La disparition mystérieuse de Néandertal

Réflexions autour de l’exposition « Néandertal » à Paris

Il est toujours intéressant d’être incité à la réflexion sur les origines de l’humanité,
voir mon article sur l’importance du Déluge ;
aussi l’exposition actuelle du « Musée de l’Homme » à Paris intitulée : « Néandertal l’Expo »(1)  nous convie largement à cette réflexion.
Voilà une exposition qui me semble réussie, surtout par rapport aux questions qu’elle peut susciter, en particulier celle autour de la mystérieuse disparition de Néandertal au contact de « Cro-Magnon ».

Une fois parcourues les différentes salles tentant de reconstituer la vie de Néandertal,
telle que paléontologues et archéologues se la représentent,
– c’est à dire un chasseur-cueilleur un peu « brute de décoffrage »
avec une silhouette massive, une mâchoire simiesque et une boîte crânienne fort développée, faisant de lui un simple chasseur-cueilleur focalisé sur le gros gibier -,
il est intéressant de constater que les recherches actuelles enrichissent cette vision de Néandertal, en insistant sur son habitude d’enterrer les morts avec des rituels funéraires, laissant penser qu’il est capable de possibilités d’abstraction évoluées donnant sens à sa vie et à sa mort
– bref, tout le contraire d’un « crétin cruel » sachant uniquement chasser le mammouth,
tel qu’on se le représentait autrefois pour légitimer la supériorité de l’homme « soit-disant moderne ».

C’est d’ailleurs cette rencontre entre Néandertal et le « soi-disant homme moderne »,
qui fait question, pose problème, et constitue la meilleure incitation à la réflexion de cette exposition :
Que s’est-il donc passé ? Pourquoi Néandertal a-t-il relativement vite disparu, dès que « le soi disant homme moderne » est arrivé ?

La rencontre entre Néandertal et « Cro-Magnon »…

Néandertal a donc vécu environ 400 000 ans dans les régions qui constituent l’actuelle Europe, avec quelques incursions au Moyen Orient, suite sans doute à des changements climatiques.
Puis il a disparu mystérieusement sur une période de 10 000 ans (entre – 40000 et -30000 ans), ce qui est assez rapide proportionnellement à sa longévité en Europe.
Mais le plus troublant, bien sûr,  c’est que cette disparition coincide étrangement avec l’arrivée de notre soit-disant « homme moderne », que je préfère appelé Cro-Magnon.

En effet, lexpression « homme moderne » me fait problème,
on la trouve partout, non seulement dans les commentaires de l’exposition, mais aussi dans les quelques livres consultés (2).
Je croyais jusqu’ici que la notion de « modernité », dont l’homme est si fier, commençait seulement au 18e siècle avec la révolution des soi-disant « Lumières » et le triomphe de la raison…
S’agit-il d’un glissement, style grand écart, de la modernité très à leur avantage des premiers hommes ?
Je préfère quant à moi la vieille appellation « l’homme de Cro-Magnon« ,
certes moins prestigieuse, mais qui a le mérite de venir d’une vérité géographique non contestable, puisque les premières traces du nouvel arrivant ont été découvertes dans une grotte de Dordogne portant ce nom.
De plus l’évocation de ce mot « Cro-Magnon » donne une idée rustique, voire rustre de cet homme, sûrement plus proche de la vérité.
Quant à l’appellation « homo sapiens », c’est carrément une projection narcissique de l’homme, pour se donner un verni de sagesse, alors que l’histoire mouvementée de ce « Cro-Magnon » brutal prouverait plutôt le contraire ;
mieux vaudrait appeler ce vulgaire primate :« homo demens »,
tellement sa folie prédatrice a assombri continuellement son histoire et celle des autres espèces.

Mais continuons cette rencontre historique :

Les différentes hypothèses de la disparition de Néandertal

Que s’est-il donc passé quand Néandertal et Cro-Magnon se sont rencontrés en Europe, sur le même territoire  ?
De nombreuses hypothèses sont envisagées pour expliquer l’étrange disparition de Néandertal et c’est tout l’intérêt d’une des dernières salles de l’exposition,
de passer en revue les nombreuses hypothèses sur un écran interactif où s’expriment un certain nombre de sommités scientifiques.

