Patanjali : un « Yoga royal » pour le temps présent

Après presque un an de silence sur ce blog,
cet article serait-il une  reprise de l’écriture ?
Pas vraiment, au sens où ce n’est pas moi qui l’ai écrit :
il s’agit de l’interview d’un ami qui a rédigé presque complétement le contenu,
sauf quelques corrections et ajouts sur la fin.
Par contre je suis content de présenter ce texte sur le blog, car il est dédié au Yoga.
J’ai déjà parlé du Yoga dans quelques articles précédents,
mais cette fois-ci, c’est plus approfondi, et surtout il s’agit du « Raja Yoga », le Yoga royal de Patanjali,
pour lequel j’éprouve depuis très longtemps une sorte de vénération,
en témoigne chaque matin le rituel personnel des postures, des respirations et de la méditation.
Je vous souhaite bonne lecture et l’envie de laisser des commentaires :
il y en a eu précédemment 2600 pour 238 articles,
j’ai souvent l’impression qu’il s’agit du plus important.

L’interview autour du Raja yoga de Patanjali

Voici donc la version complète de cet interview que m’a demandé récemment Marc Siellethair et qu’il a rédigé pour sa newsletter très intéressante, dénommée « Ethérapia« , newsletter que je recommande à tous, yogi ou non-yogi, engagés dans une recherche sur soi-même sortant des sentiers battus.
Je l’ai légèrement modifiée pour préciser certains points, en particulier dans le dernier paragraphe.

La sortie du livre « Les 8 moyens du Raja-Yoga«  a suscité un beau feed-back de la presse indépendante spécialisée : « Le journal du Yoga » ;
par la suite, cela a déclenché un partage avec Alain Gourhant, thérapeute intégratif de la première heure, comme vous pourrez le constater sur son site :
psychotherapie-integrative.com.
Il est très rare de rencontrer des yogis ayant une réelle connaissance ou pratique des « 8 moyens du Raja-Yoga », aussi, découvrir qu’Alain était « tombé dedans » dès 1968 et avait même osé un exposé des deux premiers moyens à des chefs d’entreprises en
1992 dans le cadre d’une haute école de commerce, cela m’a vraiment donné envie d’en savoir plus sur ce parcours atypique et son point de vue sur le Raja-Yoga.  Alain a accepté mon invitation au partage, et vous trouverez ci-dessous une bien modeste synthèse de ses propos.

Newsletter Etherapia (NE) : Bonjour Alain, et merci de prendre du temps pour ce partage sur le Raja-Yoga.
Ma première question sera « depuis quand ? depuis quand cet intérêt pour le yoga et en particulier pour le Raja yoga ?

Alain Gourhant (AG) : Tout d’abord, merci Marc de me permettre de partager ainsi mon vécu, mon expérience auprès des lecteurs de la newsletter. Effectivement, c’est autour de 1968 que ma rencontre avec le Yoga s’est établie en particulier avec l’approche de Nil Hahoutoff (1900-1982, cofondateurs de l’Union européenne de yoga en 1972). C’était un « hata-yoga » très exigeant, très physique, où par exemple la salutation au soleil était répétée de nombreuses  fois » afin d’amener un état de lâcher-prise corporelle. C’est là que j’ai entendu parler de Patanjali pour la première fois et de son petit livre édité en livre de poche : « Yoga-sutras (1) ». Ce qui m’a interpelé tout de suite c’est l’aspect presque scientifique, très précis et très complet de la démarche proposée par Patanjali ; cela m’a tout de suite beaucoup plu.

Un yoga scientifique

NE : « scientifique »… ??? peux-tu nous expliquer ?

AG : Scientifique, au sens de sérieux, rationnel, cohérent et pragmatique, dans une progression synthétique en huit étapes. ‘. De plus, tout est présenté de manière simple, presque minimaliste, pas d’ésotérisme sulfureux ni de croyance religieuse, juste des incitations à une pratique claire et complète ; on retrouve cette simplicité dans le fait même que Patanjali ne se fait pas appeler « Sri Patanjali », mais juste « Patanjali ».

NE : Effectivement, rationnel, pragmatique et synthétisé en 195 textes courts (sûtras).

AG : Oui des textes courts, comme des aphorismes, une sorte de manuel pratique très précis, destiné aussi à la transmission orale de cette époque (environ – 2e siècle, +2e siècle environs – on ne sait rien de la vie de Patanjali).
Une autre chose qui m’a beaucoup plu dans ce Raja-Yoga, c’est évidemment la dimension transcendante, spirituelle, « transpersonnelle » dirait Ken Wilber. Il s’agit d’une véritable science de l’accès à la transcendance issue du mysticisme profond de l’Inde et de sa sagesse pratique, ancestrale – cette transcendance pourrait-être ressentie d’ailleurs comme une provocation pour le yoga actuel majoritairement consacré au développement personnel, en particulier à la beauté narcissique des corps.

NE : Mais avant d’aller plus loin sur les 8 étapes ou moyens, il peut être intéressant de dire à nos lecteurs, comment c’est fait ta deuxième rencontre avec le Raja-Yoga de Patanjali, car ce n’est pas banal…

Osho et le yoga de Patanjali

AG : Tout à fait, j’ai été quelques temps disciple d’Osho Rajneesh dans les années 80. J’ai donc séjourné en Inde pour vivre son enseignement très dynamique et même festif, mais surtout « intégratif » au sens où il voulait relier les thérapies occidentales du moment (encounter, catharsis émotionnelles, bio-énergie, Gestaltthérapie, hypnose, etc) avec toutes les sagesses du monde entier, évoquées dans des discours inspirés regroupant des milliers de personnes ; cela a été pour moi une véritable révélation. Ensuite, quand Osho est parti aux USA, les choses se sont fortement dégradées, aussi je ne l’ai pas suivi.

NE : Osho, le créateur des méditations dynamiques, oui mais pas de rapport avec le Raja-Yoga … ? Peux-tu être plus explicite ?

