonnels, etc…Sinon, on retombe dans les querelles, surtout en France.

      • Maarten Aalberse dit :

        Je suis d’accord avec toi à propos de la nécessité d’un discussion « intégrative » sur les travaux de Skinner, que nous pourrons entamer peut-être à un autre moment. Les théories de Skinner sont très complexes et je n’ai pas encore suffisamment de recul pour un tel projet à ce moment. Une chose m’est claire: Skinner a essayé de créer un modèle scientifique du fonctionnement humain trop tôt, dans une période où l’on n’avait pas encore les moyens que l’on a maintenant. Ce qui explique probablement l’idée de « pauvreté » que l’on associe avec ses travaux?
        En tout cas, d’après ma connaissance actuelle, je ne peux pas appliquer l’adjectif « déshumanisant » sur ces travaux. Pour lui, l’unité organisme-environnement (ou personne dans son contexte) ne peut pas être réduite aux éléments plus « petits » sans perdre l’essentiel. Dans ce sens-là Skinner était bien plus systémique ou écologique que je ne l’ai cru longtemps.
        Donc je ne crois pas que l’appoche de Skinner était déshumanisante, sauf si l’on applique ce label à tous ceux qui ne vont pas au delà le « même vert ».
        En tout cas, ce n’est pas pour rien que quelqu’un comme Steven Hayes se décrit comme « post-skinnérien » en développant un modèle comportementaliste (l’ACT) bien plus intégratif que celui de Skinner.
        Ceci dit, la question pénible sur le libre arbitre n’a rien d’évident pour moi. Par exemple, le sens qu’un personne donne à sa vie, peut-on vraiment affirmer que celui-ci n’est pas conditionné, c’est à dire basé sur ces apprentissages antecedentes (ce qui peut inclure aussi des apprentissages faites dans des autres dimensions, avant cette vie terrestre) et actuelles d’une part et sur sa patrimoine génétique de l’autre part? Je ne le sais pas…

        • Maarten Aalberse dit :

          Je sais que l’idée des détreminismes est una affront à notre égo.
          Raison de plus de la creuser, alors?
          J’y vais.

          Nous nous sentons mieux quand nos faisons du bien aux autres. Ceux qui croyent (et nos croyances seraient aussi des apprentissages) que nous somme faites selon l’image de Dieu (ce qui implique un déterminisme aussi) expliquent cela de leur façon. Ceux qui ont l’expérience que l’égo séparé est une illusion (mais cette expérience est aussi basée sur des interpretations transmises et apprises) diront que tout ce que je fais aux « autres » est fait au « Soi ».
          Mais on ne peut pas oublier que « faire du bien » est fortement récompensé dans notre éducation d’une part (ce qui pourrait expliquer pourquoi faire du bien aux autres  nous fait du bien), et que nous sommes des « animaux » très dépendants des autres, et que pour ces genre « d’animaux » des actes solidaires, compassionnelles, empathiques contribuent à la survie du groupe. Ainsi il y auraient aussi des determinismes Darwiniennnes qui nous incitent d’être « pro-social ».

          Dans une psychologie intégrative on devrait intégrer cela avec l’idée du Karma.
          Et que peut-être on trouve son liberté en ne voulant plus créer du Karma… en ne plus luttant contre les conséquences de cette loi.
          Ce qui peut-être veut dire: que nous acceptons les lois du Karma et des autres déterminismes et renonçons à l’idée de la liberté?
          En d’autres mots, très paradoxaux: que la plus grande liberté serait d’accepter les déterminismes que notre ego ne peut pas accepter?