Le plus évident semble être un changement climatique :
Vers – 40 000 ans il y a d’abord des éruptions volcaniques importantes, avec un changement du champ magnétique de la terre,
et bientôt, cela est accentué par une nouvelle période de refroidissement et de glaciation (l’OIS3 de -35 000 à -28 000)C’est une débâcle d’icebergs…
Comment Néandertal a-t-il accusé le coup ?
On peut facilement imaginer que cela lui fut très difficile, puisque sa disparition est totale en -30 000, tandis que bizarrement Cro-Magnon est partout en Europe dès -34 000.

Il y aurait eu aussi un manque de nourriture par rétrécissement des territoires de chasse dus au changement climatique, avec une compétition territoriale acharnée.
Cro-Magnon est-il plus nombreux, plus combatif, plus prédateur, plus stratégique,
avec en quelque sorte le bénéfice et l’énergie de la jeunesse ?

Par ailleurs, il existe une situation de consanguinité depuis 300 000 ans chez les Néandertaliens,
avec comme conséquence classique des mutations du gènome souvent délétères,
et une baisse de la fécondité entraînant une baisse démographique inquiétante pour ces nomades vivant en petits groupes fragilisés.

Pour ne pas arranger les choses, intervient une sorte de barrière des espèces entre Néandertal et Cro-Magnon.
Il semble que l’hybridation, c’est à dire le mélange des races entre Néandertal et Cro-Magnon n’ait pas bien fonctionné :
ainsi dans le génôme de Cro-Magnon, il n’y a pas plus de 4% de gènes appartenant à Néandertal. Les croisements furent-ils infertiles ou est-ce une volonté réciproque de ne pas vouloir se mélanger ?

Circonstance encore aggravante : Néandertal pour des raisons mystérieuses pratique un cannibalisme rituel d’importance,
cela n’est pas très porteur au niveau d’une démographie déjà chancelante…

Pour couronner le tout, on peut facilement imaginer la transmission de germes, de parasites et de virus apportés par les nouveaux venus d’Afrique.

Enfin, au niveau de l’esprit, du caractère ou du psychisme, les deux espèces semblent différentes :
Néandertal est beaucoup plus intuitif, rêveur, fantasque, un nomade imprévisible et déroutant aux stratégies de chasse déconcertantes,
tandis que
Cro-magnon est un guerrier redoutable, pragmatique et prédateur qui peaufine son armement et ses stratégies de conquête pour assurer sa supériorité tout azimut.

En tout cas, tout va très vite,
dès -34 000 Cro-Magnon est partout en Europe,
tandis que la disparition de Néandertal est totale autour de – 30 000 ans.

Se laisser rêver sur cette rencontre Néandertal / Cro-Magnon

Etions-nous nés pour la gangue ?
Henri Michaux (Epreuves, Exorcismes)

Il est permis désormais de se laisser rêver sur cette rencontre tragique,
en dehors de toute restriction imposée par la démarche « technico-scientifique ».

Je ne vais pas tomber dans une critique primaire de tous les efforts déployés par l’archéologie, dont je lis avec intérêt les dernières découvertes – comme dans cette exposition -,
je vais juste me donner la permission de sortir des chemins battus,
pour rêver, imaginer cette rencontre funeste Néandertal / Cro-Magnon,
car je considère le rêve et l’imagination comme des facultés importantes de l’être humain,
venant compléter les hypothèses scientifiques souvent tâtonnantes et frileuses,
afin de proposer de nouvelles visions, une certaine hauteur de vue ;
je pense à Einstein qui se laissait longuement rêver chaque matin dans sa baignoire, pour trouver intuitions et hypothèses les plus hardies sur la nature du Cosmos…

Néandertal / Cro-Magnon : il s’agit d’une rencontre déséquilibrée
entre deux espèces à des niveaux d’évolution très différents :
Néandertal est là sur les territoires de l’Europe depuis 400 000 ans ;
il a survécu vaillamment de chasse et de cueillette dans des conditions de vie précaires,
souvent très difficiles à cause des multiples changements climatiques et ces périodes de glaciation redoutables.