AG : Peu de gens le savent, mais Osho était un grand érudit et il a étudié longuement les yoga-sutras de Patanjali, il les a abondement commentés, pour en tirer par la suite 10 volumes sur le sujet (en 1975) intitulés : « Yoga : The Alpha and the Omega« , dont le volume V nous intéresse plus particulièrement puisqu’il est centré sur les 8 moyens.

NE : Afin que le lecteur se fasse une opinion, j’inclue ici l’introduction que fait Osho aux travaux de Patanjali dans le volume I partie 1 :

« Le yoga est une science pure et Patanjali en est le plus grand nom en ce qui concerne le monde du Yoga. Cet homme est rare. Il y a peu d’autres noms comparables à Patanjali. Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, cet homme a fait de la religion un état de science : il a fait de la religion une science, de simples lois ; aucune croyance n’est nécessaire. « 

Patanjali est précieux. Il est éclairé comme Bouddha, Krishna, Christ, Mahavira, Mohammed, Zarathoustra, mais il est différent en un sens, car Bouddha, Krishna, Mahavira, Zarathoustra, Mohammed, personne n’a une attitude scientifique. [ … ]

Patanjali est comme un Einstein dans la parole des Bouddhas. C’est un phénomène. Il aurait facilement pu être lauréat du prix Nobel, comme Einstein ou Bohr ou Max Planck, Heisenberg. Il a la même attitude, la même approche d’un esprit scientifique rigoureux. [ … ] Et il en est venu à déduire des lois absolues de l’être humain, la structure de travail ultime de l’esprit et de la réalité de l’homme. »

NE : 10 volumes dès 1975, Patanjali a donc beaucoup inspiré Osho et je comprends pourquoi il a pu enrichir ta connaissance du Raja-Yoga. Nous pouvons maintenant aborder les 8 moyens si tu le veux bien.

Les 8 moyens du Raja Yoga et leurs schémas de présentation

AG : Tout à fait, la première chose qui me semble importante, c’est la manière dont on représente ces 8 moyens sous forme d’un schéma logique et inspirant : soit comme une échelle ascendante (le schéma intégratif classique), ou comme une pyramide comme tu le proposes dans ton livre, ou alors comme des poupées russes ? J’ai beaucoup aimé aussi ta proposition très belle sous forme d’une fleur de vie à 8 pétales en première page de ton livre. Personnellement, j’ai un penchant pour une roue à 7 branches qui nourrissent l’axe et entretiennent le Centre de la roue : l’état suprême du « Samadhi ».
Ainsi, chaque moyen, chaque membre, peut donner accès par lui-même au Samadhi, cet état de transfiguration complète où l’ego est totalement transcendé. Gandhi, par exemple, n’a prôné toute sa vie qu’un Yama : la non-violence (Ahimsa) ; c’était pour lui la clef pour dépasser le prédateur en soi-même, afin d’en finir avec cette violence archaïque qui crée perpétuellement notre enfer, et l’on peut dire volontiers que cela lui a permis d’atteindre à la fin de sa vie un degré de sagesse incomparable, proche sans doute du Samadhi.

NE : Cette modélisation sous forme de roue, montre bien qu’un seul moyen peut permettre d’atteindre le centre. Et on pourrait même allez plus loin, car un seul des Yama (les 5 prescriptions) ou un seul des Niyama (les 5 observances) peut devenir un accès au Samadhi. Mais que dirais-tu justement de ces deux moyens ?

AG :  oui, cet accès direct est aussi peut-être une manière moins scolaire de voir les choses  : plutôt qu’une lente progression demandant efforts, constance et discipline (la Sadhana) ; il y aurait aussi pour quelques uns la possibilité d’atteindre directement le Samadhi en cultivant un seul moyen.

Les prescriptions et observances préliminaires : Yama et Nyama

Mais revenons aux Yamas et Nyamas : contrairement aux 10 commandements d’un Dieu redoutable qui punit si on ne les respecte pas, les 5 prescriptions Yama : la non-violence / la vérité / ne pas voler / la chasteté / la non-possessivité) et les 5 observances Nyama (la pureté / le contentement / la restriction / l’étude des textes sacrés / l’abandon au divin) sont plutôt présentées par Patanjali comme 10 conseils d’un maître bienveillant, voire 10 conseils d’ami, c’est à dire une incitation non dogmatique à une morale ou une éthique préalable – même si cela peut apparaître de nos jours comme une véritable provocation dans une société devenue totalement permissive qui déteste tout ce qui pourrait faire penser à une leçon de morale.
Si l’on veut différencier Yama de Niyama, on peut dire que les prescriptions sont plutôt vis-à-vis des autres,
et les observances vis-à-vis de soi-même. Mais globalement il s’agit avant tout d’une aide par rapport à l’egocentrisme prisonnier de sa folie prédatrice, une sorte d’éthique préliminaire pour être bien avec les autres et avec soi-même, afin de passer à une nouvelle vision positive de la Vie.

NE : Pour les prescriptions s’il n’y en avait qu’une ce serait « Ahimsa », la non-violence, mais pour les observances où va ta préférence ?

AG : Ce serait « Santosha« , le contentement, le contraire de cette insatisfaction chronique du mental qui en veut « toujours plus ». Cultiver ce contentement, cette acceptation inconditionnelle de soi-même, des autres et des événements de sa vie, cela est une qualité essentielle capable de mener peut-être à une sorte d’Éveil naturel, à un « Samadhi » via « Ananda » la joie profonde. C’est aussi le sourire inconditionnel des maîtres taoïstes sur ce monde.

Les postures (asanas) et les respirations (pranayama)

NE : Le troisième moyen c’est « Asana » la posture, quelle est ton expérience sur ce moyen ?

AG : Tout d’abord par rapport au grand nombre de postures actuelles, je dirais que dans ma pratique initiale il n’y avait que 5 à 6 postures pour un cours de 2h, et l’on commençait et finissait toujours par « Savasana« , la posture allongée de la détente. On la nomme aussi « la posture du cadavre », car elle nous propose symboliquement de « mourir et renaître » à nous-mêmes, à chaque fois, par un profond lâcher-prise. Ensuite toutes les postures étaient prétexte à RESPIRER, OBSERVER, respirer, observer, surtout là où j’ai mal, respirer longuement dans cette zone délicate pour progressivement passer dans un autre état presque agréable. Gérard Blitz qui était un ami de Nil Hahoutoff disait : « la posture, c’est être fermement établi dans un espace heureux ».

