Vive « La Décroissance »

En ce début d’année 2013, je me suis réabonné au journal « La Décroissance ».
C’est le seul journal, où je trouve un peu d’air frais pour me réjouir la pensée.

Il y a de l’insolence, il y a de l’indignation, il y a de l’humour,
il y a la critique acerbe de la  décadence de ce monde,
il y a un foisonnement d’idées et de pratiques nouvelles,
il y a un mélange de désespoir et de rire,
il y a de la dérision et de l’imagination,
il n’y a aucune compromission possible,
il y a la colère et la tendresse,
il y a un parfum d’apocalypse au sens de révélation,
il y a la provocation pour réveiller de l’anesthésie générale,
il y a le gai savoir
il y a la création multiforme et l’insolente joie de vivre
– sous-titre : « Le journal de la joie de vivre« .

Croissance spirituelle, mutation nécessaire de la conscience humaine

Si j’avais à ajouter une idée, ce serait quelque chose du style :
La décroissance matérielle est certes de plus en plus nécessaire,
ne serait-ce que pour les dommages dramatiques, catastrophiques et irréversibles, que fait courir cette croissance économique compulsive sur notre environnement,
mais elle doit être équilibrée, mieux, elle doit être précédée
par la croissance spirituelle, intérieure,
c’est à dire une mutation significative de la conscience humaine,
c’est à dire la possibilité de renoncer à la plupart de nos activités compulsives d’hyperconsommateurs de biens matériels et d’informations informes et inutiles.
On appelle aussi cela l’Evolution de la conscience,
capable de se satisfaire de peu,
et de mettre des limites à l’excroissance folle du progrès matériel.
En ce sens, la décroissance ce n’est pas quelque chose que l’on veut obtenir dans la volonté d’un objectif,
c’est un état d’être consécutif à cette évolution ou mutation de la conscience humaine,
c’est savoir être là dans le contentement de ce qui est là,
sans chercher le « toujours plus » ou le « toujours mieux » d’une insatisfaction perpétuelle, dont le Système se nourrit, comme un ogre toujours plus affamé.

Merci Lao-Tseu !

Tout cela est connu depuis très longtemps comme en témoigne
Lao-tseu au 6e siècle ac J.C. en Chine ,
et cela fait toujours du bien à lire :

Si nos désirs sont innombrables,
Nos souffrances seront innombrables,
Plus on possède, plus l’on perd.
Qui sait se contenter demeure un homme d’honneur.
Qui sait où s’arrêter est à l’abri des périls.

(Tao te ching  44  (cartes éditées par La Courrier du Livre)
traduction en anglais Chao-Hsiu Chen, en français Claire S. Fontaine.)

« La Décroissance » de février 2013

Dans ce numéro de février 2013, il y a une bonne moisson d’articles intéressants :
un interview de Dominique Bourg , philosophe, professeur à l’Université de Lausanne, auteurs de nombreux ouvrages sur l’écologie,
participant au Comité de veille écologique de la fondation Nicolas Hulot.

Pour apporter des réponses appropriées aux difficultés que nous traversons, il faut d’abord employer les bons mots pour les qualifier.
Pour moi, il est clair que nous sommes dans une situation de pré-effondrement, comme l’a définie Jared Diamond dans son livre « collapse » (« Effondrement », gallimard 2006).

Nous atteignons des niveaux d’inégalité jamais vus dans l’histoire.
Jusqu’à la révolution industrielle, aucune région du monde n’était deux fois plus riche qu’une autre.
Mais aujourd’hui, pour donner un exemple, le Qatar est 428 fois plus riche que le Zimbabwe.
C’est une situation inédite : jamais les richesses n’ont été aussi mal réparties, concentrées entre les mains d’une minorité.
Jamais les écarts n’ont été aussi importants.

On arrive à l’extrême de ce à quoi peut aboutir l’individualisme forcené. L’insensibilité à la souffrance d’autrui est maximale. Et le pire c’est qu’elle est justifiée, légitimée : une minorité peut tout à fait accaparer les ressources de la planète et nuire aux autres.

Le déni de nos liens aux autres devient faramineux, et c’est une des raisons de notre décrépitude morale.

La pénurie matérielle va nous contraindre à revoir notre organisation, nos valeurs, nos modes de vie en profondeur.

Je ne m’appelle pas Madame Soleil, mais si je voulais m’amuser à faire des prévisions, je pourrais dire qu’on risque de vivre un mélange entre le délitement de Rome, qui a pris des décennies, et le 14e siècle, quand ce sont déroulés à la fois la guerre de Cent Ans, le petit âge glaciaire et la peste noire qui a fait des ravages et a occis un tiers de la population affamée…

Il y a aussi un bel article intitulé : « Numérique : des lecteurs… illettrés »
Je suis malheureusement, complétement d’accord sur l’analyse de cette terrible régression intellectuelle, à laquelle nous assistons en ce moment par l’excroissance – ce n’est même plus la croissance ! – du monde virtuel.
Le réveil au Réel risque d’être une terrible douche froide.
J’en parlerai sûrement dans un prochain article.

En attendant, j’espère que cette page suscitera un peu plus de commentaires que la poésie des articles précédents.
Au sujet de la poésie, cela ne m’étonne pas,
car, finalement la poésie se suffit à elle-même,
elle n’a pas besoin de commentaires,
c’est comme un diamant qui brille dans la nuit,
sa lumière est suffisante,
surtout quand il s’agit de la nuit d’internet…
Et j’ai l’impression, vu le nombre d’abonnés qui chaque jour s’accroit doucement,
que cette lumière devient perceptible de plus en plus.

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52 réponses à “Vive « La Décroissance »”

  1. marko dit :

    Bonjour Alain,

    Cela fait déjà quelques années que je n’ai plus acheté le Journal de la joie de vivre (peut-être parce qu’il manquait parfois un peu de joie justement), mais ton article me donne l’envie de m’y replonger… Il est en effet essentiel de sans cesse faire le lien entre les expériences intérieures et les autres dimensions de vie… équilibre parfois très difficile à maintenir… Consommer moins est une nécessité assez facile à accomplir, choisir les produits locaux plutôt que les supermarchés est également à portée… c’est pour ma part l’étape suivante que je peine à franchir… gagner en autonomie… je suis toujours dépendant de la machine pour mes besoins de survie… Je vois des possibles qui se développent autour de moi, j’échange, je me tourne vers ces possibles et cherche des moyens de les rejoindre…
    Il faut être patient, comme pour tout, aucun doute là dessus… maintenir une intention claire et déterminée… remercier pour ce que l’on a, ce que l’on vit… pour le fait de vivre… entretenir la joie, le feu de Vie… Survivre sans un chant et sans un rire, sans beauté et sans amour, à quoi bon? … Dans le fond, la survie de l’espèce n’a de sens que si elle perpétue le mouvement originel, que si l’Amour, l’innommable Source inonde nos coeurs, nos esprits et nos âmes de ses beautés, de ses vérités… Pour le reste, pour consommer, polluer, et détruire, des robots suffisent, il n’est pas besoin de souffle de Vie…
    Alors sentir qu’en Occident nous avons trop, même lorsque nous avons déjà peu relativement à la folie qui nous entoure… sentir que nous sommes trop peu, même si la Source souffle déjà sa chaleur sur nos habitudes…
    Changer par choix avec délicatesse, ou par la force dans la détresse… C’est là semble-t-il l’alternative qui nous est proposée par la Vie… Aussi, je me réjouis pour tous ceux qui avancent avec confiance dans leur métamorphose… et je souhaite à tous de se joindre au plus vite à ce mouvement des profondeurs… Enfin, nous sommes nombreux à être dans l’entre-deux… Là où le regard définit la trajectoire à venir…
    Alors oui, soyons « voyants », faisons-nous « voyants »!!! :)

    • Merci Marko pour ce beau message. Tu dis : « je suis toujours dépendant de la machine pour mes besoins de survie… Je vois des possibles qui se développent autour de moi, j’échange, je me tourne vers ces possibles et cherche des moyens de les rejoindre… » Je crois que de toute manière nous ne pouvons pas nous abstraire des machines, à moins de se marginaliser dangereusement. La question est effectivement de ne pas en être dépendant, c’est à dire être prêt intérieurement à en faire le deuil – ce qui ne devrait tarder selon moi pour beaucoup d’entre elles, qui créent des besoins totalement artificiels, des dépendances régressives et des dommages écologiques irréversibles, comme par exemple l’automobile.
      Tu dis aussi que tu te tournes progressivement vers d’autres possibles ; pourrais-tu nous éclairer plus précisément sur ces possibles ?

      • marko dit :

        Voila une excellente question! Difficile d’être bref… C’est comme pour passer à l’action, difficile de savoir par où commencer! :)

        Concernant ces possibles, j’en suis encore principalement au stade de l’observation de ce « Million de Révolutions Tranquilles » pour reprendre le titre d’un ouvrage parmi d’autres très encourageant… Dans un premier temps, il me semble nécessaire de fortifier sa conscience des possibles, tant on est poussés collectivement à la résignation et à la passivité. Je lis beaucoup et j’échange avec des amis engagés dans divers projets. Quand l’occasion se présente, je mets en des personnes qui ne se connaisent pas, mais mènent des projets similaires (et passent sûrement moins de temps que moi devant un écran, gagne-pain m’oblige pour le moment…) :)

        Quelques possibles faciles, même en tant qu’employé de bureau :): je n’ai pas de voitures, je participe à plusieurs organisations qui militent pour les transports alternatifs; j’évite les supermarchés; je voyage surtout à portée de train, j’évite d’acheter au maximum quoi que ce soit (j’ai le même téléphone depuis 7ans, le même ordinateur depuis 6ans – le précédent m’avait été emprunté à très long terme :) – je n’achète pas de nouveaux vêtements, pas de sodas, pas de fast food, pas grand chose en fait en dehors de livres, de nourriture, de bières (locales de préférence, ce qui est facile en République Tchèque:)), et de cigarettes (une contradiction parmi d’autres assumée comme les autres:))

        Pour la suite, participer à diverses associations, surveiller les projets locaux tels que Creative Gate en RT (un espace ouvert d’échanges qui offre des supports pour développer ses projets et le mettre en lien avec d’autres), European Alternatives dont je suis membre,…
        Et puis surtout, multiplier les relations humaines concrètes avec des amis partageant des aspirations proches… pour passer à l’action dès que possible avec des projets tels que « Les incroyables commestibles » (exemple parmi tant d’autres), la promotion de l’usage du chanvre technique (plusieurs assos très dynamiques en RT), tant de chose qui existent déjà… tant de personnes dont l’expérience peut nous inspirer!