          • “nous sommes des « animaux » très dépendants des autres, et que pour ces genre « d’animaux » des actes solidaires, compassionnelles, empathiques contribuent à la survie du groupe”
            tu as raison, Maarten, de mentionner ce type de comportement ressemblant à de la solidarité, à de la compassion, etc, provenant de notre nature animale et de déterminismes archaïques très profonds : on trouve ce genre de déterminisme comme réaction de défense dans un groupe (famille, entreprise, patrie, etc) dès qu’il y a danger. Mais pour moi, il ne s’agit pas vraiment de solidarité, compassion, altruisme, etc, qui sont des comportements issus d’un autre niveau de l’être, issus de ce qu’on pourrait appeler la Conscience. Pour celle-ci, l’amour, la solidarité, l’altruisme, l’empathie sont inconditionnels et indéterminés. Rien à voir entre la compassion et l’Amour d’une Mère Thérésa et la compassion ou l’amour que peuvent se témoigner les membres d’une famille, surtout quand l’un d’entre eux est en danger. Dans le 1er cas, il s’agit d’un comportement issu de cette Conscience capable de voir le Tout, l’Un et l’unité de toute chose, de sorte que l’amour s’exerce inconditionnellement, de l’autre il s’agit d’une séquence comportementale, soit apprise, soit inconsciente venant du plus profond de la psyché, et cet amour est en général très ciblé, très réduit, souvent défensif et excluant, éphémère et fluctuant.
            “la plus grande liberté serait d’accepter les déterminismes que notre ego ne peut pas accepter?” je suis assez ok avec cette belle formule, j’ajouterai juste que pour moi il s’agit du début de la liberté, sa première phase et c’est essentiellement cette liberté que nous travaillons avec nos clients dans le cabinet thérapeutique. Je ne nie pas les différents déterminismes – la complexité des différents déterminismes -, dont le karma (le déterminisme des vies antérieures) peut être une dimension en fonction des croyances de chacun – il s’agit d’être très prudent avec cette notion d’origine orientale, donc je ne nie nie pas tous ces déterminismes, au contraire, je travaille à leur prise de conscience par différentes techniques, mais cela, afin que la grande Liberté de la Conscience puisse enfin s’exercer, liberté qui est inconditionnelle, indéterminée et permet les avancées évolutives ou créatrices de l’être humain.

        • Je touve intéressant ton idée que l’ACT avec Steven Hayes a touvé un chemin intégratif au comportementalisme de Skinner, au sens où une forme de la pleine conscience est intégrée, puis un chemin vers les valeurs et l’engagement personnel qui manque sérieusement à la psychothérapie classique d’origine comportementaliste ou psychanalytique ou même humaniste – d’ailleurs Steven Hayes rejoint là Victor Frankl et la nécessité thérapeutique de donner un sens supérieur à sa vie, j’espère qu’il lui rend hommage.
          Par contre, je dois avouer que le terme “comportementalisme” que se donne l’ACT pour désigner sa belle intégration ne me convient pas. Pour moi, par exemple la pleine conscience n’est pas un travail sur soi-même qui relève seulement du comportementalisme, mais d’un travail intérieur, dans les profondeurs de la subjectivité ou de la conscience. Idem pour la recherche des valeurs et de ce qui fait le plus sens pour moi dans cette vie. Cela dépend encore une fois d’une introspection dans les profondeurs de la subjectivité, même si cela débouche sur des engagements, des actions, des comportements que l’on peut alors qualifier de comportementaliste.
          J’ai d’ailleurs la même critique sur la prétention à la scienticité de l’ACT et de toute technique psy en général, qui se revendique haut et fort des sciences humaines. Pour moi, la personne humaine est bien trop complexe pour que la méthodologie et l’épistémologie de la science puisse s’appliquer. Au mieux, on ne peut que valider les bons résultats de certaines techniques, avec la rigueur, par exemple d’un Jon Kabat-Zinn pour la pleine conscience, mais en restant très prudent sur les résultats – mais cela nous entraine trop loin, en particulier sur le thème des facteurs communs de succès à toute technique psy. On peut aussi parler de la scienticité, au sens d’ une certaine cohérence interne, d’une sorte de rationalité sous-jacente à toute technique reconnue, capable de créer un consensus intersubjectif, et en ce sens , toutes les principales techniques psy sont scientifiques, psychanalyse comprise.
          Enfin, au sujet de ta remarque sur les conditionnements, on rentre là dans une discussion philosophique ou de paradigmes différents. Dans une vision héritée de la science classique, effectivement, tout est conditionné et l’être humain n’est qu’un misérable automate, qu’on peut au mieux réparer quand il va trop mal, comme en ce moment – c’est à dire le conditionner autrement avec des “experts re-conditionneurs”. Pour le paradigme de la philosophie intégrative venant de la “philosophia perennis”, plus on monte de niveau de conscience, plus il y a libre arbitre, autonomie, possibilité de choix, créativité, engagement libre vers des valeurs supérieures, etc…Par contre, je suis très pessimiste sur la possibilité de l’être humain actuel à dépasser le niveau de ses conditionnements les plus archaïques, comme le réflexe de prédation, par exemple, ce qui met en péril son existence en tant qu’espèce.