NE : Donc des postures statiques, mais dans lequel l’enjeu est la respiration consciente pour libérer une zone de stress. Ce qui nous amène tout doucement vers le moyen suivant « Pranayama », la respiration consciente ou l’observance du prana (l’énergie).

AG : Tout à fait, mais avant d’aborder le quatrième moyen, j’aimerai ajouter que la seule pratique puissante  des asanas ou du pranayama (les respirations), peut conduire au Samadhi, via un merveilleux lâcher-prise, mais aussi vers le développement de pouvoirs surnaturels, les Siddhis ; Patanjali insiste sur ce point dans un chapitre entier qui leur est consacré (chapitre III : Vibuhti Pada : les manifestations de puissance venant de la pratique). Les siddhis peuvent être en effet des handicaps à l’Éveil, car ils peuvent renforcer l’ego en lui donnant des pouvoirs magiques. C’est aussi pour cela sans doute que Patanjali n’insiste pas trop en ne parlant que d’une seule posture générique : l’assise, qui doit être stable et « bienheureuse ». D’ailleurs les voies issues du Yoga comme le Zen ne préconisent aussi que cette seule posture.

NE : C’est vrai qu’il n’y a pas de « postures complexes » chez les bouddhistes, taoïstes, zen …

AG : oui, l’assise, l’asana la plus précieuse, est donc le meilleur moyen pour pratiquer Pranayama, la respiration consciente, qui va permettre de magnifier encore plus notre présence en lui apportant au passage l’énergie (le prana). Là encore, dans cette idée de progression, Pranayama est une voie d’accès privilégiée pour établir une connexion directe à la méditation, porte du Samadhi.

Préparations et pratique de la méditation (dhyana)

NE : Si je me souviens bien de ce que tu m’as dit, tu préfères considérer les 3 moyens qui suivent comme un seul et même processus (appelé « Samyama ») ?

AG : Oui, les moyens 5, 6 et 7 forment une sorte de progression en un triptyque qui va s’enchaîner de façon naturelle avec une belle assise dos droit, il s’agit de :

  1. le Retrait des sens (Pratahyara): yeux mi-clos ou fermés : on s’intériorise et le mental commence à lâcher l’agitation du monde extérieur, afin d’être mis à la bonne place pour la méditation.
    2. la Concentration (Dharana) : sur un point par exemple ou la flamme d’une bougie ; alors le « singe fou » du mental apprend à se calmer pour s’immobiliser à une place où ses perturbations sont minimisées.
    3. la Méditation, « Dhyana » : un mot très important qui a donné la méditation « Chen » pour la Chine, le « Dzogchen » chez les tibétains et « Zazen » pour le Japon. C’est un état où la Conscience apprend à observer calmement le mental, jusqu’à ce que les pensées et la Conscience s’unissent progressivement.

L’objectif final : le Samadhi ou éveil de la Conscience

Alors naturellement, quand l’union parfaite est réalisée, c’est le Samadhi, l’Eveil, on pourrait dire aussi la pure ou pleine ou vide Conscience, cet état intérieur indescriptible, au-delà des mots, où la Conscience ayant totalement absorbé les perturbations du mental egotique, se fond dans un espace intérieur/extérieur, infini inommable, extatique.

NE : Et bien, merci Alain pour cette synthèse du voyage vers le Samadhi, le huitième moyen qui est, au final, l’objectif.

AG : J’aimerai rectifier ce que viens de dire sur le Samadhi :  Patanjali n’est pas vraiment sur une conception du Samadhi ou de l’Eveil comme une expérience extatique, inommable, comme je viens de le dire. Au contraire, il consacre toute la première partie de son livre à explorer ce Samadhi, qu’il intitule : « Samadhi pada : le chemin du samadhi« , afin de tenter de le définir en une cinquantaine de préceptes ou sutras.
Il s’agit d’abord de clarifier le but suprême du yoga en une formule abrupte qui est restée célèbre chez les pratiquants avertis  : « Yoga chitta vritti nirodha »: le yoga c’est l’arrêt des perturbations du mental ». Certes la méditation Dhyana est très importante pour cela, mais ce n’est qu’un état préparatoire, où le mental apprend peu à peu à s’apaiser. Quand ce mental devient silencieux, alors Patanjali dans sa formulation toujours aussi condensée s’exprime ainsi : « Tada drashtar svarupé avasthanam » : alors se révèle notre Centre établi en lui-même« . « Drashtar », c’est le Centre de notre être que l’on peut aussi appeler le Témoin immobile, le Soi, la Conscience absolue nous faisant participer de l’énergie cosmique » (2).
Il s’ensuit aussi, pour témoigner de l’esprit d’ouverture non dogmatique de Patanjali, une liste impressionnante de différentes possibilités, autres que la méditation et les 8 moyens du Raja yoga , pour accéder au Samadhi : il y a par exemple  le samadhi dû à la naissance, celui de l’énergie ardente de la foi, celui de l’attitude dévotionnelle, il y a la vibration sonore du « Aum » ou le fait d’être heureux inconditionnellement, etc, etc…
Tout cela pour dire aussi que le Samadhi, c’est la grande obsession du yoga originel de cette époque ;
nous sommes bien loin de l’actuelle « mindfulness » la pleine conscience à la mode. C’est comme si cette dernière s’était non seulement arrêtée à la méditation (dhyana) ce qui n’a jamais été le but ni le stade final du Raja Yoga, mais de plus, elle ressemble surtout à une simple relaxation mentale, déjà très agréable et utile en ce monde agité, mais ne posant jamais ou rarement cet objectif ambitieux de la transformation intérieure totale de soi-même dans le Samadhi, c’est à dire l’obtention d’un autre état de Conscience impliquant la Transcendance, l’Eveil à notre dimension spirituelle.