        Par où commencer, et surtout comment continuer la transformation…
        Pour la suite, je suis à l’écoute de mon entourage, en recherche d’un lieu en République Tchèque où vivre de manière plus autonome… avoir un peu de terre à travailler…
        Et puis surtout, cultiver la joie de vivre, l’Amour pour le phénomène de l’existence, la patience, le silence, … militer, oui, mais dans la joie et sans jugement… pour ne prendre que les exemples de la voiture ou de l’avion, assumer ses choix, en parler, mais respecter d’autres approches… Cultiver la joie… depuis que j’ai 15ans, c’est l’engagement le plus durable et le plus subversif qu’il m’ait été donné de prendre… :) Cultiver la joie, la confiance en la vie, cultiver l’Amour, car sans cela le reste n’a aucune importance…

        Dernier point qu’il me semble intéressant à mentionner, il est important d’encourager et d’aimer tous les projets constructifs qui rendent leur autonomie à chacun, mais il n’est en effet pas opportun de se marginaliser… nous sommes tous liés et les expériences intérieures nous aident à prendre conscience de la force des évolutions, des choix de l’esprit sur les évolutions matérielles, celles que certains appelleront réel… Saisir et s’imprégner, se laisser traverser par les interractions entre réel et les illusions, l’Un et le multiple… Etre le changement que l’on veut voir advenir en ce monde: ce ne sont pas de vains mots… il nous faut pénétrer en profondeur la force de cet enseignement… l’Etre est supérieur à l’avoir et au savoir… aucun doute la dessus… l’Etre est ce qui reste lorsque le reste s’efface… Alors soyons dans la joie, soyons « voyants »… :) :) :)

        Désolé pour ce message un peu décousu… sans doute issu du bouillonnement actuel, de l’effervescence de la renaissance actuelle… Les idées claires s’énoncent clairement, et il me faut encore mûrir bien des aspects de cette transformation… :)

        • Ouah, Marko ! quel beau programme, quel beau partage ! Tout ce dont tu nous parles au niveau de l’incarnation de nos idées me semblent justes et intéressantes. Qu’est-ce que le projet Creative Gate en RT (RT ?) ? ça me fait plaisir d’apprendre qu’en Tchécoslovaquie, cela évolue dans le bon sens.
          je me retrouve bien dans tout ce que tu cites, dans l’idée de vivre le plus simplement possible – une « frugalité heureuse » diraient Pierre Rabhi et Patrick Viveret, en tentant d’éviter les plus gros pièges de la société d’hyperconsommation, aussi bien au niveau matériel que virtuel. Mais il faut être tout le temps en vigilance.
          J’ajouterai juste l’importance de l’alimentation : et d’abord refuser la viande : un des plus gros scandales de la marchandisation la plus cruelle de nos cousins les mammifères. Idem pour le poisson, il est de plus en plus pollué et trafiqué. Ne restent que les protéines végétales, les légumes et céréales bio + quelques compléments alimentaires.
          Pour ce qui est de l’Esprit et de l’Etre, en amont du « Faire », je me sens un peu en décalage avec toi, mais c’est peut-être la déformation de mon métier de psy et le fait d’habiter à Paris, au coeur de l’enfer. Je ressens la Joie, certes, ou plutôt le bien-être du moment présent avec comme pratique omniprésente : la méditation de la pleine conscience, mais cette joie n’est pas complète, elle est entachée d’une sorte de gravité ou même parfois de désespoir venant de ce que je vois autour de moi : toute cette inconscience, cette folie et cette souffrance humaine…
          Je suis loin d’être optimiste, même si comme tu le dis avec raison, ça bouge un peu partout en ce qui concerne l’évolution des consciences. C’est un peu comme si nous n’avions pas le choix d’oeuvrer à cette mutation de la conscience, tout en nous attendant lucidement au pire. Ma joie ne peut être que grave. Et c’est cela aussi qui me plait dans « La Décroissance » : il n’y a pas que de la joie, le rire est souvent grinçant. Sinon pour moi, ce serait trop mièvre ou ça se rapprocherait de la « pensée positive », une des choses qui m’iirite le plus actuellement en psychologie.

  2. marko dit :

    Creative Gate est une association qui met a disposition des espaces et des ressources pour des personnes menant des projets/entreprises visant a promouvoir l’autonomie de chacun concernant ses besoins primaires… C’est un lieu en perpetuelle creation, evolution… Ils organisent pas mal de conferences, d’ateliers et privilegient la mise en reseau par rencontres reelles plutot que par les outils internet (RT est pour Republique Tcheque)… Je pense qu’ici comme en France, il y a d’importants clivages dans la population et la majorite semble encore malheureusement toujours hypnotisee par les promesses de l’hyper consommation…
    Pour le reste, Pierre Rabhi et Patrick Viveret incarnent en effet des experience stres stimulantes…
    Aussi tres d’accord sur la viande, le poisson (meme si je mange encore des deux de temps en temps), mais plus que ca, c’est notre relation a la nourriture, les moyens de production, notre ethique d’omnivores (!) qui me semblent devoir evoluer… nous ne sommes pas des machines, mais des vies organiques interconnectees avec toutes les expresionsde la matiere… Un long sujet qui merite d’etre developpe et discute…
    Enfin, on est bien d’accord de distinguer la Joie de la « pensee positive »… la Joie peut s’accomoder de pessismisme, peut chercher a regarder les reels pour ce qu’ils sont… la « pensee positive » me semble dans la plupart des cas un simple deni de realite et ne me semble pas tres porteuse pour explorer nos profondeurs… Apres, dans le fond, ce ne sont que des mots, et ce que chacun y met derriere est susceptible de nuancer mon propos….

  3. marko dit :

    A propos de Creative Gate encore, voici leur manifeste (traduit a partir du tcheque par Google translate, mais on peut bien en saisir l’esprit):

    Devenir membre de la Porte de l’environnement partagé Creative ou à venir pour une consultation. Nous Recherche d’alternatives, de nouvelles idées et opportunités.

    Nous avons le courage. Nous n’avons pas peur indépendance et nous soutenons tous ceux qui se sentent de la même façon. Si nous sommes malheureux avec quelque chose, nous cherchons une alternative. Nous sentir et voir l’évolution de sa chance.

    Apprendre à travailler dans les communautés naturelles et nous sommes déterminés à créer ensemble, à travailler sur des projets réels, de nouveaux produits innovants et des choses.

    Le partage nous enrichit. La base est le partage de l’espace, de main-d’œuvre, des informations, des contacts, des opportunités, les coûts et les soucis aussi. Pourtant, nous apprenons à recycler et partager du matériel, des idées, de l’inspiration, des idées, des livres, de la musique et des vêtements … Nous nous sentons accomplissement dans reliant les personnes, les groupes, les idées et les projets.

    Loi de l’Attraction. Nous appelons cette énergie aussi invisible. Les bonnes choses, et les gens ont tendance à magnétiser. Nous avons constaté que nous attirons ce que nous pensons.

    Nous vivons hors ligne. Les outils modernes, les nouvelles technologies et la communication en ligne sont très proches de nous, mais nous ne voulons pas les faire vivre. Nous apprécions toute communication personnelle, rencontres et l’échange d’informations et la parole.

    Demain commence aujourd’hui. Immédiatement réaliser tout ce que nous croyons. Au moment où nous nous sentons le besoin de faire – faire. Seulement qui nous pousse et se développe.

    Nous sommes à la porte d’un nouveau monde que nous contribuons à créer. Nous avons un avant-goût de celui-ci pour former ensemble et de se comporter comme si elle était dominante. Signal d’accord fin et réaligner progressivement vers le nouveau système, comme indiqué par le logo.

    Commercialisation significative. Nous aider à promouvoir des choses et travailler sur des projets qui ont du sens, où l’on voit l’avenir et peut enrichir quelqu’un. Ces choses-là sont prêts à soumettre les gens véridiques.

  4. François Degoul dit :

    Cet échange Alain / Marko, je le trouve passionnant. Quelques remarques.

    1) D’accord Marko, quand vous parlez d’équilibre parfois très difficile à trouver.
    Quel équilibre par exemple entre temps passé en petits gestes d’amour pour la planète et temps passé en effort d’ascension intérieure par échanges, prière, promenade, méditation…?
    Quel équilbre par rapport à l’usage de tel ou tel objet? sur le renoncement à la voiture, à la viande, à l’écran…? Chacun, là-dessus a ses addicts (l’écran pour moi, le tabac et la bière pour Marko…); et quels sont les effets pervers à trop forcer? par exemple sur la viande, je me situe plus comme Marko en végétarien modéré (très peu de viande, environ 5kg/an, et moyennement de poisson, pas de fromage) que comme Alain. Mon médecin santé intégrative, le dr Tournesac, a constaté chez moi des carences, et il me donne de la vitamine B12 et de ces « compléments alimentaires » dont vous parlez, Alain. Mais qu vaut pour la planète l’industrie fabriquant ces compléments? je préfèrerais ne pas en avoir besoin.
    Ceci dit, c’est une évidence que la planète consomme trop de viande, et abuse de sa force technique pour occire boeufs, veaux ou chevaux; ça me paraît cruel, alors que tuer un lapin ou un poulet, ça me paraît encore acceptable dans le fonctionnement de la nature.

    2) Bien d’accord Alain, pour reconnaître que « la décroissance matérielle (…) doit être précédée par la croissance spirituelle intérieure », ce qu’illustre aussi implicitement le très beau propos de Marko.
    Le spirituel doit précéder, non seulement pour remplacer l’addict de consommation par un addict d’élévation intérieure, mais aussi pour imprégner très fort d’amour à l’autre et du sens des responsabilités: si je me fous de l’avenir que je laisserai à mes enfants, pourquoi abandonner égoïsme et pollutions?

    3) Où en est notre humanité par rapport à ces choix? Les « clivages » que vous observez, Marko (13/02 à 14h38) sont une évidence et l’addict consommation domine largement sur l’addict élévation.
    Pourtant, « le nombre d’abonnés (…) s’accroît doucement » (votre entrée, Alain) et pareillement « en Tchécoslovaquie ça évolue dans le bon sens » (votre réponse à Marko). Donc encore peu d’acteurs au travail mais, Alain, faut-il « désespérer »? Je préfère avancer, Le mouvement se prouve en marchant.

    4) Avancer, oui, mais comment?
    Vaste débat du comment dans l’ascension spirituelle;
    Si ce terme d’ascension, Alain, ne vous convient pas, parlons-en.
    Là-dessus, vous vous sentez (12/02 à 18h55) « un peu en décalage » avec Marko. Pour moi, inversement, tout ce qu’il dit non seulement me convient tout à fait, mais
    j’aimerais pouvoir le dire aussi bien. Par ailleurs, Alain, bien que je ne sois pas psy, je sais que toute réaction est à la fois objective et subjective, et je m’interroge sur
    ce qui vous attire dans le refus de la « mièvrerie » et l’attirance pour un certain « désespoir ».
    Dans quelle mesure vous considérez-vous comme masochiste, le masochisme influençant du reste la spiritualité (la croix, le martyre…).
    De formation (judéo)chrétienne, je ne peux « désespérer » de l’humanité (ni, logiquement admettre l’enfer éternel), mais ma fréquentation de l’autre m’a appris à respecter le « désespoir », le vôtre ou celui d’un Comte-Sponville, qui se dit « athée fidèle » et recherche l’amour évangélique.