          • Maarten Aalberse dit :

            « Pour moi, par exemple la pleine conscience n’est pas un travail sur soi-même qui relève seulement du comportementalisme, mais d’un travail intérieur, dans les profondeurs de la subjectivité ou de la conscience. »

            Il s’agit d’un malentendu, Alain. Encore une fois, pour les comportementalistes, penser, s’émouvoir, observer sont des comportements.

            A propos de la science, la psychologie et l’ACT, et les facteurs communs, je propose que l’on en discute dans un autre cadre.

            Et je crois que l’on ne peut pas réduire les déterminismes (Karma inclus, d’ailleurs) à l’idée que « l’humain alors ne soit qu’un misérable automate ». Je sais bien que l’idée de déterminisme ne te convient pas, mais on pourrait en discuter de façon plus nuancée, j’espère.

            • Tu dis : “pour les comportementalistes, penser, s’émouvoir, observer sont des comportements.”, mais alors il faudrait commencer, Maarten, par définir le terme “comportement”, il me semble que ta définition est très large.
              Tu dis aussi : “Je sais bien que l’idée de déterminisme ne te convient pas”. Ce n’est pas l’idée du déterminisme qui ne me convient pas, c’est l’idée que tout est déterminisme chez l’homme. Je vois là un réductionisme dangereux.
              Il y a une part de l’être humain qui n’est pas déterminée, elle a à voir avec la conscience. Certes, elle est très rare ou le plus souvent absente, mais ce n’est pas en en faisant le déni, qu’on va faire bouger les choses.
              J’espère qu’avec les avancées de “la pleine concience” à la mode, elle va gagner un peu de terrain. Le dernier numéro du “Nouvel Observateur” ne titrait-il pas sur sa page de couverture : “Les pouvoirs de la Méditation, connaissance de soi, thérapie, stress, sagesse””. Chose incroyable, il y a encore quelques années en France.

              • Maarten Aalberse dit :

                Tu dis : “pour les comportementalistes, penser, s’émouvoir, observer sont des comportements.”, mais alors il faudrait commencer, Maarten, par définir le terme “comportement”, il me semble que ta définition est très large.

                Ce n’est pas ma définition, Alain, mais de ceux qui pratiquent « l’analyse comportementale », l’approche initié par Skinner. Le comportement dans ce modèle = tout ce que l’organisme fait en réponse à son contexte toujours changeant (aussi dans des domaines pas visibles pour des tiers personnes). Et oui, c’est une définition très large – qui porte ses fruits dans la pratique.

                Si j’ai donné l’impression que je dénie la possibilité d’une dimension non-conditionné, j’ai dû mal m’exprimer. Comme je disais, à pas mal de moments je me croyais +/- libre des conditionnements, et après je me réveillais, et je ne crois pas que je rechutais à ce moment dans un déni.
                Mais cela ne veut pas dire que cette possibilité n’existe pas… je ne suis pas si prétentieux que ça! (au moins je l’espère).
                Je crois que nous courons tous les deux le risque de devenir dogmatiques, dans des sens opposés: moi vers les déterminismes, toi vers la liberté. Peut-être nous pourrons nous équilibrer mutuellement?

                C’est peu poétique comme réponse, hélas. Et les beaux travaux de Frankl sont aussi partie un peu en arrière plan… Désolé pour cela. Il est temps de me coucher – et de rêver!