Néandertal est épuisé psychologiquement et physiquement,
c’est une espèce en fin de cycle ;
elle s’est battue avec énergie pour sa survie pendant des millénaires,
mais elle aspire à autre chose, à une sorte de repos bien mérité…
C’est alors que survient brutalement les grands froids d’une nième glaciation virulente,
mais surtout conjointement la cruauté prédatrice d’une nouvelle espèce conquérante,
avide de territoires, de chasses et de femmes.

Néandertal n’a plus envie de se battre,
encore moins de se mélanger à ces intrus incultes qu’il méprise.
Son niveau de croyances et d’abstraction est suffisament développé,
pour qu’il s’abandonne à la lente disparition paisible de son espèce,
désireux de quitter le plan de l’incarnation terrestre devenue trop difficile,
afin de s’élancer vers les dimensions supérieures de l’esprit.

Aussi le cannibalisme se multiplie, non point par barbarie sanguinaire et insensible,
mais comme autant de rituels pour accompagner les âmes des défunts.
D’ailleurs la population baisse étrangement, aussi bien par perte d’intérêt pour la procréation, que par stérilité consanguine et maladive.
Le corps physique s’affaiblit en écoutant le désintérêt de l’esprit,
virus et bactéries amenés par les nouveaux occupants en profitent pour se multiplier,
hommes et femmes néandertaliens refusent de s’accoupler avec les prédateurs d’une autre espèce trop cruelle,
Néandertal disparaît progressivement dans l’acceptation volontaire,
une sorte de suicide collectif d’une espèce qui a fait vaillamment son temps et aspire à la paix de l’Esprit,
une disparition feutrée et silencieuse sans traces de combat,
une reddition volontaire pour s’en aller voir ailleurs, vers d’autres sphères.
Néandertal est devenu un « chasseur-cueilleur spirituel »,
dont les chamans s’emploient à organiser le grand départ.

Tout cela ne laisse aucune trace,
– comme la plupart des peuples d’inspiration chamanique n’ont laissé aucune trace, car l’enseignement est purement abstrait, fondé sur des rituels transmis d’esprit à esprit -,
laissant les chercheurs scientifiques décontenancés, sans preuves ni traces matérielles.

La fin de Néandertal est un mystère et elle risque de le demeurer longtemps,
la fin de Néandertal est d’une autre dimension que celle étudiée par la science de l’homme moderne, plus à l’aise avec « Cro-Magnon »…

Pourquoi j’éprouve de l’affection pour Néandertal ?

C’est un ressenti qui me traverse souvent,
dont je voudrais maintenant m’entretenir en guise de conclusion.

J’aime beaucoup Néandertal car je ressens avec lui une similitude de destin :
n’est-ce pas la même situation de fin de cycle,
qui a caractérisé Néandertal et actuellement le soi disant « homo sapiens moderne » ?

Tous les indicateurs écologiques sont au rouge,
la disparition de la Nature progresse inexorablement,
la Terre n’en peut plus de cette dégradation galopante de la Mer, du Ciel et de ses sols,
la disparition des espèces végétales et animales suit inexorablement son cours,
on assiste à la concentration mortifère des humains les plus pauvres dans des mégapoles invivables, tandis que les privilégiés paradent en s’apprêtant à confier leur destin aux robots pour diriger un monde totalement artificiel.
Quant aux décideurs politiques, économiques et financiers qui président aux destinées de la planète, ils sont tellement énivrés par leurs immenses profits,
qu’ils ne veulent rien voir et surtout ne pas prendre les mesures nécessaires qui sauveraient la planète.