    5) Pour moi, désepéré ou espérant, peu importe à partir du moment l’on accepte de s’écouter et d’avancer ensemble vers ce changement intérieur qui change la société et la terre…, et qui, comme tout psy, souhaite encourager chacun à plus de bonheur.
    J’ai dit « s’écouter ». Mes parents ne se comprenaient pas, et ma mère disait souvent à mon père « tu agis comme un fou ». Ca me révoltait, et ça m’a donné la passion du dialogue entre gens différents. J’ai appris l’espéranto. Son initiateur Zamenhof, voulait la fraternité entre gens de toutes langues et toutes religions.
    J’ai mes préférences spirituelles et nous avons tous les nôtres, mais je souhaiterais que ce blog, qui me fait régulièrement découvrir l’humilité légère et merveilleuse du taoïsme et qui se réfère régulièrement au « paganisme » et au « chamanisme », ne donne pas l’impression que les occidentaux issus comme moi du judaïsme, avec leur « décalage » et leur foi dans l’avenir de l’humanité fondée sur le témoignage accepté des prophètes, y seraient égarés.
    Ayant ressenti chez Marco cette foi dans l’humanité, je tenais à le remercier de sa contribution.
    Réunir tous ceux qui veulent se changer pour changer le monde, qui veulent le bonheur d’autrui, je ne sais pas trop si ça peut être l’objet de ce blog? Jepourrais bien sûr pour ça créer le mien, mais … un blog de plus….?
    Merci donc, Marco, d’avoir donné voix à une sensibilité spirituelle dans laquelle je me retrouve tout à fait, même si peut-être vous n’avez pas les mêmes références que moi.

    François Degoul

  5. Ah, François, vous voilà de retour, je m’inquiétais… Je n’ai pas trop le temps en ce moment de répondre en détail à votre message. Juste une idée qui me dérange : vous dites « remplacer l’addict de consommation par un addict d’élévation intérieure ». Pour moi, l’élévation intérieure, l’ascension spirituelle, l’évolution de conscience n’ont rien d’une addiction et si c’est le cas, mieux vaut consulter un psy : car il s’agit d’une spiritualité qui cache ou compense une névrose ou un dysfonctionnement intérieur. Il est vrai que j’ai rencontré dans les monastères et autres lieux spirituels, beaucoup de névroses, mais cela ne m’intéresse pas, sauf si les gens viennent consulter chez moi, et cela se traite comme les autres névroses.
    L’élévation spirituelle est pour moi une sorte de mouvement naturel d’expansion de la conscience – amour qui n’a rien à voir avec une une addiction, sauf qu’elle peut éclore ou émerger naturellement, quand toutes les addictions ont été nettoyées par un travail intérieur, préalable, nécessaire.
    Voilà pour le moment. bonne soirée.

    • Je voulais aussi vous dire, François, que je ne me reconnais pas du tout dans ce terme de « masochiste » qui ne peut être qu’une projection de votre part, quand vous disez : « Dans quelle mesure vous considérez-vous comme masochiste, le masochisme influençant du reste la spiritualité (la croix, le martyre…) – idem pour la croix et le martyre qui ne m’ont jamais inspiré.
      J’ai plutôt envie de dire que je me sens « réaliste », au sens où la Lumière cotoie l’Ombre, où la Joie se transforme en tristesse, le Jour en la Nuit, etc, etc. Je dirais même plus, comme Lao-Tseu :
      « Tout le monde tient le beau pour beau,
      c’est en cela que réside sa laideur.
      Tout le monde tient le bien pour le bien,
      c’est en cela que réside son mal. » Tao tö king 2
      C’est à dire que plus on implore l’Amour aux grandes orgues et la fraternité, plus son contraire risque de se développer : l’histoire humaine est malheureusement ponctuée de ce paradoxe et c’est être réaliste que de le reconnaître, de manière à ne pas tomber dans de faux espoirs, dont la superficialité peut paraître finalement mièvre.
      Quant à la Joie teintée de désespoir, n’oubliez pas, avant de me jeter la pierre et d’interroger mon métier de psy, qu’un de mes mentors s’appelle « Friedrich Nietzsche » et qu’il est à l’origine, comme le dit très justement Michel Onfray, dans son ouvrage sur Freud – que je crois avoir commenté sur ce blog – de la découverte – ou plutôt de la résurgence – de l’inconscient humain, c’est à dire de cette ombre, qui est l’immense face cachée de l’iceberg et dont il faut bien tenir compte, avant de fanfaronner l’Amour christique, que par ailleurs je révère.

  6. Catherine B dit :

    Je ne veux pas trop inférer dans votre discussion, juste dire deux trois mots du journal « La décroissance »

    Si c’est bien du même journal dont il s’agit Alain, je crois que j’y ai été abonnée un temps. Un temps, mais un temps seulement parce qu’en fait, à chaque parution,on nous présentait une personne normée, estampillée, « décroissante » et je trouvais qu’à force, ça faisait un peu stakhanoviste, ça m’énervait, parce que je trouve qu’avec cette façon de faire on fabriquait à nouveau de nouvelles normes, un peu figées et qui me donnaient un peu froid.

    Du coup, avec le prix de l’abonnement je suis allée boire un coup dans un troquet du coin, ça me donnait plus chaud, même si le houblon ma foi, il n’allait pas décroissant. ça faisait croître autre chose, comme de la bonne humeur et ça me plaisait davantage. Ce côté donneur de leçon et modèle à la clef, ça ne rentrait pas bien dans l’idée que je me faisais de cette posture décroissante, mais bon, ils ont peut-être revu leur copie, et ce qui plaît à l’un ne plaît pas forcément à l’autre. En fait, je les trouvais un peu tièdes pour tout vous dire…

    • oui, vous devez avoir raison, Catherine. En fait ce qui m’intéresse le plus dans ce journal, ce sont les articles de fond de certains auteurs que l’on ne rencontre pas ailleurs, parce qu’ils sont interdits de séjour dans la presse bien pensante.
      Par ailleurs la norme de la décroissance me plait, au sens où elle provoque vraiment dans ses racines la norme archidominante de la croissance, c’est comme un pied de nez décapant au Système.
      ça me choque un peu que vous mettiez sur le même plan le désabonnement de la matière grise d’un journal avec un coup de bière dans le troquet du coin, mais bon ! Il est vrai que j’aime bien hiérarchiser et moraliser les choses, surtout en cette époque du n’importe quoi.

      • Catherine B dit :

        Mais ça risque toujours d’être une autre bien-pensance c’est ça le hic, le danger et là je sentais que ça glissait furieusement là-dedans, mais bon ça reste personnel et c’est mon expérience, je ne dis que j’ai raison, c’est mon ressenti.

        Ne soyez pas choqué Alain,c’était pour rire que je parlais du houblon, allez bonne journée.

        Au fait j’ai répondu à votre billet positif-négatif.

        Bonne journée

  7. François Degoul dit :

    Très intéressant, ce que vous dites, Alain (14 février à 17h58).

    Je réagis sur deux points.

    D’abord, instruit par une cure psychanalytique de deux ans et demi (et mon psy avait jugé mon départ un peu rapide), je n’adhère pas tout à fait à votre discours mécaniste tendant à considérer la névrose comme un objet précis dont on se débarrasse.

    Mon psy lui-même m’a fait comprendre qu’on n’était jamais au bout en soi d’une incompréhensible part de somatisation.

    Il y a beaucoup de vrai, je crois, dans votre point de vue, mais en même temps nos blessures et souffrances passées laissent tout de même des traces dans le corps, dans le cerveau et dans les souvenirs, rendant plus empathiques à certaines souffrances qu’à d’autres. Ceci permet, je crois de comprendre -outre le rôle indéniable de l’éducation et du tempérament- la diversité des choix personnels, politiques, religieux, associatifs….

    Ainsi l’engagement politique de Jean-jacques Rousseau est né, il le dit lui-même, d’une violente expérience de l’injustice dans l’enfance, commme mon engagement pour l’intercompréhension est né de ma souffrance devant l’incompréhension de mes parents.

    Voilà pour le premier point.

    Second point, pour ne pas interférer avec le sens technique que vous donnez au mot « addict », j’en choisirai volontiers un autre.

    Quand Victor Hugo bouleversé par lamort de sa fille écrit « Voyez-vous nos enfants nous sont bien nécessaires, Seigneur », je ne me demande pas trop dans quelle mesure cet amour paternel était ou non névrotique (il semble qu’il l’était quelque peu), mais ce qui m’intéresse, c’est ce vécu humain que je partage : l’expérience du deuil, ne serait-ce que lorsqu’on perd ses clés.

    On découvre alors qu’on s’est attaché, que tel ou tel « objet » vous était « nécessaire », que sa perte fait souffrir comme la désintoxication fait souffrir le drogué. On sait que le drogué, le « patient », il faut l’aider par un produit de substitution, puis en l’intéressant à autre chose, par exemple un regard bien géré sur le sexe.

    Pour la frénésie de consommation propre à notre époque, je pense que ce sera un peu pareil, et qu’il y a en tout être humain une part de liberté et de marge de manoeuvre qui lui permet de lier son bonheur moins à la consommation et plus à telle ou telle pratique pouvant favoriser la vie intérieure, que je ne conçois pas seulement comme automatiqument née d’un nettoyage des névroses, même si je suis d’accord avec vous sur l’essence naturelle de l’élan spirituel et sur l’utilité de le libérer par la psychothérapie, en analysant ce qui l’inhibe.

    En tout cas argent, hyperconsommation, passion du jeu, amour pour ses enfants, pour son conjoint, passion de la recherche, art, spiritualité, tout cela, si je ne le nomme pas « addiction », je tendrais à le nommer « drogue » ou « passion », en ce sens je crois que nous avons plus ou moins besoin pour vivre d’un stimulant intérieur, et que le progrès consiste à s’élever dans le choix des passions ou stimulants possibles.

    Pour moi Je remarque que dans ma vie (sauf années de jeunesse névrosée) j’ai toujours eu un ou plusieurs intérêts passionnés qui m’ont fait vivre, qui ont connu des hauts et des bas, et qui se sont plus ou moins remplacés les uns les autres à mesure que je devais plus ou moins faire mon deuil de certains.

    Je crois qu’entre consommation et vie spirituelle, une réorientation de ce type attend les générations à venir.

    François Degoul

    • quand vous dites François : « En tout cas argent, hyperconsommation, passion du jeu, amour pour ses enfants, pour son conjoint, passion de la recherche, art, spiritualité, tout cela, si je ne le nomme pas « addiction », je tendrais à le nommer « drogue » ou « passion », » je ne me sens pas du tout d’accord. Je situe ces choses sur des plans ou des dimensions ou des niveaux d’être différents, si bien que je ne vis pas du tout mon intérêt ou mon expérience pour la dimension spirituelle comme une addiction, une passion, ou une drogue. C’est plutôt un état d’être complétement dépassionné, qui fait que je ne me battrai jamais pour le défendre, comme malheureusement la plupart des religions l’ont fait – ce fut tentant pour la psychanalyse d’y voir une grave névrose. Il lui est plus compliqué d’ailleurs de s’attaquer à la « pleine conscience » et à la méditation,- aussi l’ignore-t-elle superbement -, même s’il peut y avoir aussi dans ces pratiques des dérapages addictifs à pointer.
      Vous dites aussi : « je ne conçois pas seulement comme automatiquement née d’un nettoyage des névroses, même si je suis d’accord avec vous sur l’essence naturelle de l’élan spirituel et sur l’utilité de le libérer par la psychothérapie, en analysant ce qui l’inhibe. » Là, nous sommes d’accord : il n’y a pour moi aucun lien de cause à effet entre le nettoyage nécessaire des névroses ou plus généralement de l’inconscience humaine, avec l’élan spirituel. La plupart des psychothérapies qui s’occupent de cela sont d’ailleurs athées.
      Pourquoi certaines personnes se sentent appelées par la dimension spirituelle me semble assez mystérieux ou en tout cas multifactoriel. Ce que je sais, par contre, c’est que cet élan spirituel est d’autant plus pur et authentique qu’il est précédé ou plutôt accompagné d’un long travail de nettoyage ou plutôt de neutralisation des pulsions inconscientes qui nous animent et sont toutes au service de l’ego.