NE : Oui, c’est vrai, j’ai d’ailleurs beaucoup aimé ton article « La mindfulness : plénitude ou platitude ?« .

Conclusion

En guise de conclusion, qu’aimerais-tu ajouter sur les 8 moyens ou sur le Raja-Yoga en général ?

AG : J’aime beaucoup cette voie du Raja-Yoga de Patanjali, car c’est vraiment une voie royale, une voie globale, qu’on pourrait nommer intégrative, incarnée et pratique. Mais je pense aussi que par rapport aux écrits équivalents hindouistes, taoïstes, bouddhistes, zen ou du tantrisme cachemirien par exemple, son manque de succès ou sa méconnaissance, pourrait venir du fait que son écriture, sa présentation est rédigée de façon un peu abrupte, en un langage scientifique précis certes, mais presque rébarbatif par moment en son laconisme, et finalement pas assez poétique, contrairement à la Bhagavad Gitâ, aux Upanishads, au Tao-Te-King, au Yi-King, aux histoires soufies ou à Kabir.
La science de Patanjali : oui, elle est précieuse et indispensable en sa précision et sa clarté, mais pour moi paradoxalement, il faut aussi de cette poésie qui excelle pour décrire le chemin de l’accession au divin…

NE : Merci Alain de cette conclusion digne du poète que tu es et que nos lecteurs peuvent retrouver sur le site alaingourhant.fr et sur le blog.

AG : Namasté* ;o)
* Namasté, le geste ou/et la parole, symbolise la croyance qu’il existe une lumière divine en chacun de nous. C’est un signe de reconnaissance d’une âme envers une autre âme.

(1) La traduction la meilleure des « Yoga – sutras » reste celle déjà ancienne de Françoise Mazet avec ses commentaires pertinents : « Patanjali, Yoga-sutras » édité et réédité en livre de poche chez Albin Michel, collection Spiritualités vivantes.
Sinon pour ceux qui veulent approfondir, il est possible de lire les 10 tomes d’Osho en anglais sur internet, dont les tomes 5 et 6 correspondent aux huit moyens évoqués ici :
http://www.oshoworld.com/e-books/eng_discourses.asp?page_id=17
(2) formulation inspirée du commentaire toujours remarquable de Françoise Mazet dans son livre cité ci-dessus.

 

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16 réponses à “Patanjali : un « Yoga royal » pour le temps présent”

  1. anny dit :

    Et voilà, je croyais savoir plein de choses, moi qui fais du yoga depuis des lustres, et ça donne une autre dimension à ma pratique et ma théorie. Je cherche toujours ce qui réunit les sagesses et les sciences, la conciliation spiritualité, matérialité, philosophie, sagesse, nature, sciences…Vais devoir acheter ce livre et potasser cet article !!!!!!!!!!!!!!!! Merci Alain de revenir nous guider, dans ce fatras actuel de connaissances et méthodes… Le sens de l’unité est mon chemin et peut-être Patanjali va m’aider à aller plus vite.

  2. anny dit :

    Bonjour, cela fait plaisir de vous retrouver sur le blog, surtout sur le yoga de Patanjali, des purs des temps anciens, avec lesquels je débutais ma quête de la sagesse, du moins d’un début de sagesse. Je me demande si, de nos jours, il pourrait aider les humains à moins martyriser leur planète, car on est dans l’urgence absolue. Le yoga royal pourrait t’il amener les gens à un peu plus de respect ? Tous ces préceptes toujours valables et remis à l’ordre du jour pourraient t’ils être un peu plus appliqués si on en parlait plus ? Eviter toute cette violence, loin de ahimsa !!!
    Toutes ces attaques, à ne pas haïr, à rester plus zen, car le monde devient un peu fou, et notre planète, de surcroît, est vraiment en danger. Il suffirait d’un peu de discipline mentale, d’un peu de Conscience pleinitude, d’éveil des âmes, pour commencer à vraiment agir dans la paix et la dignité du yoga intégral, réconcilier des extrêmes…

    • alain Gourhant dit :

      oui Annie, je crois que le yoga peut contribuer à la sagesse intérieure et donc permettre de vivre plus simplement dans l’harmonie intérieure et extérieure ; cela veut dire loin de la folle tentation du consumérisme comme mode de vie qui se généralise partout pour brutaliser la belle Nature et plus généralement notre fragile planète.
      Le yoga par sa discipline exigeante et sa paisible méditation agrandissant le champ de conscience,
      est pour moi un moyen comme un autre pour tenter de limiter les dégâts,
      mais bien sûr il ne suffira pas et je me demande bien comment l’humanité va pouvoir sortir de sa folle et destructice ornière…

  3. Rosita Bianco dit :

    Bonjour Alain
    Très intéressant, merci.

  4. Brigitte dit :

    Ma découverte du Hatha Yoga s’est produite dans l’entourage de Nil Hahoutoff qui a été mon premier professeur sérieux. J’ai suivi son enseignement pendant de longues années et me souviens encore des leçons particulières qui ont jalonné mon parcours. C’est lui qui m’a demandé de devenir professeur. Beaucoup d’autres rencontres ont enrichi ma pratique dont des disciples d’Osho dans des communes, en Italie. Aujourd’hui, c’est encore un grand plaisir de redevenir élève le temps d’un stage.

    Pour moi, la transcendance de Patanjali n’est pas indienne mais universelle : elle se rapporte à la condition humaine qui Est lin d’utiliser toutes ses capacité.

    Ce qui me surprend chez Gandhi, c’est de constater que Ahimsa, ne pas nuire jusqu’à l’ extrême bienveillance, est une notion qui me plonge dans un sens aigu de la relativité, puisque cette perfection n’est pas atteignable. Satya, la véracité, propose d’éviter toute prétention, et aurait pu participer à limiter les fanatismes, chez les adeptes de Gandhi et ses opposants. Et, chez Satyananda, les Yama et Niyama sont des moyens de se libérer l’esprit pour pouvoir pratiquer la méditation sereinement.

    Dhyan a n’est certes pas le but final mais le commencement.