Une situation de fin de cycle donc,
semblable à celle de Néandertal, mais pour des raisons différentes.
400 000 ans après, la situation est similaire :
elle est catastrophique,
il va falloir songer à quitter la Terre,
soit comme le propose Elon Musk à une poignée de milliardaires,
en s’embarquant dans des fusées direction la planète Mars,
soit en renforçant le pôle spiritualité de notre condition humaine,
afin de mieux préparer une mort collective inexorable.

En d’autres termes, il s’agirait de préparer la disparition d' »homo demens »,
tout en travaillant enfin intérieurement l’avénement « d’homo sapiens sapiens »
– j’aime beaucoup ce redoublement de l’adjectif « sapiens »,
comme si ce n’était pas évident, cette sagesse pour « l’homme moderne »,
et qu’il fallait redoubler le travail intérieur nécessaire.

Quand il n’y a plus de salut matériel possible,
alors se répand le salut spirituel.
Merci Néandertal,
tu deviens un beau sujet de méditation
auréolée par le mystère de celui qui a osé tirer silencieusement sa révérence à la Terre…

(1) « Néandertal l’Expo«  du 28 mars 2018 au 7 janvier 2019 au « Musée de l’Homme » à Paris, 17 place du Trocadero Paris 16e (tel 01 44 05 72 72).
(2) « Néanderthal, Une autre humanité » Marylène Patou-Mathis, éditions Perrin, collection tempus
« Qu’est-il arrivé à l’homme de Néandertal ? » Bruno Maureille, éditions Le Pommier, collection « les petites pommes du savoir ».

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9 réponses à “La disparition mystérieuse de Néandertal”

  1. annie dit :

    Après avoir lu une première fois l’article, j’avoue n’avoir jamais pensé à cela, une reddition d’une espèce disparaissant… J’ai vu souvent des textes contradictoires, qui prétendaient même que Néanderthalensis et sapiens pouvaient s’accoupler ! Mais je ne suis pas assez calée pour parler de tout cela. Par contre, oui, prendre Néanderthal pour une grosse brute n’a jamais été digne d’un nommé sapiens ! Qui se prend toujours pour le nombril du monde d’ailleurs !!! Cette mégalomanie forcenée signe une sorte de folie de possession , de désirs sans cesse inassouvis, un immense mal-être, de volonté de dominer non stop les autres et la vie entière, même les autres planètes. Se prendre pour dieu en somme ! On commence à revisiter tout cela dans des milieux décalés et réfléchis, responsables et conscients, par bonheur ! Plein d’âmes sensibles seront d’accord avec cette idée d’un néanderthal si conscient et si pur. Pour moi, tout est unité, le corps et l’esprit sont liés et il n’y a pas lieu de bafouer le premier, rejeté dans les religions souvent, mécompris et bafoué. Dans cet ordre d’idées, Néanderthal m’a toujours été sympatique, car il fallait le défendre contre les préjugés d’une humanité folle d’orgueil. Toujours opposer la brute et l’esprit d’un humain dit supérieur, ça m’a carrément gonflée. Je ne suis pas biologiste pour parler de l’évolution des humanidés dans le passé, mais je suis suffisamment ouverte pour aimer cet être disparu mystérieusement qu’on a traité si mal. Il faut le réabiliter et c’est bien que l’on parle enfin de lui en termes élogieux. Pour moi, Néanderthal était plus près de la pure essence d’énergie cosmique que l’est l’homme défiguré par une culture outrecuidante. Sapiens n’est pas sage, Néanderthal aurait des leçons à lui donner, et comment!
    De même qu’on traite les bêtes et les plantes comme des demeurés, les exploitant de nos jours à outrance, de même on a traité une espèce ancienne de la pire manière, en la rabaissant sans cesse. Il est temps de devenir humble et de repenser toute notre culture, de désapprendre et de changer de regard sur le monde. J’aurais plein de choses à réfléchir, tant cet article est subjuguant et donne matière à inspiration nouvelle, une jouvence pour la pensée. Merci donc pour notre frère du passé, mon frère, mon ami.