  8. François Degoul dit :

    Merci, Alain, de ces réactions très spontanées.
    Très attaché à l’intercompréhension, je crois qu’une partie de ce qui peut sembler entre nous divergences s’explique par des malentendus sur le sens des mots. Notamment les mots « élévation spirituelle » et « désepoir ».

    Vous me semblez en effet donner au mot « désespoir » un sens relatif lié au taoïsme, au mouvement de la vie, et, oserais-je dire, des humeurs.
    Montaigne disait:  » je ne peins pas l’être, je peins le passage ». En ce sens, non seulement, comme je le disais, ce « désespoir » ne me gêne pas, mais, à vous lire, je le comprends mieux.

    Seulement voilà. J’ai une façon de comprendre les mots formatée par la pensée chrétienne, où le mot « désespoir » évoque « enfer », « éternité », « absolu », « irréversibilité », « sucide », et quand je me trouve dans un état d’humeur exécrable, alors, comme l’enfant qui pleure, j’ai le sentiment (un psy athée en penserait ce qu’il veut) de tenir la main du Mystère aimant, Père/Mère.
    Alors pour ces moments désagréables, j’utiliserais les mots « mal être », « noir », « vide » (voire « nuit obscure » des mystiques), mais pas le mot « désespoir ».

    Quant à l’expression « élévation spirituelle » nous sommes bien d’accord pour y voir une donnée naturelle. Je suis personnellement très sensible à celle-ci, et notamment à la dimension humaine de l’émerveillement, dont j’ai beaucoup apprécié la mention chez vous.
    Seulement voilà: pas plus que l’amour humain ne se réduit au donné du coup de foudre, l’élévation spirituelle ne me semble se réduire au don mystérieux de la nature perçu intuitivement. J’admets en l’homme une part de liberté, qui « cultive » ce que la nature lui a donné.
    Physiquement on peut s’en tenir à respirer et laisser battre son coeur, ou choisir de faire du sport.
    Sexuellement, on peut observer ses élans et tensions intérieures en laissant le naturel les gérer sans partenaire, ou on peut décider de vivre à deux, et/ou d’avoir une descendance.
    Spirituellement on peut comme Montaigne s’en tenir à l’émerveillement du « Tout Bon il a fait tout bon », ou pratiquer tel ou tel exercice plus ou moins relié à tel ou tel groupe d’hommes.

    Tous ces choix se font en tâtonnant, à la recherche de ce qui paraît le meilleur, et ils peuvent apporter joies et peines. Quand ils apportent beaucoup de joie, alors, c’est comme un compagnon dans un couple, et je crois que tout engagement, toute pratique apportant beaucoup de joie crée un sentiment, un attachement, et que sa perte ou disparition crée une sorte de deuil.

    C’est dans la mesure où l’élévation spirituelle conduit à passer par des pratiques spirituelles et à nouer des liens humains qu’elle peut fonctionner comme un dopage, créer par exemple des « endomorphines » (cas du sport) et inversement produire des « deuils » vécus je crois un peu comme le sera un « sevrage ».
    C’est en ce sens que j’admets dans l’être humain un besoin de s’attacher, et une possiblité de s’élever spirituellement à travers des objets d’attachement: sans doute ne me contredirez-vous pas si je pense préférable de s’attacher à la méditation (attachement bonheurisant et peu addictif) que de s’attacher à l’argent, au tabac ou au pouvoir politique (attachements très addictifs aux nombreux effets pervers).

    Cependant, je reconnais aussi avec vous dans la vie spirituelle, au-delà des « attachements », une continuité, une sorte de sentiment de l’existence, qui va au-delà, et qui, je le crois comme vous, survivra à notre cerveau.

    Simplement, je ne suis pas certain que l’élévation spirituelle, pas plus qu’aucun amour, puisse échapper à des joies et des deuils, et je ne crois pas non plus qu’un deuil soit névrotique.

    Pour le « masochisme », j’ai entendu des gens se reconnaître masochistes et y voir une dimension normale du psychisme. Par ailleurs, définissant le désespoir comme je le définis, il est évident qu’accepter ce désespoir là serait du masochisme.
    Je vous ai donc sondé, avec peut-être un peu de provocation dont je vous demande pardon.
    D’un autre côté, ayant depuis ma jeunesse, en bon épicurien, toujours cherché la vie la plus heureuse possible, et reconnaissant une cohérence entre mon moi (capacité d’émerveillement et aspiration au bonheur) et les témoignages prohétiques du judéo-chistianisme bien compris, j’adhère à la croyance en un Dieu/mystère dont la volonté est de conduire l’humanité au bonheur par les chemins complexes de la liberté, et je m’interroge sur l’ampleur de la non-adhésion à ce point de vue « bonheurisant ».
    Au-delà de l’hypothèse un peu légère du masochisme, il y a, aussi, j’en ai aujourd’hui bien plus conscience qu’autrefois, tout le poids des mensonges, hypocrisies et exploitations religieuses conduisant à une forme de « réalisme » peut-être trop pessimiste.

    Vous dites à ce propos « plus on implore l’Amour aux grandes orgues et la fraternité, plus son contraire risque de se développer : l’histoire humaine est malheureusement ponctuée de ce paradoxe et c’est être réaliste que de le reconnaître, de manière à ne pas tomber dans de faux espoirs, dont la superficialité peut paraître finalement mièvre ».

    Bien sûr l’aimerais avoir des exemple historiques, mais à mon avis, si les discours d’amour et de fraternité développent leur contraire, c’est, je crois, par les hypocrisies et mensonges dont je parle. La cohérence entre le dire et le faire me semble un puissant antidote à ce dérapage. Le problème, je crois, c’est le manque de cohérence des prêcheurs. Voir par exemple comment le christianisme a progressivement introduit son ivraie.
    Ne cachant pas ma foi dans le progrès possible de l’humanité, je suis, comme disait Gandhi, dans l’obligation d’être le changement que je désire, et l’attachement à cette obligation me fait beaucoup oublier l’attachement à consommer…
    Mais dans quelle mesure, alors, modifier mes « pratiques  » d’élévation spirituelle? Je ne m’attacherais pas à votre blog si mes propres recettes me paraissaient le nec plus ultra.

    • difficile de vous répondre, François, pour la simple raison que plus un message est long et complexe avec de multiples idées, plus c’est difficile d’y répondre, et particulièrement sur internet.
      Je vais y réfléchir, mais j’essaierai d’être laconique dans ma réponse.
      bonne journée.

      • J’ai un peu de temps de nouveau pour vous répondre :
        – « le désespoir » n’est pas pour moi effectivement synonyme d’enfer, c’est plutôt une qualité, au sens où elle permet de se démettre de l’espoir. Pour moi l’espoir est le plus souvent un leurre dont il faut se méfier, au sens où il éloigne du moment présent.
        – « l’élévation spirituelle » est un mouvement nécessaire de l’Esprit ou de la Conscience dans son mouvement naturel d’autotranscendance qui consiste à devenir toujours plus conscient, toujours plus profond, toujours plus amour – ce mouvement se fait en incluant et transcendant comme le décrivent bien A. Koestler et Ken Wilber. Les pratiques spirituelles sont là pour préparer à ce mouvement d’autotranscendance, mais il faut généralement s’en méfier, car elles ne connaissent ni ne vivent de l’intérieur ce mouvement naturel. Elles peuvent effectivement dégénérer en de vulgaires addictions.
        – vous dites : « tout le poids des mensonges, hypocrisies et exploitations religieuses conduisant à une forme de “réalisme” peut-être trop pessimiste. » Je crois effectivement qu’il y a une intégration à faire entre ce réalisme, non point forcément pessimiste, mais s’occupant de notre part d’Ombre, afin de la neutraliser et de permettre à la Lumière de s’exprimer pleinement. Sans ce double mouvement, la Lumière n’est pas fiable.

  9. François Degoul dit :

    Merci, Alain, d’avoir bien confirmé ce qu je pressentais sur le sens que vous donnez aux mots.
    Le seul bémol que je mettrais, concernant « l’élévation spirituelle », c’est que je me situe moins, comme Ken Wilber, dans une démarche essayant de décrire systématiquement le processus humain « d’élévation » que dans une démarche de désir d’amour, je dirais platonique au sens philosophique du terme, et occupé sans complexe à satisfaire ce désir, par une intégration d’idées certes, mais plus encore par l’effort constant (et mesuré) sur moi-même, et le dialogue avec les gens les plus divers possibles pour gérer au mieux mon temps et mes biens dans les meilleures actions, je dirais les meilleurs « exercices » d’amour possibles.
    Ce qui m’intéresse, philosophiquement, c’est l’échange à coeur ouvert et appuyé sur l’expérience personnelle concernant le comment être heureux, individuellement et coollectivement.
    J’ai bien noté que dans ce cadre notre blog met l’accent sur la psychothérapie, que pour ma part je recommande souvent, et où peut-être je pourrais après mes deux ans et demi de jeunesse en analyse, refaire un tour chez vous???…
    et sur la « méditation », où il y a diverses écoles et que, me semble-t-il vous renvoyant l’ascenseur, je pratique de façon « naturelle » sans exercice particulier parce que la vie m’y amène.
    Ainsi, je suis en demande de dialogue sur l’effet observé chez soi ou chez les autres par les différents types d' »exercices » spirituels.
    Bien cordialement
    François

    • « je suis en demande de dialogue sur l’effet observé chez soi ou chez les autres par les différents types d’”exercices” spirituels. »
      Il y a différents types, effectivement, d’exercices spirituels, François. L’hindouisme m’a permis de les classer au moins en trois grandes catégories ou courants, ou voies, ou « boulevards ». Il y a le courant ou la voie de la « Connaissance » (Ajna yoga) qui s’adresse principalement à l’émergence de la Conscience, par le biais de toutes les techniques de méditation, mais aussi par toutes les lectures et réflexions sur l’histoire spirituelle de l’humanité – c’est à ce courant qu’ appartient Ken Wilber et auquel moi aussi je me réfère. Il y a la voie de l’Amour (Bakti yoga), la voie du coeur – nul besoin d’études ni d’exercices compliqués : c’est l’abandon à l’ouverture naturelle du coeur envers toutes les créatures vivantes, c’est la voie de Jésus, mais aussi de Ramakrishna. Il y a enfin la voie de l’Action (Karma yoga) qui est très bien décrite dans la Bhagava Gita – encore un livre de chevet. C’est une voie qui s’adresse sûrement en priorité aux Occidentaux perdus dans l’activisme le plus confus.
      A partir de là, on y voit plus clair, je crois – en tout cas en ce qui me concerne.
      Bon dimanche, le jour du Seigneur – j’aime beaucoup cette appellation…

  10. François Degoul dit :

    Merci, Alain de cet éclairage très instructif et qui aide bien au dialogue spirituel tous azimuths dont je rêve.