    Kabir est le prolongement poétique de Patanjali, notamment dans le Cabaret de l’Amour.

    Tous ces points sont des ouvertures au dialogue : à bientôt, de vive voix !

    La Bhagavad Gita est pour moi une ouverture à l’individuation.

  5. alain Gourhant dit :

    Merci Brigitte de ce commentaire intéressant qui propose beaucoup de voies de réflexion :

    D’abord au sujet de ton apprentissage du Yoga avec Nil Hahoutoff et son entourage, puis avec des disciples d’Osho en Italie, cela me semble un bon mélange au sens où ces deux approches sont quelque part aux antipodes l’une de l’autre.
    Osho qui est surtout un maître tantrique a bien résumé souvent, dans certains de ses livres, cette opposition ou différence entre deux voies (Yoga/Tantra), dans des formules lapidaires et éclairantes : « Vouloir est le mot clé du Yoga, s’abandonner est le mot clé du Tantra (…) « Avec le Yoga c’est la difficulté qui est juste, avec le Tantra, c’est la facilité qui est juste. »
    Personnellement je ne fais pas d’opposition entre ces deux chemins, mais j’ai plutôt le sentiment qu’ils se complétent l’un l’autre dans une intégration harmonieuse qui serait le plus proche d’un art de vivre pour quiconque est engagé sur la voie de la Réalisation – c’est à dire, en même temps,
    et ce but lointain, qui serait la conséquence d’un long travail sur soi-même, une ascèse yogique prolongée pouvant prendre même plusieurs vies,
    et en même temps, une Réalisation paradoxalement présente partout, à tout moment, en toute chose et en toute expérience, prête à faire irruption soudainement dans la Conscience/Amour de chacun à l’improviste, s’il en fait bien sûr le souhait et s’il est tant soit peu préparé.

    C’est le premier point de ton message,auquel je voulais répondre ; je m’arrête là pour le moment faute de temps ; les autres points j’y répondrai plus tard.

    • Alain Gourhant dit :

      Je continue Brigitte mes commentaires au sujet de ton message, tu écris :
      « Pour moi, la transcendance de Patanjali n’est pas indienne mais universelle : elle se rapporte à la condition humaine qui est loin d’utiliser toutes ses capacités ».
      Oui, bien sûr, je suis d’accord avec toi sur le fait que la Transcendance est le but suprême de la vie de tout être humain. Mais le seul problème c’est que la plupart du temps, il n’est pas capable d’utiliser ses capacités intérieures pour l’atteindre, et pire encore, il n’est même pas conscient de ce but suprême, il est comme enlisé dans l’inconscience de la survie egotique et matérielle, coûte que coûte pour survivre.
      Seuls quelques êtres d’exception seraient intéressés par la recherche de cette Transcendance. C’est malheureusement toujours le cas et c’est pour eux que Patanjali écrit – je sais c’est un peu élitiste, mais cela explique aussi le peu d’intérêt qu’on lui porte.

      Patanjali est donc un des grands Maîtres qui, au delà du temps, propose une méthode, parmi d’autres, pour cheminer vers la Transcendance. Cette méthode – et là peut-être nous sommes en désaccord – est emblématique pour ma part, du génie de l’Inde, pays qui fut pendant longtemps le dépositaire principal des chemins et des méthodes les plus variés pour accéder à cette Transcendance, à cette mémoire spirituelle très ancienne de l’humanité, qu’elle a non seulement conservée précieusement, mais adapté à son génie particulier.
      il y a d’abord les textes les plus anciens écrits par des auteurs anonymes : les Vedas, les Upanishads, la Bhagava Gita, puis il y a bien sûr les grands maîtres : le Bouddha en premier lieu, mais aussi Mahavira et le jaïnisme, les grands maîtres du Tantrisme cachemirien, etc… et bien sûr il y a Patanjali. Sa vie présumée entre -200/+ 200 ans le situe parmi les derniers grands maîtres de cette période fondatrice de l’Inde autour d’une spiritualité ancrée sur des méthodes et pratiques ancestrales. En ce sens Patanjali est un des derniers héritiers et transmetteurs de ce génie de l’Inde ;
      génie qui a eu d’ailleurs un regain de vitalité à la fin du 19e siècle avec Ramakrishna et jusqu’à la fin du 20e siècle avec la floraison des grands maîtres indiens (Ramana Maharshi, Shri Aurobindo, Krishnamurti, Osho, Maharaj, etc…) maîtres que nous connaissons bien pour la plupart.
      Curieusement tous ces maîtres ont eu comme intention de propager leurs enseignements venus du plus profond de l’Inde, en direction de l’occident et ils ont dû l’adapter,
      – et dans cette même mouvance, à partir des années 50, il y a, entre autre, la redécouverte, la propagation du yoga en Occident, dont Nil Hahoutoff que nous connaissons bien fut un des premiers ambassadeurs parmi d’autres.

      Curieusement, dans ce mouvement de l’Inde vers l’Occident, on ne parle pas beaucoup de Patanjali. Pourquoi ? A mon sens parce qu’il est un des meilleurs représentants du génie de l’Inde en sa complexité, quand il veut nous enseigner le chemin vers la Transcendance. Il n’y a pas plus indien ou hindou que Patanjali dans sa méthode complexe pour atteindre la Transcendance étape par étape. C’est d’ailleurs pour cela, qu’il rebute encore les occidentaux et explique qu’il est rlativement peu connu.
      Tous les propagateurs ont été obligé de simplifier pour séduire les occidentaux : en premier lieu Nil Hahoutoff qui avait bien compris que pour être entendu, il ne fallait retenir du Yoga que les asanas, pour flatter l’ego et le sens concret et pragmatique des occidentaux.