                • Maarten Aalberse dit :

                  L’orientation vers le sens de sa vie est aussi plus orientée vers le futur que la psychanalyse tend à faire. Et c’est entre autre là où Frankl et l’analyse comportementale se rejoignent. Ce dernier focalise plus sur les conséquences de ces actes que sur les causes (antécedents) qui sont si complexes. Et la création d’un futur riche en sens, crée maintenant par ses rêves et inspirations actuelles qui bien sûr ont leurs déterminants antécedents, nous donne une vision d’une plus grande espace, d’une plus grande marge de manoeuvre.

                • J’ai insisté volontairement sur la part de nous mêmes au delà des déterminismes – la conscience qui génère le Sens et les Valeurs – parce qu’il s’agissait d’un article consacré à Victor Frankl et je crois qu’il m’en sera gré.
                  Je crois aussi que depuis 400 ans que la culture occidentale dominante analyse les déterminismes de toutes sortes, il faut « tordre le bâton dans l’autre sens » et réintégrer une dimension spirituelle à l’être humain, afin de sortir de l’impasse de l’absence de sens. Là encore, au niveau thérapeutique, je crois que c’est l’intention de Victor Frankl.
                  Je suis très touché que dans les livres recommandés par Russ Harris dans son livre « Le piège du bonheur », le livre de Victor Frankl « Découvrir un sens à sa vie » arrive en 1ère position.
                  Par ailleurs, je suis certain que nous pourrons équilibrer et harmoniser nos positions différentes : c’est le coeur de la psychothérapie intégrative. Mais équilibrer ne veut pas dire renier ou rogner ses positions.

                  • Maarten Aalberse dit :

                    OK pour ne pas ronger, c’est pour cela que je dis que je suis ouvert à cette hypothèse d’une liberté qui transcende les déterminismes.
                    Et critiquer quelques idées d’une personne – Frankl dans ce cas-ci – peut très bien être une forme de respect.
                    Frank Visser critique Ken Wilber, justement parce qu’il aime et estime les idées intégratives de Ken.
                    C’est pareil pour moi envers Frankl.
                    D’ailleurs, je crois que la question « peut-on vraiment affirmer que le dé-conditionnement n’est pas un nouveau conditionnement? » ne peut pas être évitée. Ce qui ne veut pas dire que l’on peut trouver une réponse satisfaisante.

  2. Maarten Aalberse dit :

    « Steven Hayes rejoint là Victor Frankl et la nécessité thérapeutique de donner un sens supérieur à sa vie, j’espère qu’il lui rend hommage. »
    La réponse est oui, il lui rend hommage; comme il rend aussi hommage à la psychologie humaniste et notamment la Gestalt-thérapie et la Psychosynthèse – il cite le fameux exercice de dés-identification d’Assagioli.
    Et c’est encore plus le cas pour sa « main droite » Kelly Wilson, qui en plus fait régulièrement référence à Camus.

  3. Maarten Aalberse dit :

    « Mais pour moi, il ne s’agit pas vraiment de solidarité, compassion, altruisme, etc, qui sont des comportements issus d’un autre niveau de l’être, issus de ce qu’on pourrait appeler la Conscience. »

    Tout à fait, Alain.
    J’ai mentionné cette motivation grégaire comme une des moteurs primitives, associées avec des récompenses génétiquement « programmées », pour illustrer un des déterminants de la noble motivation pour la compassion – à ne pas confondre avec la capacité de la vivre et surtout de vivre selon cette compassion –

    Mon intention d’ailleurs n’est pas de proclamer une vérité, ni de tirer le sublime vers le bas, mais surtout de contribuer à une vigilance envers des idées un peu trop faciles sur la liberté de l’être. Et je partage l’observation faits notamment par des comportementalistes que souvent on parle de libre arbitre quand on ignore les déterminants de ses choix…
    Peut-on aller au delà tous ces conditionnements? Je ne le sais pas, je ne peux pas prétendre en avoir vraiment eu l’expérience (l’idée que je l’avait, oui, mais ensuite je me suis détrompé – au moins je l’espère…
    Un peu la même chose avec les maîtres que j’ai rencontrés, qui n’étaient pas si libre de condiotionnements qu’ils ne prétendaient (parfois) l’être…