    1) D’abord l’Inde, plus orientale qu’occidentale, a été spirituellement bien plus en lien avec l’occident (Alexandre, l’islam, la naissance du dialogue interreligieux fin XIXème siècle) que par exemple la Chine. C’est davantage un lieu de passage et de contacts spirituels (même conflictuels) dont témoigne l’épisode Gandhi.

    2) Votre classement en trois voies recoupe d’assez près le classement des valeurs philospohiques: le beau, le bien, le vrai, auquel on a parfois ajouté l’amour. Bien que vous ne citiez pas l’art et la beauté comme voie spirituelle, votre blog en est largement l’expression; ainsi vous me donnez de nouveaux outils pour un dialogue sans tabous entre philosophie et religions sur le sens de la vie spirituelle.
    Je rêve depuis longtemps d’un tel dialogue, aujourd’hui disparu après quelques brillants épisodes: l’islam médiéval, Bergson, et j’en passe.
    Il en ressortirait que les religions mêlent aux pratiques réellement spirituelles des pratiques plutôt identitaires comme les fêtes, ou captatrices des faveurs divines comme les sacrifices et offrandes aux divinités.

    3) Votre classement suggère également complémentarité et dialogue entre les trois voies dont vous parlez.
    Par exemple la voie de l’action ne me paraît pas du tout la même chez Gandhi et dans le Baghavad-Gita (que je connais peu) parce que dans ce dernier l’action (la guerre) me paraît inspirée plus par le rôle social à remplir que par une spiritualité de l’amour, alors que Jésus ou Gandhi me paraissent des hommes d’action décidés à donner à l’amour une traduction pratique, et dont l’action est donc inspirée par la voie de l’amour.

    4) Quant à la voie de la vérité, immense débat, la philosophie et le gnosticisme la recherchent me semble-t-il plutôt en soi tandis que « sectes » et religions se réfèrent à un maître censé inspiré de l’intérieur (Bouddha, Jésus) ou de l’extérieur (Moïse, Mouhamad).

    Il me semble qu’une aproche « intégrative » a intérêt à acueillir et méditer le maximum de démarches.

    • merci, François, j’avais oublié la voie du Beau, éminemment spirituelle en son essence. vous avez raisons toutes les voies s’interpénètrent et s’enrichissent les unes les autres. En plus de ces boulevards, il y a plein de petits chemins de traverse…

  11. Catherine B dit :

    Si je peux me permettre François, il me semble à moi que l’action à laquelle se réfère Gandhi est justement celle de la Baghavad-Gîta. N’oublions pas que c’était son livre de chevet dans lequel il se retrouvait quand justement il avait l’impression de se perdre. Je réfléchissais la dernière fois à comment définir une action? Et c’est parce que je me posais la question et qu’elle était en suspend en moi, que j’ai pu entendre ce que disait une prof de yoga et qui me semblait diablement important. Elle disait que la différence entre mouvement et action, c’était la conscience, et donc une action est un mouvement marié à la conscience, donc la présence à ce que l’on fait et je trouve cela tout à fait juste et lumineux. Ceci dit, je demandais aux autres participantes si elles avaient entendu ce qu’elle venait de dire cette prof, et les autres de me répondre que non, elles n’avaient pas entendu. Comme quoi, me suis-je dit alors, on ne peut entendre que ce qui nous a posé question à un moment, comme si après avoir posé cette question en soi, nous restions en attention flottante jusqu’à ce qu’une res-ponse vienne s’agglomérer à cette question et constituer une lumière en nous, une intégration d’in-formation, comme une fascination. Bonne journée à tous, le tous intégrant les toutes!

    • « une action est un mouvement marié à la conscience »,oui, belle définition, Catherine, j’ajouterais une action « juste », par opposition à une action réflexe, venue du tréfond de l’inconscient.
      Mais alors qu’est-ce que la conscience, quand il s’agit de l’action ? Je suggérerai que c’est une vision globale et instantanée de la situation du moment présent qui permet de s’y engager avec justesse.

      • Catherine B dit :

        Mais alors dites-vous Alain, qu’est-ce que la conscience quand il s’agit de l’action?

        A cette question, je répondrai sans trop réfléchir, que c’est l’accueil, c’est à dire laisser se déposer en son coeur ce qui EST là sans jugement, avec le moins d’a priori possible et dire oui, OUI à ce qui est là, la vérité de ce qui se présente à nous et en nous.

        Et parce que l’on dit oui aux pensées qui viennent nous parasiter, aux émotions qui viennent nous titiller et au tout ce que l’on veut , alors il y a une rencontre qui se fait immédiatement, il n’y a plus le mur de la résistance, cette chose qui fait obstacle à l’écoute qui ne veut pas entendre ceci ou cela, et du coup, on peut alors ré-ajuster –le faire entrain de se faire–, le processus de l’action active car tout ce qui nous constitue y participe, pour aller vers l’étoile, car la destination est essentielle, il faut vouloir le meilleur, meilleur qui nous sert d’étalon et nous fait nous mouvoir, là est la vraie et juste action selon moi aujourd’hui.

  12. François Degoul dit :

    Merci, Catherine, de vos deux interventions d’hier qui m' »enrichissent », oserais-je dire.
    Et de fait, je partage complètement votre sens de la « conscience » comme attitude d' »accueil » permettant à chaque instant de réorienter son « mouvement » pour qu’il devienne « action » se projetant vers le « meilleur », notre « étoile ».
    Merci aussi de m’avoir donné envie de relire le Baghavad-Gita, et du coup de mieux comprendre ce blog, et notamment, Alain, de réinterpréter notre débat sur l’appréciation des « passions », que j’avais, suivant un usage humoristique de la langue, d’abord nommées « addicts », avant d’utiliser le terme bien plus modeste d' »attachements ».
    Or justement le Baghavad-Gita prône le « détachement » de tous « attachements », et c’est là où (comme envers Jésus et tout « gourou ») je me sens partagé.

    D’un côté Le Baghavad-Gita (que je n’avais lu qu’une fois il y a peut-être quinze ans) me paraît à ce jour un livre phare dans l’histoire spirituelle de l’humanité.
    Elle me paraît indépassable, cette tension intérieure dans « le détachement », ce sacrifice intérieur de l’ego fait au divin, au mystère immense un et multiple, auquel se ramène tout le contingent des apparences mouvantes.

    Mais d’un autre côté, je trouve dans le Baghavad-Gita de l' »humain trop humain », lié aux origines claniques, comme dans le Coran ou l’Ancien Testament: définir le devoir social uniquement comme « devoir d’état », et donc comme participation aux mécanismes des castes et de la guerre, pour moi ça ne passe pas. C’est en ce sens que Gandhi me semble se situer autrement, avec sa non-violence nourrie autrement.

    Quant à la notion de « détachement » (que j’assimile à celle d’un nirvana conçu positivement), même si j’y a adhère, ce « détachement » complet par rapport au plaisir et à la douleur me semble difficilement compatible avec notre animalité biologique, sinon éventuellement par ascèse démesurée et/ou inhumaine indifférence.

    Moi, anxieux, non à l’abri de la douleur insupportable, je ne me sens pas capable d’un « détachement » qui me rendrait égale toute douleur. Dans la douleur, je peux simplement adopter l’attitude d' »islam » au sens de « patience », de « paix intérieure », où coexiste derrière « la révolte des sens » dont parle Corneille, le repère sur un autre plan d’une lumière (une « étoile ») et une « Main » tenue permettant de passer ces ténèbres momentanées d’agonie.
    Je me pose donc la question: pour chercher « le meilleur », faut-il chercher à éteindre en soi tout « attachement », ou reconnaissant l’existence de l’attachement humain, rechercher les objets d’attachement les plus hauts…? et là on rejoint les sommets spirituels du Baghavad-Gita.

    • Catherine B dit :

      En fait dans tout ce qui nous occupe, on se fait fichtrement piéger et le piège, ce sont les mots, et pourtant sans les mots pas moyen d’échanger, d’entrer en relation, alors il faut faire avec eux, les bougres, et essayer de trouver ceux qui sont les plus simples mais ce n’est pas facile.

      Ce qui est intéressant dans tous ces textes fondamentaux, c’est que sous couvert d’être très poussiéreux, très, très vieux, ils sont très, très actuels.

      Actuels, pourquoi?

      Parce qu’en fait Arjuna, son champ de bataille n’est pas extérieur mais bel et bien intérieur.

      C’est un conflit de devoirs( deux voirs!) qu’il vit, et qui le paralyse et l’arrête.

      Les camps qui s’opposent et qui se font la guerre, ce sont les parties constitutives de son être qui combattent farouchement en lui.

      A quoi doit-il obéir?

      A la Puissance de VIE ou à ses identifications de caste etc, etc, qui chacune essaie de tirer la couverture à elle, et la crise qu’il vit dans tous ses tiraillements, c’est la crise qui exprime son dés-arroi. Il a perdu son arroi Arjuna, ce qui le tient d’habitude debout, il est désarçonné, perdu, en pleine confusion, il est hébété comme on peut l’être quand on vit dans ses entrailles ce genre d’événements bien douloureux.

      Il se laisse tomber à bas de son char et ne sait plus se relever, pétri d’angoisse, il n’est plus maître de lui et implore Krishna(ici Krishna, c’est le plus grand que nous, c’est la Puissance de Vie qu’on appelle à notre secours, mais tout cela, c’est symbolique car il faut bien user de subterfuge pour faire comprendre quelque chose que le lecteur ne comprend pas encore, un peu comme lorsque l’on est obligé de prendre un langage second, comme peut l’être la poésie ou le meuh-meuh de la vache quand on apprend à un enfant à faire le lien entre le mot vache et la vache qui fait meuh, c’est un subterfuge pour que le pont de la compréhension puisse se poser, enfin, moi je vois les choses comme cela.

      La notion de détachement est un concept très difficile car il il contient deux notions bien différentes qui pour moi peuvent s’illustrer en premier lieu par le fait de faire de la place en nous, faire le ménage en quelque sorte pour que dans un deuxième temps,on puisse se laisser traverser par la Puissance de Vie car il faut vider avant de remplir!

      Vider cela veut dire «  »se détacher des encombrants » », des identifications abusives qui ont été inscrites en nous par toutes les instances sociales, en premier lieu la famille, faire le tri, le distingo, qu’est-ce que je garde, qu’est-ce que je jette.

      Et quand le ménage est fait, qu’il y a un peu plus de place en nous, alors on peut se laisser «  » »possiblement » » » davantage rencontrer par les autres, tous les autruis de la relation et c’est comme plus facile alors, et ce détachement premier, nous fait alors nous «  » »attacher » » »( avec beaucoup de guillemets) attacher dans le sens d’aimer la fluidité de la vie qui coule sans vouloir la retenir de façon compulsive pour soi, aimer de façon plus libre les mouvements de la Vie, car on comprend peu à peu que si l’on veut parler pour elle, la Vie, c’est peine perdue, et du coup on prend une posture de déférence par rapport à la Puissance de Vie, on se met à son service, nous devenons un serviteur et perdons peu à peu la prétention de vouloir parler pour elle, de vouloir maîtriser un flux qui nous échappe complétement.ça, c’est dans le meilleur des cas, car pour ma part une vie ne suffira pas pour y arriver, mais bon, je chemine et l’important et d’être sur le chemin comme on dit.