      Pour moi donc, Patanjali, quand on prend la peine de le lire, c’est le génie de l’Inde à l’état pur dans sa complexité spirituelle et aussi dans sa richesse ;
      par contre je suis ok pour dire qu’il faut le rendre lisible et tenter de le simplifier, surtout dans son mode d’expression, pour le rendre plus lisible et attractif à notre culture occidentale, mais cela sans le simplifier exagérément et sans le trahir ; c’est ce que j’ai tenté de faire en expliquant du mieux possible les huit étapes du Chemin…

  6. annity dit :

    Merci pour toute cette documentation intelligente. Grande lectrice et étudiante en « élévation vers plus de bonheur naturel », yogine chez moi, j’ai tout lu avec bonheur.
    Actuellement, l’important est que la spiritualité défende notre planète, c’est l’urgence. Donc qu’elle prône le respect et c’est là le but de toute école digne de ce nom, il me semble, pour intégrer tous les avis ! L’amour, l’empathie, la compassion et un peu d’humilité face à l’immensité de la Création qui nous dépasse, me semblent les maîtres mots pour résumer la quête de cet Eveil qui fait couler tant d’encre. Quant à Ahimsa, la non violence, je l’applique en défendant TOUS les êtres vivants, que ce soit l’insecte qui se noie dans un abreuvoir, ou le sdf qui a peur. (Même si Gandhi n’était pas parfait, il a quand même bien initié cette discipline face au pouvoir anglais et il était végétarien. )
    Nous sommes tous des humains pollueurs et imbriqués dans la trame, ne serait-ce qu’en tapant sur un ordinateur. Je suis pour la conciliation et tirer le meilleur de toute philosophie, rien n’est tout noir ou tout blanc, m’a appris l’école de la vie; C’est mon humble avis. Patanjali, qui mène au
    respect de la Vie, est donc un maître général, pour finir.

    • Alain Gourhant dit :

      Merci Annity, je me sens tout à fait ok avec cette vision de la « Spiritualité engagée » pour la défense de la planète.
      Je rajouterai juste avec mon esprit parfois un peu caustique, que la planète Terre n’a pas besoin de nous pour sa défense, petits humains dérisoirs. Elle en a vu d’autres, des catastrophes, et à chaque fois elle a vaillamment rebondi.
      Je dirai donc – sûrement que nous sommes d’accord – : oui à une spiritualité engagée pour la défense de la Nature et de l’environnement, qui est en très grand danger d’extinction, avec cette folie consumériste et virtuelle de nos pauvres contemporains humains aussi fous que leurs ancêtres depuis  » ce Gros Magnon qui ne savait que montrer ses Crocs… » Donc oui pour l’engagement à connotation spirituelle ; la spiritualité n’est que trop souvent confinée dans des expériences individuelles, au pire de bien-être narcissique – et le yoga en connaît actuellement quelque chose…,, au mieux dans des expriences méditatives transpersonnelles souvent déconnectées de la réalité quotidienne.

      Quant à Gandhi : c’est un problème. Moi personnellement je suis comme vous : j’aime bien Gandhi :
      Chapeau ! d’avoir tenu la dragée haute aux troupes anglaises, rien qu’en prônant la non-violence : une remarquable « claque » à tous ces primates occidentaux armés jusqu’aux dents, qui ne voulaient rien lâcher de leurs privilèges coloniaux ; un grand succès de la « non-violence », car il n’ya pas eu beaucoup de victimes.
      Plus généralement dans ce climat permanent de violences entretenues actuellement par le plus grand nombre et en particulier par les médias, télé en tête, je trouve que la « non-violence » est très belle, elle a de la « classe », c’est une qualité primordiale issue souvent d’un long et bénéfique travail intérieur sur soi-même, où la méditation bien-sûr a sa place de choix – ce que pratiquait d’ailleurs assidument Gandhi.
      Alors… alors, il y a Osho ; il faut savoir qu’Osho ne supportait pas Gandhi, il n’a pas arrêté de le critiquer en dénonçant la violence de sa non-violence, ou dit autrement ce refoulement de la violence en lui qui suppurait de partout au point de rendre malheureux son entourage par ses exigences tyranniques, en plus d’avoir raté le compromis avec les musulmans au point d’être en partie responsable de la partition…
      Je ne sais pas, je ne suis pas historien, je crois qu’Osho comme souvent exagère.

      il y a deux chemins très différents en terme de spiritualité : la voie du Yoga de Patanjali qui prône l’effort étape par étape et dont Gandhi me semble proche, et la voie du Tantra dont Osho est un fervent défenseur, et qui fait confiance à l’irruption de l’Eveil, du Samadhi possible à tout moment dans un complet lâcher-prise loin de toute technique et austérité.
      Il me semble aussi, comme je l’ai déjà dit, que ces deux voies peuvent se rencontrer et s’intégrer harmonieusement. J’en parlerai plus tard.

  7. Brigitte dit :

    A l’instar de Hildegarde de Bingen, j’ai coutume de dire que « la seule chose que l’on peut exagérer, c’est la modération ».
    – Modération à l’égard de Gandhi et des critiques que l’on peut lui faire :
    Moi aussi, je le considère comme « Mahatma », un grand homme. Cependant, je considère sur moi-même que les neuf autres Yama-Niyama sont tout aussi intéressants que le premier « Ahimsa », ne pas nuire. L’étude de ces dix propositions est la porte ouverte à la tolérance (se reconnaître faillible et accepter que les autres le soient aussi) et voilà !
    – Modération quant aux avis sur Osho qui semble avoir rencontré des difficultés sur son chemin, lui aussi, mais au moins, il s’y était mis, sur ce chemin. Le samadhi n’est pas l’étape ultime, ce n’est que le début des grandes réjouissances, d’après Ram Chandra. D’autre part, comme Osho, je crois que la joie, le sens de la fête, font intimement partie de la spiritualité.
    – Modération quant à Patanjali, qu’il emploie lui-même avec humour quand, à la fin des Yoga Sutras il dit « et tout cela pour s’asseoir » ! – en utilisant la pratique du corps physique comme une facilité pour supporter la posture assise dans la méditation… Et aussi parce que le Chemin a été aussi balisé par Kabir et Ram Chandra, continuateurs de Patanjali d’après ce que j’ai compris, et qui ont affiné son message.