    • Maarten Aalberse dit :

      Là, où je me sens peut-être le plus mal à l’aise avec le modèle comportementaliste selon Skinner, c’est un manque de poésie, ce qui expliquerait peut-être ce que je perçois parfois comme une rigidité dans la pratique comportementaliste: comme si la rigueur scientifique voulue amène facilement à une certaine durcissement. Je suis donc heureux avec la tendance dans l’ACT de développer des interventions basées sur des métaphores.
      D’ailleurs, Kelly Wilson, le développeur de l’ ACT avec qui je sens le plus d’affinité, est un grand affectif – et ça se sent aussi quand on le voit travailler, avec une empathie que j’ai rarement vu ailleurs, autre que dans les mouvances directement alliées à Carl Rogers.

      • Oui, il y a toujours eu divorce entre la science et la poésie, puisque la poésie s’occupe du monde invisible, du monde intérieur le plus profond, des mystères de l’âme et de l’esprit, tout ce que la science ne veut ou ne peut pas voir et qui constitue la fine fleur de l’être humain. A force de ne s’occuper que du visible, la science a privé l’homme de sa meilleure part. C’est pour cela que dans ce blog, il y aura beaucoup de poésie.

  4. Maarten Aalberse dit :

    Je crois que Frankl soit d’accord avec ceux qui disent que l’altruïsme, ou la générosité gratuite, est une des valeurs qui peut donner une vie son sens profond.

    Je viens de lire des recherches qui semblent illustrer que l’altruisme, même si le sujet croit sincèrement que son altruïsme est gratuite et qu’il n’a pas des motivations égocentriques en « calculant » les bénéfices qu’il en obtienda, lui est bénéfique non seulement sur le plan spirituel, mais aussi sur le plan social et matériel. Largement par ce que par ce genre de gestes il augmente la chance que d’autres personnes généreuses s’associent avec lui.
    Ainsi, « la vie nous récompense »; et quand on parle de récompenses, on ne peut plus nier combien la vie, même la vie spirituelle « conditionne » nos valeurs et sens…
    Bref, comment dans la vie active peut-on « échapper » aux apprentissages, donc conditionnements?
    Ceci pas pour rogner mes positions, mais pour aller au fond des choses. Il ne me suffit pas quand quelqu’un affirme que les grandes traditions (qui n’avainent pas les connaissance que les travaux psychanlytiques et la génétique) nous ont fournis. S’appuyer sur les traditions ets s’appuyer sur les apprentissages. Et apprentissage et conditionnement sont synonymes, non?

    Je crois d’ailleurs que l’attitude scientifique est spirituelle dans le sens que elle est basée sur l’assomption que on explore des hypothèses, on n’établit pas des vérités, et que l’on accepte des données qui déconfirment ces hypothèse et ainsi nous obligent à lâcher nos aprioris. Ces hypothèses sont ainsi aussi des phénomènes passagères ou impermanentes…

    On peut aussi être pragmatique et dire: « la possibilité d’une conscience libre des déterministes ennoblit l’humain par son inspiration, et c’est pour cela qu’il ne faut pas trop la critiquer ». En d’autres mots, dans notre accompagnement il peut être dans l’intérêt de la personne de parler en terme de libre arbitre. Je crois que c’est un argument valable – et c’est en cette esprit que dans l’ACT on parle de « valeurs librement choisies ».

    Il me semble important de différencier arguments pragmatiques (« qu’est-ce qui marche mieux? ») et arguments ontologiques (« quelle est la nature essentielle de l’humain? »)

  5. Maarten Aalberse dit :

    A ceux pour qui l’anglais ne pose pas trop de problèmes, voici le lien vers une courte présentation de Victor Frankl, dédiée aux jeunes en quête du sens.
    Et même ceux qui ne comprennent pas trop l’anglais peuvent apprécier l’énorme vitalité de cet grand homme… et avoir une soupçon de de son sens d’humour.

    http://www.ted.com/index.php/talks/viktor_frankl_youth_in_search_of_meaning.html