      Je ne conçois pas du tout la spiritualité comme un chemin de re–non–cement qui dit non à tout. C’est bien au contraire un grand oui à la Vie, à l’incarnation, bref, c’est un chemin de libération, travail de libération de toutes les matrices sclérosantes qui nous enferment et dans le verbe enfermer, il y a enfer, l’enfer est là, dans toutes nos identifications à ses fausses images de nous. Arjuna fait ce travail, il met au monde son être libre, et l’accouchement est difficile.

      Tout cela reste une lecture personnelle et autant de lecteurs autant de lectures, il va sans dire. Mais cette vision honore la VIe et elle me fait du bien en me poussant à aller vers la Vie, j’ai besoin de cette étoile pour savoir que lorsque je tombe, et je tombe plus souvent qu’à mon tour, je peux relever la tête et me redresser et la voir dans le ciel, elle me plaît cette étoile pour tout vous dire.

    • vous dites François : « je trouve dans le Baghavad-Gita de l’”humain trop humain”, lié aux origines claniques… ». Je ne suis pas d’accord, je pense que la portée de la Gita est universelle et intemporelle, comme d’ailleurs l’Ancien Testament, ce qui en fait des livres de sagesse d’actualité, bien au delà de leur origine clanique ou féodale.
      Vous parlez de détachement dans l’action, ce n’est pas exactement cela. Il s’agit d’agir sans rechercher les fruits de l’action, c’est à dire de manière non egotique, et cela devient particulièrement difficile dans des situations extrêmes, comme par exemple les situations de guerre, qui sont elles aussi malheureusement intemporelles.
      Nous en avons un exemple avec la Résistance pendant la dernière guerre mondiale : nombre de pacifistes qui étaient nombreux en France à l’époque, ont dû prendre les armes et appliquer sûrement les préceptes de la Gita – souvent sans la connaître d’ailleurs -, par une sorte de motivation intérieure transcendante, au delà de l’ego et de ses motivations personnelles.
      Et peut-être que toutes les grandes actions se font ainsi, par un élan qui outrepasse notre point de vue personnel, limité.

  13. marko dit :

    Une discussion passionnante. Comme tu le pressentais Alain, cet article suscite bien des commentaires et des réflexions inspirées… Je n’ai pas le temps d’écrire tout se qui me passe par la tête en lisant tous ces nouveaux commentaires, mais me permettrai de partager mon dernier poème qui fait écho à ces discussions.

    Epoque Etrange

    Quelle époque étrange,
    Où il est si facile de freiner
    Les élans les plus sincères
    De nos destinées.
    Vivre l’instinct, à l’instant ;
    Nous ne savons rien,
    A peine vivons nous par moment.
    Trop de certitudes et d’images,
    D’histoires qui nous mettent en cage.
    Déconstruire les frêles assemblages
    Qui gouvernent nos trajectoires.
    Faire le choix de l’ignorance,
    Humilité nécessaire à la connaissance,
    A l’alchimie du grand Tout.
    Chacun, questions en réflexions,
    En suspension sur le fil des actions.

    Quelle époque étrange,
    Où la mort se tient à portée
    De nos ententes malades,
    En mal de Vérité,
    De vacuité, d’espace, d’émotions
    Qui s’enlacent en paix symphoniques.

    Quelle époque étrange
    Où l’on met l’Amour en rayons
    Sur des étagères de définitions barbares,
    De concepts disséquant le Néant.
    L’Amour est plus vaste que les éléments.
    Le chimiste manque ce que l’alchimiste
    Vit en théorème d’existence.
    La ligne de présence,
    Qui rénove les sciences, les silences,
    A la mesure des besoins de l’espèce.
    Présence rugissant en silence,
    Rage sincère de l’espérance.

    Mettre en lumière le génie
    Qui transcende les démons,
    Mettre en lumière les promesses de la source.
    Non, pas des promesses,
    L’expérience de ces vents inspirés.
    L’essence d’une chaleur qu’on ne peut dompter.
    Prendre le temps, dire merci,
    Viser à l’harmonie pour élancer les perspectives
    En un profond mouvement intérieur.
    S’imprégner de lumière, d’amour, de silence,
    Et prendre son temps…
    Les profondeurs appellent des choix sans horloge,
    Sans éloges, sans personne pour regarder.
    Seul, Témoin, sans masque face à face,
    Libérer la Beauté, l’élan de vie.

    L’Amour, la rage, la Vie,
    Une trinité pour cette époque étrange.
    L’Amour avant tout, avec Tout ;
    La rage pour écraser les démons de l’éveil,
    Et la vie, car la source veille à nos bourgeonnements.
    L’Amour, la rage, la Vie ;
    La reconnaissance, le partage, l’Esprit…
    Blablabla, des mots…
    Qu’as-tu en ton Esprit ?
    Je ne sais si j’écris pour moi, pour toi…
    Sûrement pour Nous, mais pourquoi ?…
    Chacun son idée pour vivre l’élan de l’expérience,
    Chacun ses vérités accordées à la Source des silences.
    Quelle époque étrange,
    Si sourde au silence…

    ML (2013)

    • Je dis la même chose que François : « quel beau poème Marko ! » dans la droite ligne de ce que j’attends de la poésie. Je me suis empressé de l’imprimer, peut-être un jour en ferons nous un recueil de poésie, de tous ces textes précieux déposés sur le blog, avec la rage contre les démons de l’Eveil – je pense en l’occurrence aux maisons d’éditions bien françaises.
      Juste une remarque sur le blablabla des mots. Même la poésie en a besoin ! Il faut donc reconnaître que certains mots ne sont pas du blablabla et qu’ils sont une Voie vers l’Esprit, vers le Silence, vers l’Eveil – autrefois on appelait ces mots le « logos » et c’est Héraclite qui en a parlé le mieux de ses poèmes lapidaires pour parler de l’Etre.

  14. François Degoul dit :

    Quel beau poème, Marko. Je voudrais m’exprimer aussi beau, et du coup je relativise l’intérêt de ma propre écriture, plus critique et socratique…
    J’avais envie de répondre à Catherine et Alain sur LA (j’avais écrit « le ») Baghavad-Gita, mais je serai bref.

    D’abord, Catherine, je partage tout à fait votre sens du « détachement »: « se détacher des encombrants », tous ces objets qui nous occupent.
    Jésus disait au jeune homme riche: « vends tout ce que tu as, donne le aux pauvres, et suis-moi ». Cette « étoile » là, c’est la mienne depuis des décennies…
    Mais je suis attaché à tellement d’objets, de papiers plus ou moins utiles ou liés à des souvenirs …
    J’ai pris il y a trois ans le taureau par les cornes. Tout ce qui peut faire sens pour mes descendants, je le leur lègue dans un testament spirituel où j’explique le sens de ce que je laisse;
    et le reste, je jette… sauf le très peu à vocation particulière.
    Tout ça prendra du temps;

    Dans le même sens, en plus réaliste, je lis ceci dans l’Evangile donné à Arès dont j’ai déjà parlé:

    « des générations repentantes camperont sur ce désert pour en fouiller le sable comme une mine,
    Y retrouver la Vie. »

    Ainsi j’aime que La Baghavad-Gita vous aide à vivre, vous bonheurise, Alain et Catherine.

    D’un autre côté, Alain, votre allusion à la Résistance me renvoie à Gandhi, à qui on demandait si on pouvait utiliser la non-violence contre Hitler, et sa perplexité, je la partage.
    Ainsi, de la Baghavad-Gita je fais une lecture ambivalente parce qu’assez analytique, peut-être un peu myope, mais en tout cas inspirée de ma formation: passer les textes au peigne fin pour tenter de les cerner de près.
    Ainsi quand je parle d’attachement / détachement, ou de « devoir d’Etat », je ne fais que citer des mots récurrents dans le texte.
    Alors, si le propos central de ce « chant », c’est bien d’agir sans chercher son intérêt, il y a tout de même à l’arrière plan d’autres choses qui me gênent, et notamment cette acceptation du combat parce que « le déshonneur est pire que la mort » (II/34).
    Justifier ainsi le meurtre de sa propre famille (I, 26 à 31) ne me paraît pas comparable à l’attitude des résistants, sur laquelle je ne peux pas porter de jugement, mais qui relevait de motifs plus réfléchis.
    Le fait que le caractère « sacré » accordé à un texte ne doive pas en empêcher une lecture critique, et le fait que l’échange de ses impressions dans un climat de fraternelle égalité facilite l’élévation spirituelle, ça me paraît aller de soi.

    • « Justifier ainsi le meurtre de sa propre famille… » : je crois qu’il faut prendre « famille » en un sens métaphorique, François. Il s’agit de la famille des humains, alors ça prend un autre sens qui rejoint les Résistants pacifistes qui ont dû prendre les armes contre leurs frères allemands. Le même dilemme inspiré par Krishna…

    • Catherine B dit :

      L’évangile donné à Arès dites-vous François, je ne sais pas de quoi il s’agit.

      Vous savez François, j’ai le sentiment que ce que dit la pensée indienne est conforme à ce que disent nos évangiles, c’est dit autrement, mais le coeur de ce qui est dit est de même nature.

      Je comprends votre difficulté à vous défaire de certaines choses, nous passons tous par là et bien peu y arrive complétement à s’en défaire, en tout cas, ce n’est pas encore mon cas mais je m’y essaie.

      Plus que de défaire dehors, mon expérience personnelle me dit que c’est dedans que ça a du mal à se détacher. C’est cet attachement-là qui pour moi est le plus rude. Des trucs auxquels je m’attache, des images, parce que ça correspond à des images familiales que j’aime, et qui pourtant ne m’ont pas fait que du bien puisque la récolte en m’identifiant à elles, n’a pas été que bonne. Je le vois, je le sais, maintenant il me faut le com-prendre, le prendre en moi, sentir ce que ça fait au-dedans de moi comme au-dehors et puis laisser passer le souffle en me disant que lorsqu’il sera l’heure, il sera l’heure, j’ai travaillé mon champ et j’ai enlevé les mauvaises herbes qui risquaient d’asphyxier les bonnes graines, ensuite, advienne que pourra, j’ai fait mon boulot.

      A propos de ce que vous dites du propos central de la BG, je comprends pour ma part que lorsque le vin est tiré, il faut le boire. Ainsi, avant de savoir, on ne sait pas. On fait des erreurs, mais entre ces erreurs réellement faites et les fruits de ces erreurs qui nous reviennent en boomerang quelque fois longtemps après, on ne saurait au prétexte que maintenant, on a compris, parce qu’on a grandi, fait un travail d’introspection, cela ne suffit pas, on a compris certes, mais maintenant il faut assumer ces erreurs nos erreurs, et donc les honorer, mais en éclairant désormais nos pas de cette co-naissance, c’est une loi supérieure alors qui joue et qui dépasse ici le c’est bien, ce n’est pas bien, ça doit être fait car c’est ainsi que s’ordonne le mouvement vital. Là, je n’ai plus le temps, je dois partir mais si je vois d’autres choses je me permettrai de les noter à la suite.

    • Catherine B dit :

      Je reprends ce que vous dites François pour y ajouter quelques petites choses que j’ai peut-être oublié ce midi, quoique l’essentiel ait été dit à mon sens. N’empêche, je relis.