    • Alain Gourhant dit :

      Oui, merci Annie,
      j’aime bien cette idée que Néandertal est humble, tout le contraire d’homo sapiens /demens.
      L’humilité ce serait accepter sa condition d’être humain telle quelle, avec sa fragilité et sa part d’ombre à visiter et à accepter, sans vouloir paraître plus, et être dans le folie de dominer toutes les autres espèces.
      Comment rendre humble homo sapiens / demens ?
      Il n’y a malheureusement à mon humble avis que la souffrance et les épreuves.
      J’ai la mauvaise impression, le sombre préssentiment, qu’il se prépare quelques catastrophes écologiques qui vont remettre les pendules à l’heure et cet homo sapiens devenu complétement « demens » à sa juste place, c’est à dire au service de la Nature.

  2. annie dit :

    Oui, je pense aussi, mais le problème, c’est que ce sont des espèces innocentes qui payent pour le moment le prix de notre pollution, de nos tueries incessantes aussi.
    De nombreux humains ont fait le chemin inverse et appellent à la sagesse et la modération, cela fait plaisir, mais pas assez nombreux, ni forts face aux lobbies. Toute notre culture serait à revoir.
    La nature, pour moi, restera souveraine. L’univers est immense et puissant, nous ne sommes que poussière, il nous remettra à notre place naturellement. Seulement, que de gâchis avant de notre fait! Restons positifs et vivons la leçon de Néanderthal et des êtres plus purs que nous : vivre le ici et maintenant en harmonie avec l’énergie conscience qui nous dépasse.
    Soyons respectueux et réapprenons à exister intelligemment, et donnons l’idée de le faire à ceux qui hésitent encore

    • Alain Gourhant dit :

      C’est la leçon de Terre pour l’être humain : « tout faux, tout faux, tout faux… »
      jusqu’à ce qu’il comprenne et qu’une lueur de Conscience s’éveille en son front borné.
      Cette mutation intérieure se fait par l’intermédiaire d’une ou plusieurs leçons de souffrance,
      et encore, ce n’est pas forcément acquis…
      La grande difficulté ou le grand mystère c’est que cette transformation intérieure est rare et minoritaire :
      c’est l’inconscience humaine qui domine, peut-être depuis « homo sapiens / demens », quand Néandertal s’est éclipsé mystérieusement…

  3. Alain Gourhant dit :

    Je tombe ce matin sur cette phrase d’Arthur Rimbaud qui confirme le Mystère :
    « Et la Reine, la Sorcière qui allume la braise dans le pot de terre, ne voudra jamais nous raconter ce qu’elle sait et que nous ignorons. » Les Illuminations : « Après le Déluge ».
    Finalement seule la poésie peut bien parler de cela : « la braise dans le pot de terre » qui allume la Conscience…

  4. MD dit :

    Votre article présent (que je partage pleinement) me rappelle avec amusement ma première intervention à propos de votre article sur la 6e extinction (1) et où, influencé par notre chère Elizabeth, vous énonciez [même si j’admets la multifactorialité de sa disparition, je n’ai aucun problème pour persister dans ma croyance que l’instinct de prédation d’homo sapiens dans sa propension à détruire tout ce qui n’est pas lui-même, est le facteur décisif de cette disparition].

    Aujourd’hui, vous êtes beaucoup plus nuancé et subtil, ce qui est heureux et me rassure (quoique l’expo présente vous a plus impacté que mes dires de l’époque, apparemment – sourire) :
    « La fin de Néandertal est un mystère et elle risque de le demeurer longtemps ».