    La plus grande difficulté rencontrée dans la pratique du Yoga en Occident tient je crois à l’Histoire coloniale et au complexe de supériorité. Combien par les premiers yogis occidentaux se sont brulé les ailes à vouloir rentrer trop vite dans des pratiques pas encore à leur portée ? Aujourd’hui, une pratique dans la modestie d’un quotidien méconnu contraste avec la pub et l’enrichissement de certains ; la pratique assidue et constante constraste avec les pratiques de Yoga marketing à la recherche de l’enrichissement matériel. C’est Kali Yuga, l’âge de fer : 25 % de ce qui est dit est vrai, seulement, d’après les Brahma Sutras. Pourtant, il nous appartient de préparer le prochain âge d’or… Que ce soit vrai ou pas, cet espoir est porteur.

    Voilà ma contribution pour aujourd’hui.
    Shanti OM !

  8. Alain Gourhant dit :

    Merci Brigitte de ce commentaire qui nous incite à la réflexion et l’approfondissement.
    « Modération » : oui bien-sûr c’est important et tu as raison de le souligner; on appelle cela aussi la voie du juste milieu, je crois. Le seul problème c’est que j’ai souvent un peu de mal avec cette voie qui a aussi ses limites. Cela va dépendre de la situation : quelquefois il me semble que pour faire bouger les choses il faut percuter, même en spiritualité ; quelque chose qui a à voir aussi avec la Sainte Colère pour faire bouger les marques. Cela doit être mon côté « Bélier » ; c’est pour cela que j’aime bien Osho le provocateur ou les colères de sri Nisargadatta Maharaj : ils font bouger les tièdes compromis, le ronron des bonnes consciences assoupies. Les maîtres Zen aussi étaient souvent de grands maîtres du coup de bâton sur la tête : Bodhidharma en tête sur lequel je ferai un de ces jours un article. Bref modération oui, mais avec modération !
    Je voulais savoir aussi, dans le même ordre d’idée, où tu as trouvé à la fin des yogas sutras la formule : « et tout cela pour s’asseoir ». C’est le numéro combien des sutras, dans quelle traduction ? Car la aussi il faut se méfier des traductions et comparer avec plusieurs versions.
    Tu parles aussi de Kabir et de Ram Chandra, si tu pouvais donner plus d’infos.
    De toute manière, je crois que tous les grands maîtres spirituels de l’Inde ont tous lu les yoga-sutras de Patanjali, en s’en réclamant plus ou moins – c’est comme une Bible là-bas. Plus près de nous et du yoga contemporain, il y a Desikachar par exemple, le fils du grand maître Krishnamacharya, il a écrit une traduction personnelle pour les américains, traduite aux éditions du Rocher 1986 – je n’aime pas beaucoup cette traduction. Mais Nil Hahoutoff parlait souvent de Desikachar.

    Quand aux « difficultés rencontrées dans la pratique du yoga en Occident », tu parles « d’un complexe de supériorité et de l’histoire coloniale », oui, tout à fait, moi je rajouterai juste une conception egotique pragmatique et financière du yoga, sans vraiment de recherche de la Transcendance,
    cela du sans doute à la perte de la religiosité en occident enferré dans le culte matérialiste de la technoscience et de l’argent (depuis le 18e siècle).
    Mais çà va changer, bien sûr, au fur et à mesure de l’impasse qui se profile…
    Je suis d’accord, c’est Kali Yuga, le 4e âge, celui de la fin d’un cycle, perdu dans la décadence la plus totale – pas étonnant que le yoga en face aussi les frais. Mais du coup, beaucoup d’âmes sont obligées de se réveiller et il y a aussi beaucoup de bonnes nouvelles dans le yoga comme en témoigne souvent cet excellent journal « Le journal du yoga » qui paraît chaque mois (www.journalduyoga.com).

  9. Alain Gourhant dit :

    Voici un commentaire que Michel (MD) habitué depuis longtemps des réflexions collectives du blog, vient de m’envoyer par mail :

    Bonjour Alain, bonjour à toutes et tous, bonjour à cette défense de la Sagesse… qui n’a point de nationalité, d’époque, de lieu, d’auteurs, de tendance ou de pratiques. Elle « EST ».

    N’est-ce point Lao-Tseu qui a dit quelque chose comme « Ce n’est pas le but qui compte, mais le chemin à parcourir » ?
    Et des chemins, il y en a à foison. Crédibles, crédules, créateurs, destructeurs, évolutifs, involutifs, compréhensibles, confus, contradictoires, fermés par un tsunami, ouverts aux vents et marées… Et je ne sais plus qui a dit que « Tous les chemins mènent à Rome ». Tous se valent ? Pas exactement, car comme le dit Alain, ils peuvent se compléter, se rencontrer et « s’intégrer » harmonieusement pour se dissoudre en « Lumière ».

    « Y a-t-il pour l’âme plus de noblesse à endurer les coups et les revers d’une injurieuse infortune, ou à s’armer contre elle pour mettre frein à une marée de douleurs ? » (Hamlet). Une phrase théâtrale bien connue, mais que (très) peu de gens se posent pour eux-mêmes, comme vous le suggérez dans vos commentaires. Formatage de la société oblige… Pourtant ces gens, égoïstes, consuméristes et j’en passe, je les défends comme annity défend le SDF. Une « acceptation » qui me semble devoir être le début du chemin. Sinon, l’on ne ferait que tracer une voie choisie (ego) et devenant rapidement dogmatique…

    Lectures, tentatives, échecs, succès, feeling, intuition… c’est « l’expérience » qui parcourt le chemin d’elle-même. Et, contrairement à Alain, je pense que la « Voie » est affaire “personnelle” et intérieure (hors ego, de fait).

    Ne connaissant pas vraiment Patanjali, ce que je retiens de votre article et qui me plaît, c’est qu’il allie science et spirituel, sans croyance. Et la “poésie” qui lui manque dans ses écrits se cache peut-être en nous dans « l’Imaginaire » de notre « Être ».