      Vous dites: »Alors, si le propos central de ce “chant”, c’est bien d’agir sans chercher son intérêt, il y a tout de même à l’arrière plan d’autres choses qui me gênent, et notamment cette acceptation du combat parce que “le déshonneur est pire que la mort” (II/34). »

      C’est un terrible combat que celui d’Arjuna, je le sais car c’est celui que je suis entrain de vivre. Un conflit de devoir ça s’appelle, une vraie vacherie mais à laquelle on ne saurait se soustraire.

      On constate amèrement, les fruits d’actes anciens issus d’un aveuglement terrible, mais il y a du temps qui est passé depuis lors, on a changé, on a vu, senti, goûté, entendu toutes les fausses et douloureuses sonorités du temps passé.

      Le temps est passé, mais c’est le présent qui récolte les fruits de ce passé, et là, le désarroi, la perte de tout repère se fait sentir cruellement, douloureusement, âprement, on ne sait pas à quel saint se vouer, mais pourtant il faut bien avancer.

      On voit les erreurs commises, et l’on sent que l’on ne pourra pas s’en laver les mains comme ça. Il va falloir les porter ces erreurs mêmes si ces erreurs ont été faites sur l’autel de ce qui semblait juste à l’époque, aujourd’hui, le retour de vapeur nous dit le contraire.

      On comprend alors la méprise et l’on comprend aussi qu’il va falloir assumer cette erreur et ne pas se défausser, c’est cela l’honneur, car le déshonneur serait pire que la mort.

      Ce texte me parle, comme me parle les évangiles, comme me parle le Tao, comme me parle la cabale, ils disent tous de nos manques, de nos déchirures… de mes manques, de mes déchirures…

  15. Catherine B dit :

    Vite, vite avant de partir travailler! Ce billet » la décroissance » dit bien de la posture qu’il nous reviendrait d’exercer si nous étions de vrais disciples la vie. C’est à dire commencer à décroître dans le sens de nettoyer et d’aérer notre terre propre, d’enlever les encombrants qui n’ont plus rien à y faire mais de garder ce qui est juste, principe de discernement à construire sur les épreuves de la vie que la vie ne manque pas de nous laisser rencontrer, boulot de femme de ménage et de jardinier somme toute, pour laisser croître, laisser croître et ne pas éteindre comme certains pseudo-sages osent l’affirmer, le principe d’incarnation, la chair qui se fait chair car elle intègre les in-formations, principe qui nous origine, c’est à dire le Principe vital, ce Prince comme le mot Princeps nous le dit à qui il nous reviendrait de faire obédience, mais c’est erratique ce chemin, difficile, jamais atteint, et heureusement ma foi, bonne journée!

  16. Catherine B dit :

    Allez, avant de partie, laisser vous rencontrer par ce texte et voyez ce qu’il fait en vous…

    Le faucon et le pigeon

    Il existait un roi très juste. On disait même qu’il était le roi le plus juste de la terre. Un jour, un pigeon vint s’abattre sur la cuisse du roi et lui demanda sa protection.Je te l’accorde, lui dit le roi.

    A l’instant même, un faucon maigre se posa sur une branche voisine et dit au roi:

    -Ce pigeon m’appartient. Donne-le moi.

    -Non, dit le roi. On ne livre pas un animal effrayé à son ennemi.

    – Tous les justes de la terre, lui fit remarquer le faucon, disent que toi seul mérites le nom de juste? Ce pigeon doit calmer les angoisses de ma faim. Livre-le moi.Le roi abaissa son regard vers le pigeon, qui semblait apeuré, et dit au faucon:

    -Regarde ses formes tremblantes. Il m’a confié son existence: je ne peux pas l’abandonner.

    -C’est par la nourriture que tout subsiste, déclara le faucon. Sans nourriture, pas de vie.

    Depuis l’origine des temps, par la succession régulière des choses, ce pigeon a été désigné pour être ma nourriture aujourd’hui. Donne-le moi.

    -Ma parole, dit le roi, est plus forte que le destin.

    – Plus forte que le Dharma? (Dharma= La loi de la droiture, La Loi avec une Majuscule, de la marche correcte du monde)

    -Assurément, répondit le roi.

    Le faucon parut alors frappé de faiblesse.

    – Privé d’aliment, dit-il, mon souffle me quittera. Avec moi périront mon épouse, mon fils: une foule de vies contre une seule vie. La vertu qui détruit la vertu est une fausse vertu, je te le dis, une vertu cruelle.La vraie vertu surmonte les contradictions, nécessairement. Elle pèse le pour et le contre et décide pour ce qui est juste. Une vertu qui ne décide pas n’est pas la vertu.

    – Le roi, qui écoutait attentivement le langage de l’oiseau répondit:

    -Ce que tu dis est plein de sens. Mais comment l’abandon d’un être vivant, qui a besoin de secours, comment cette action peut te sembler bonne? Tu peux manger autre chose, un taureau, un sanglier, une gazelle!

    -Les faucons ne mangent pas les sangliers. Les faucOns mangent les pigeons. C’est une loi éternelle, c’est le Dharma des faucons.

    -Je te donne ce que tu veux! s’écria le roi. Je te fais apporter un bœuf entier! Je te donne tout mon bétail, tout mon royaume! Mais je ne te donne pas ce pigeon.

    Après réflexion, le faucon dit:

    -Je n’accepterai qu’une chose.

    -Dis-moi.

    -Si tu as un tel amour pour ce pigeon, coupe un morceau de chair de ta cuisse droite, du même poids que cet oiseau, et donne-le moi.

    -Qu’on apporte une balance! ordonne le roi. On apporta une balance.On plaça le pigeon tremblant sur un des plateaux.Le roi saisit une lame effilée, se coupa un morceau de chair et le mit sur l’autre plateau. Mais le poids de l’oiseau dépassait celui de la chair. Le roi se trancha un autre morceau de cuisse et le jeta dans la balance, qui ne bougea pas. Il se coupa un autre morceau, et un autre encore. Mais le pigeon tait encore plus lourd que sa chair.

    Le roi se coupa l’autre cuisse. Il coupa ses bras, sa poitrine, il coupa toute sa chair. A la fin, n’étant plus qu’un squelette sanglant, il monta lui-même sur le plateau. Et la balance ne bougea toujours pas.

    Le corps du pigeon était plus lourd que celui du roi.

    -Nous sommes venus ici pour te connaître, le pigeon et moi, toi qu’on dit l’homme le plus juste du monde.Et les deux oiseaux s’envolèrent ensemble.

    Extrait Le Mahabharata

    • ouah ! quelle histoire Catherine, à méditer longuement avant de répondre, La journée de travail ne peut être que bonne pour vous, après un tel texte…

      • oui, Catherine, métaphoriquement l’histoire me semble claire : la fidélité à ses valeurs jusqu’au sacrifice de soi-même, Mais en même temps, cette histoire me laisse un peu perplexe, peut-être parce qu’elle me semble excessive et surtout parce qu’elle me rappelle un souvenir pénible, lors de mes pérégrinations en Inde, il y a très longtemps. J’ai rencontré un jour un sadhu qui se coupait un morceau de bras à chaque fois que se déclarait une guerre dans le monde. Il avait deux moignons assez insoutenables à regarder et me dévisageait avec des yeux de braise d’une intensité qui me glaçait le sang. Il était considéré dans toute la région comme un saint homme, vénéré comme un dieu. Peut-être avait-il trop lu le Mahabharata, mais je persiste à croire qu’il était un peu, beaucoup dérangé.

  17. Catherine B dit :

    Mais justement Alain, c’est là, toute l’erreur de cet homme qui n’a pas su usé de discernement et qui se trompe de vertu. La vertu qui détruit la vertu est une fausse vertu, se mortifier ce n’est pas vivre. On peut se réclamer de Dieu sait quoi, si dans les faits on fait le contraire de ce que l’on dit, alors, on n’a rien compris, non?

  18. Catherine B dit :

    j’ai fait une faute, ce n’est pas usé mais user, Alain, soyez gentil, corrigez svp

    • ah, non, Catherine, je ne vais pas jouer au prof de français, j’ai déjà donné dans une vie antérieure, c’était pour moi une horreur !
      Pour revenir à nos moutons, ce roi le plus juste de la terre, n’est-il pas aussi dans une sorte de mortification excessive, une fidélité à son engagement devenue folle ? Expliquez moi, expliquez nous.

      • Catherine B dit :

        Moi, je n’en sais rien, chacun lit ce qu’il a, à y lire.

        Moi, ce que j’en lis de cette belle histoire, c’est que ce roi qui est dit juste n’est pas si juste que cela.

        Et c’est le faucon et le pigeon qui viennent éprouver cette qualité qui se révèle être infondée.

        Infondée pourquoi?

        Parce qu’il n’est pas juste ce roi, au prétexte, sous de bons prétextes en apparence, mais en apparence seulement, au prétexte de protéger pour lui en fin de compte et la fin de l’histoire vient en apporter la confirmation, pour lui tout en disant que c’était pour le pigeon, aveuglé qu’il en est notre pôvre roi de vouloir protéger, pour son plaisir à lui, celui de se dire comme il a pu se le dire jusqu’à tout perdre de lui, moi, moi, moi je suis le « bon » défenseur de ce pigeon fragile, je suis un roi juste et je vais protéger ce pigeon de tous les dangers du monde .

        C’est diablement prétentieux une telle posture et c’est enlever au pigeon son aura de sujet et en faire un objet, objet de convoitise biaisée de surcroit, biaisée doublement par l »image fausse que cela renvoie au roi de lui-même, c’est contrevenir alors à l’ordre du monde qui dit que pigeon et faucon sont faits pour se rencontrer et advienne que pourra. C’est la grenouille qui se fait plus grosse que le boeuf ! C’est le serviteur de la nature qui se fait maître de la nature en quelque sorte et donc ce n’est pas juste, car nous sommes au service et non maître.

        Car c’est alors contrevenir à l’ordre du monde qui sous-tend le Monde, c’est de la mièvrerie, de la sensiblerie de bas étage qui risque si ce mouvement se répète par trop, de déséquilibrer complétement l’harmonie du monde et en faire un chaos, exactement comme ce que l’on vit aujourd’hui dans tous les espaces sociétaux.

        Et en pensant abusivement être juste, il signe par ce signe-là toute l’injustesse d’une telle posture.

        Outrecuidant comme il est, il en va jusqu’à se mortifier complétement pour obéir à sa première idée, sans même la questionner.

        Or, l’homme est question comme aiment à nous le rappeler nos amis hébreux et si cette question vient à le quitter, alors il risque fort de glisser vers des abîmes infernaux comme ce roi que l’opinion disait juste et qui s’avère être un pauvre diable perdu dans les eaux usées de son image bien pleutre.

        Il ne fait pas le poids, d’ailleurs la balance vient lui dire!!!

        • Catherine B dit :

          Et donc, c’est trois choses qu’il n’a pas respecté ce soi-disant roi juste.

          1)Lui-même

          2)le pigeon et donc le faucon

          3)et l’ordre du Monde

          Dans le devoir, qu’y-a-t-il?

          Décidément les mots, si peu qu’on les aime et que l’on fasse attention à eux, nous disent tout et ouvrent leur coeur, alors ouvrons…

          Que veut dire »devoir » au juste pour nous occidentaux?