    Et je disais aussi dans cet article [L’idée reçue selon laquelle l’homme fut de « tout temps » ‘barbare’ a la vie dure. Bien que complexes et sous hypothèses, l’on peut quand même dégager deux grandes périodes : le paléolithique et le néolithique]. D’une part, voir article (2) « La Préhistoire sous le signe de l’ambiguïté » (dont Néandertal et qui casse beaucoup de préjugés) et d’autre part, j’ai souvent parlé, défendu et revendiqué le paléolithique. Or Néandertal se situe dans cette période (Pléistocène moyen). Ou comment et indirectement je rendais déjà grâce et sagesse à notre « Homo neanderthalensis »… tout en fustigeant comme vous le Sapiens, Demens depuis le néolithique (4) par sédentarité/agriculture. Subtilité, vous faites bien de distinguer Sapiens et Cro-Magnon (prédateur), car même s’il y eut certains combats, la cohabitation Néandertal/Sapiens s’est étalée sur 5 400 ans, sans pour autant être génocidaire dès le départ (1) et (2) : [Pour les auteurs de manuels et de fiction, il est une évidence : la guerre est omniprésente pendant toute la Préhistoire. Or, pour les préhistoriens, elle n’est attestée qu’au Néolithique, voire au début de l’Âge du bronze].

    Quant à la Science (majuscule la distinguant de la demens transhumaniste), elle n’est pas prétentieuse, mais « approximative » (du latin proximus, très proche), c’est-à-dire qui essaye de se rapprocher au mieux de la vérité, sachant qu’elle est inatteignable. Ce pour quoi elle se remet constamment en cause, découvertes, affirmations, infirmations et controverses à l’appui.

    Pour finir, lien de présentation du livre (3) de Marylène Patou-Mathis que vous signalez, auquel je rajoute celui de son livre (4) « Préhistoire de la violence et de la guerre ».

    Bref, l’Humanité fut Consciente à ses débuts et devient psychopatho-égotique à sa fin. Espérons qu’à sa prochaine Renaissance, elle ne suive pas le même chemin !

    (1) https://www.hominides.com/html/dossiers/disparition_neanderthal.php
    (2) https://www.hominides.com/html/prehistoire/prehistoire-perception-representation.php
    (3) https://www.hominides.com/html/references/neanderthal-autre-humanite.php
    (4) https://www.hominides.com/html/references/prehistoire-de%20la-violence-et-de-la-guerre-0763.php

    • Alain Gourhant dit :

      Merci pour ce commentaire Michel, qui montre que nous sommes une fois de plus en phase ; et vos références bibliographiques en particulier au sujet des livres de Marylène Pathou-Mathis sont précieuses.
      Il y aurait juste à dialoguer sur la critique de la Science, pour rapport laquelle je suis en effet assez remonté, mais réservons cela pour une prochaine fois.

      Je voudrais en profiter pour signaler un article de la revue « Sciences Humaines N°304 – Juin 2018 », au sujet de Néanderthal,
      D’abord, il insiste sur le fait qu’actuellement les préhistoriens sont majoritairement engagés dans une réhabilitation de Néandertal qui aurait été – je cite – : « un humain respectable doué d’une grande culture, d’un savoir-faire technique pointu et d’une sensibilité qui n’aurait rien à nous envier. Au point qu’il est devenu dangereux de contester certaines avancées, sous peine de se faire accuser de paléoracisme ou d’être réactionnaire. »

      A la clé, il souligne les recherches actuelles qui sont tentées en Espagne pour montrer que le génie artistique n’était pas l’apanage de Cro-Magnon à Lascaux et à la grotte Chauvet, mais que dans au moins trois sites espagnols, des représentations datant de – 65 000 à – 32 000, avant l’arrivée de Cro-Magnon, témoignent aussi d’une certaine sensibilité artistique.
      Cela remet en cause une nouvelle fois beaucoup de choses, ce qui explique les discussions actuelles acharnées sur les systèmes de datation.

  5. MD dit :

    Merci Alain et, en écho à l’article de la revue « Sciences Humaines » que vous citez,
    ci-joint une référence (1) à cet art pariétal espagnol et qui y parle de ces controverses sur les systèmes de datation et donne des avis de chercheurs : un sujet très « réactif », selon un sous-titre de l’article – où à son emplacement et dans la colonne de droite, est indiqué (avec lien) le dernier livre (édition 2018) de Marylène Patou-Mathis « Néanderthal de A à Z », qui fait un point récapitulatif des questions/réponses que les nouvelles découvertes ont amenées.