          Y a-t-il un devoir «  »UN «  »qui réunirait tous les humains?

          Pour nous, si je ne m’abuse, ce que l’on met dans ce mot obéit à toutes les images CONTRAIGNANTES que nous a construit la socio- culture dans laquelle nous baignons et qui seraient peut-être différentes si nous étions nés dans une forêt profonde de la Papouasie…

          Si nous en restons là, à cette lecture là, c’est à dire une lecture littérale et complétement scotchée aux apprentissages intériorisés d’une valorisation sociale qui va dans le sens de ses intérêts à elle, la socio-culture, c’est un peu pauvre même si elle n’a pas tort à tous les coups cette socio-culture, n’empêche il nous revient d’interroger le bienfondé d’une telle croyance…

          Et si l’on s’interroge ce mot, on en vient donc à une deuxième lecture, moins superficielle, plus profonde c’est à dire que l’on en vient à ce deuxième voir, devoir=deux voirs, qui lui est plus respectueux et qui interroge la croyance en ce devoir non pas en terme de société précise mais en terme d’ordre naturel du Monde, ce qui soutient le Monde et là, c’est comme plus décoiffant mais cela oblige à se déplacer de point de vue et c’est un travail, un questionnement, ça oblige à s’arrêter et c’est ce que n’a pas fait ce roi que l’on disait juste en superficie mais qui en profondeur ne l’était pas du tout.

          Et ça rejoint Saint Paul qui disait je crois la lettre tue seul l’esprit vivifie.

          L’esprit c’est peut-être l’espace qui permet la distanciation et qui nous permet de voir de plus loin, mettez donc un texte très près des yeux, vous ne verrez rien!

          Voilà ce que je retiens de ce beau, très beau texte

          • Je suis ok Catherine avec votre commentaire : ce roi juste est donc un contre exemple de la justesse. Toutes les raisons que vous avancez sont justes, j’en ajouterai une : ce roi se prend vraiment trop au sérieux, et c’est souvent comme ça avec toutes les valeurs, avec tous les devoirs : certes ce sont des références importantes du sens de la vie, mais la vie est bien trop multiforme et complexe pour qu’on s’y attache, d’ailleurs elle s’arrangera toujours pour vous le faire comprendre, comme le montre à mon avis cette histoire.
            Le Tao parle aussi très bien de cela : trop de vertu amène la non-vertu ; trop de devoir entraîne le non-devoir, trop d’amour sème le désamour, trop de non-violence exacerbe la violence, etc…

  19. François Degoul dit :

    Quelques brefs commentaires, Catherine, sur vos derniers écrits, avant de retrouver les mêmes qustions dans souliers et parapluie, par exemple »action et mouvement » comme vous l’avez observé.

    1) Cette prochaine entrée, je vais y intervenir et y faire un sort à votre fable du vautour entre roi et pigeon.

    2) 22 fév 13h31, vous dites « L’évangile donné à Arès, je ne sais pas de quoi il s’agit.
    « Vous n’êtes pas la seule, rassurez-vous. C’est en 80 pages environ la première partie de la « Révélation d’Arès » (Arès en Gironde), oeuvre remontant aux années 1970, transcrite par son témoin Michel Potay, et à laquelle j’ai tenté d’initier les lecteurs de ce blog dans les entrées de la fin 2012, notamment celle du 25 nov.
    Sur le contenu, je serai amené à revenir. En voici l’idée générale « la vérité c’est que le monde doit changer », mais il ne peut changer que par l’effort intérieur.

  20. François Degoul dit :

    Quelques brefs commentaires, Catherine, sur vos derniers écrits, avant de retrouver dans souliers et parapluie les mêmes questions, par exemple « action et mouvement » comme vous l’avez observé.

    1) Cette prochaine entrée, je vais y intervenir et y faire un sort à votre fable du vautour.

    2) 22 fév 13h31, vous dites « L’évangile donné à Arès, je ne sais pas de quoi il s’agit. » Vous n’êtes pas la seule, rassurez-vous.
    C’est en 80 pages environ la première partie de la « Révélation d’Arès » (Arès en Gironde), oeuvre remontant aux années 1970, transcrite par son témoin Michel Potay, et à laquelle j’ai tenté d’initier les lecteurs de ce blog dans les entrées de fin 2012, notamment le 25 nov. Sur le contenu, je serai amené à revenir. En voici l’idée générale : « la vérité c’est que le monde doit changer », mais pour cela l’essentiel c’est le changement intérieur.

    3) Les « conflits de devoirs » hélas, ça existe.
    Dans ces cas, je me dis que viendra un moment où mon choix sera fait, et où je serai donc libéré de cette anxiété du bon choix, pas toujours facile, car, vous le dites, « lorsque le vin est tiré il faut le boire », et « assumer nos erreurs » sans pouvoir se laver les mains. Mes fraternelles pensés vous accompagnent dans ce dilemme actuel auquel vous semblez faire allusion.

    A ce sujet je me souviens avoir hérité une trésorerie syndicale d’un militant qui avait choisi de présenter des compte multipliant les dépenses par dix pour recevoir une meilleure subvention! je n’ai pas voulu me désolidariser de lui, et j’ai mis des années et des années à rectifier progressivement le tir pour arriver à présenter des comples réels, « honnêtes ».

    4) Ce mot « honnête », latin « honestum », est un dérivé de « honos », honneur. Ce qui est « honnête », c’est ce qui mérite d’être honoré, mais l’appréciation de l’honneur et de l’honnête dépend des valeurs qu’on se donne.
    A l’honneur traditionnel du soldat qui combat et se sacrifie pour son clan ou sa patrie (Baghavad-Gita, la Grèce antique, Rome etc. etc.,) je préfère le chamboulement apporté par Jésus et mis en pratique par Gandhi: « tu aimeras tes ennemis ».

    La prochaine entrée va me donner l’occasion d’y revenir.

    • Catherine B dit :

      Merci François pour cette empathie que je sens sincère.

      Vous savez, là en l’occurrence ça a été le cas pour moi, parfois, on ne peut pas laisser passer le temps, il y a une décision à prendre urgemment et il faut la prendre comme celle d’Arjuna. Il faut y aller ou ne pas y aller dans un sens mais il arrive un temps où ça ne peut plus attendre, c’est la situation qui impose de prendre une décision.

      Et c’est là qu’il faut convoquer les espaces qui se font la guerre, dois-je obéir à cette tendance qui ferait de moi, me semble-t-il une bonne mère, etc, etc, ou dois-je obéir à une loi plus grande qui est celle de la vie et le devoir d’impulser la vie et le désir de s’en saisir chez les jeunes qui ne veulent parfois pas s’en saisir.

      Diable de dilemme.

      Je vous laisse deviner la voie que j’ai choisi.

      Je suis une servante, sourire!

  21. François Degoul dit :

    Une petite réponse, Alain, à votre 22 février 11h31.

    C’est vrai, ce que vous dites de la famille humaine, et que « mutatis mutandis », les Résistants se trouvaient devant le même dilemme qu’Arjuna.

    La Résistance… je suis né pendant, et ne la connais qu’indirectement…et comme disait Gandhi je n’ai jamais tué personne parce que je ne me suis jamais trouvé en situation de devoir tuer quelqu’un.

    Mais je ressens tout de même une lourde différence entre cette période moderne et l’enseignement de Krishna dans la B.G.

    Comme dit Catherine à propos du roi (23 fév 11h59), Krishna ne se pose pas de question, il ne remet pas en cause le « politiquement correct » de son temps = la réputation de courage vaut plus que la vie d’un frère humain.

    Depuis que Jésus a émis l’idée contraire, son enseignement chatouille les consciences, et ce chatouillement, absent de la B.G., je le vois revenir en force avec Gandhi et avec, du temps de la Résistance, un débat douloureux, parce qu’au-delà de l’affrontement des clans, résister se liait à un choix humaniste antinazi, choix assumé par la réconciliation franco-allemande.
    Je viens de relire à ce propos « le Silence de la Mer de Vercors » où la tension dramatique entre patrie et humanisme me semble, sur ce ce sujet précis, bien plus émouvante et profonde que le Baghavad-Gita, même si le héros allemand se retrouve finalement dans la situation d’Arjuna…

  22. François Degoul dit :

    Bien d’accord, Alain et Catherine (23 fév 15h59 et 19h20) avec votre éloge de la mesure, pont entre l’orient taoïste et le refus grec de l’hubris (la démesure) avec éloge du « Mêden agan » (rien de trop). Dommage que le judéo-christianisme ait un peu oublié ça.

    • Catherine B dit :

      Vous dites François: »Dommage que le judéo-christianisme ait un peu oublié ça » ça c’est la lecture qui nous est faite par les institutions religieuses, donc les re-présentations de la Parole, mais les prendre pour la Parole ce serait «  »en-corps » » se tromper. Car le fossé ENTRE présentation et re-présentation c’est l’espace entre ce qui est et ce que l’on dit de ce qui est, c’est donc ça qu’il faut interroger chacun à la place où nous sommes et au travers de notre vécu quotidien je crois, non? La Parole est cachée sous des voiles différents mais la source est la même, belle et généreuse et limpide comme l’est l’eau d’une source, c’est un point de vue bien sûr!

  23. François Degoul dit :

    En vous lisant, Catherine, j’ai un peu honte d’avoir ainsi étiqueté le « judéo-christianisme ». Oui pourquoi étiqueter et ainsi caricaturer des courants religieux, spirituels, philosophiques?
    Je trouve une réponse chez François Butty 24 fév 2013 12h21, entrée parapluie, quand il invite à « mettre en pratiques les conseils du maître que l’on a CHOISI ».
    Oui, la pluralité des maîtres et courants spirituels peut conduire à « choisir », mais tout choix est incertain, et pour le conforter, on tend, je crois, à caricaturer les choix qu’on a dû écarter.
    J’ai choisi un « maître » qui prône la « mesure » et oblige à réfléchir sur la « démesure » possible de la forme sanglante de sacrifice assumée par Jésus et célébrée par ses disciples. Je consate par ailleurs que dans la Bible, la notion de mesure n’apparaît, d’après mes souvenirs, que dans les derniers livres de l’Ancien Testament influencés par l’hellénisme, par exemple le livre de Sirac le Sage.
    Mon étiquetage résume donc mon expérience de lecteur.
    Il me semble que pour votre part votre approche des différents courants spirituels soit plus intuitive et guidée par un sentiment que du reste je partage: celui que toute spiritualité a une source commune et que cette unité de retrouve au fond de nous même.
    Mais voilà: les religions et courants spirituels ont une histoire, qui les a fait différents (cette différence est valorisée par le Coran), et peut nous obliger à choisir parmi eux en tâchant d’en cerner au plus près les différences.

    • Catherine B dit :

      Ôtez cette honte François, elle n’a pas sa place ici. Si certains mouvements sont caricaturés, c’est plutôt normal et ils le méritent bien, la plupart du temps. Ainsi, pour le judéo-christianisme, c’est le « isme » qui tue la beauté du message. Car ce » isme » de la systématisation enferme et dénature un message qui se doit d’être ouvert à jamais et dépourvu de dogmes, remis en question sans cesse par l’épreuve du vécu. Sinon, cela devient de l’idolâtrie, ce contre quoi le Christ nous appelait et nous appelle encore à nous dé-faire!