    Et, pour argumenter encore plus votre commentaire, là où j’enfonce le “clou” quant au savoir-faire technique ‘pointu’, c’est par la référence (2) d’une “pointe” en bois (de fouissement et ayant réclamée moult opérations de fabrication) taillée par notre Néanderthal il y a… – 90 000 ans !
    À mon avis, une technicité si lointaine qui, par l’évolution d’autres éléments, a tout à fait permis un art pariétal ultérieur, qui n’est qu’une autre technique alliée à une abstraction évoluée.

    Certes, si la Science a ses défauts, elle a ici l’avantage, comme vous le dites, de remettre en cause beaucoup de choses. Ce qui est un bien, car il est temps que l’on sorte de cet obscurantisme destructeur. Je trouve d’ailleurs plus que dommage que ces découvertes ne fassent pas grand bruit (médias, écoles et manuels édités non réactualisés, etc.). D’autant que pour un certain altermondialisme, cette « réhabilitation » nous montre ce que nous fûmes au regard de ce que nous sommes. Et que l’envie d’un monde meilleur n’est pas l’apanage de quelques bisounours, mais le besoin de retrouver et vivre nos « origines » (anté-sapiens, même si c’est un ‘cousin’, car la Conscience est la même pour tous). Sans interférence de parler d’un certain patrimoine génétique commun, dire simplement que sans doute notre Conscience première n’est pas éteinte, mais qu’elle est heureusement toujours en veille…
    De quoi en proclamer un nouveau slogan :
    « Vous voulez changer le monde ? Intéressez-vous à Néanderthal ! ».

    Ce qui est loin d’un retour en arrière ou contresens, car l’appellation Neandertal vient du nom d’une vallée d’Allemagne où furent découverts des ossements. Et il se trouve que ce toponyme Neandertal signifie « vallée de l’homme nouveau ».
    Fasse que dans les sphères spirituelles dans lesquelles vous parlez qu’il se trouve, il attende au tournant cet ‘homme modernus crétinus’ pour lui insuffler ce (re)Nouveau…

    (1) https://www.hominides.com/html/actualites/art-parietal-grotte-espagne-datation-65000-ans-1212.php
    (2) https://www.hominides.com/html/actualites/pointe-bois-taillee-espagne-90000-ans-1228.php

    • Alain Gourhant dit :

      Merci Michel pour ces apports précieux
      et ce partage de sentiment similaire pour Néandertal qui nous est à tous les deux bien plus sympathique, que ce Cro-Magnon balourd / homo-demens soit disant sapiens, qu’il nous faut malheureusement trop souvent endurer.

      Mais cette sympathie, surtout corroborée par les progrès de la recherche scientifique actuelle, découvrant par exemple que Néandertal était aussi un artiste, provient pour moi d’une autre cause :
      En l’occurrence il s’agit d’une conception « involutive » de la création et de son histoire en ce qui concerne l’être humain. Cette « involution » s’oppose à la conception dominante habituelle qui postule au contraire « l’évolution » permanente de l’homme en particulier grâce à la notion du sacro-saint « progrès »qui s’emballe au 18e siècle.

      Pour moi, c’est tout le contraire : à l’origine l’être humain est un être spirituel qui vit avec sagesse et simplicité en harmonie avec la Nature, et je pense alors, entre autre, à Néandertal.
      Puis survient la grande « régression » avec « Cro-Magnon / homo demens », son histoire chaotique et sanglante faite surtout de violences et de destructions, en particulier vis à vis des autres espèces et de la Nature.
      Nous serions d’ailleurs arrivés, sans doute, dans une période de « fin de cycle », où homo demens a réduit la Nature à un tel état de destruction, qu’elle met en danger de disparition la plupart des espèces qui l’habitent, y compris l’espèce humaine.

      Il ne nous reste donc pour nous consoler que ces lointains rêves des origines, où régnait une sorte de sagesse harmonieuse de l’homme avec lui-même, avec les autres espèces et la Nature.
      Néandertal pourrait bien nourrir, de plus en plus, une part importante de ces rêves.

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