    Comme Alain, je pense que la planète Terre n’a pas besoin de nous pour sa défense, elle le fait très bien toute seule. Ce qui est en danger et à défendre, c’est l’humanité elle-même. Crise, folle et destructrice ornière, ravages de la biosphère… certes Cro-Magnon, mais qui n’est peut-être que l’initiateur. Le coupable, c’est Aristote. L’ontologie (vision du monde) actuelle est “Naturaliste”, c’est-à-dire issue de la philosophie dudit Aristote. Lequel a décrété que « L’animal existe pour l’homme, si la nature ne fait rien d’imparfait et d’inutile, elle a donc tout fait pour l’homme ». Depuis cette maxime, le capitalisme l’a mis en pratique…

    MD

    • Alain Gourhant dit :

      Merci Michel de ce commentaire qui donnerait beaucoup à dire.
      Pour faire relativement court, je préfère me centrer sur la première proposition :
      « …bonjour à cette défense de la Sagesse… qui n’a point de nationalité, d’époque, de lieu, d’auteurs, de tendance ou de pratiques. Elle « EST. »

      C’est drôle, je ne me souviens pas d’avoir employé le mot « Sagesse » dans cet article… De plus, je crois que Patanjali n’utilise jamais ce mot non plus.
      Quelle est la différence entre cette  » Sagesse » que tu évoques et le chemin en huit étapes proposé par Patanjali avec son but « dhyana » : « la méditation » permettant la possibilité du Samadhi (l’Eveil de la Conscience/Amour) ?
      J’ai un peu l’impression que cette « Sagesse » : « sans nationalité, sans époque ni auteurs… » résonne un peu comme un concept creux, un concept fourre-tout, où chacun pourrait y entreposer sa conception particulière subjective : une sorte de mot qui ne voudrait plus rien dire, tellement chacun y aurait entreposé ses arrangements personnels.

      A côté se dresse ce long chemin pratique, pragmatique, scientifique au sens où il a été expérimenté et balisé par des générations de yogis en Inde, avec Patanjali qui serait ce grand Maître Spirituel ayant été capable d’une belle synthèse encore une fois pratique, à condition que l’on passe par toutes ses contraintes et austérités – tous des mots très mal vus à notre époque, où chacun va se targuer de sa petite sagesse personnelle du moment, où il ne faut surtout pas de contrainte ni de modèle enfermant, avec pour danger la cacophonie du n’importe quoi aggravée par la caisse de résonance des réseaux sociaux.

      Donc pour moi, au contraire de ce que tu dis, la Sagesse a besoin de référents, donc d' »époques » du passé dédiées à cette recherche, de « lieux » au sens où il faut savoir s’aventurer dans des endroits voués à l’apprentissage de pratiques préliminaires, qu’il faut apprendre, étudier, mémoriser, « pratiquer » encore et encore, avec des « auteurs » ou mieux des « maîtres spirituels » proposant pratiques et enseignements.

      La Sagesse hélas ne naît pas spontanément chez l’être humain par l’opération du Saint Esprit… Il faut accepter de s’engager sur des chemins préalables souvent arides et difficiles – comme peut d’ailleurs y ressembler le chemin du yoga proposé par Patanjali.

      Finalement la Sagesse « EST », comme tu le dis,
      mais comme c’est la chose la plus rare qui puisse être partagée par l’être humain, prisonnier de sa folie dominante, surtout à notre époque de grande décadence,
      mieux vaut dire : « la Sagesse N’EST PAS », et son absence nous interroge cruellement sur nous-mêmes.

  10. Alain Gourhant dit :

    Réponse de MD à mon commentaire
    (il passe par moi pour des problème techniques)

    Alain, finalement… nous sommes d’accord ! C’est le problème du “pour faire court” qui synthétise sans doute trop (article et commentaires), en zappant le détail qui fait cohérence au sujet.

    Qu’est-ce donc que la « Sagesse » ? Un Art de Vivre « dans et par » le ‘Tout’, dans sa globalité matérielle et spirituelle. Comme Lao-Tseu sur sa montagne qui n’a plus besoin de référent, la Sagesse « EST ».
    Qu’est-ce donc que la (simple) sagesse ? Un “idéal” de vie pour atteindre le sommet de cette montagne, pour lequel nous avons besoin de volonté et courage, d’endurance et persévérance, de chemins à notre aptitude et pour ce faire, de guides adéquats… (chacun le sien pourrait-on dire, sauf évidemment réseaux sociaux et autres mouvements de portée financière ou obscurantistes).

    Yama, Niyama, Sadhana, dhyana, Samadhi et autres termes de cette culture Orientale (que je connais finalement peu) sont inconnus pour moi et ne peux donc en discuter. Tout comme du yoga d’ailleurs que je ne peux pratiquer (postures) suite à de trop nombreuses fractures osseuses qui ne me permettent plus souplesse et fluidité. Il ne me reste alors (sauf de me taire sans faire de commentaire) que le fond (s/Sagesse). Et de Patanjali, j’en retiens qu’il allie science et spirituel, sans croyance. Une neutralité, sans a priori, acceptante du matériel/immatériel, une ouverture d’esprit qui prédispose à une réflexion constructive de ‘soi’ pour le ‘Soi’. Ce qui est très rare et c’est ce qu’il me semble devoir souligner dans ce que je peux comprendre de ton article. De fait, oui, pour ceux à qui il est accessible, Patanjali est un grand Maître Spirituel. Mais hélas, pas à ma portée, d’autant que tu dis « qu’il faut le rendre lisible et tenter de le simplifier, surtout dans son mode d’expression, pour le rendre plus lisible et attractif à notre culture occidentale ». C’est ce que tu a déjà tenté de faire par ton article, apparemment avec succès pour les connaisseurs (commentaires).

    En conclusion, plutôt que dire « la Sagesse N’EST PAS », il me semble que « la Sagesse N’EST PLUS ». Potentiellement en nous (Néandertal), pour ceux qui le peuvent dans cette époque de grande décadence, pouvoir retrouver l’esprit, l’essence de nos ancêtres, pour, sagesse après sagesse (parcours de « l’expérience »), rejoindre Lao-Tseu (même dans une autre vie que notre présente). En tout cas, c’est pour le moment la seule réponse que j’ai pour ta question « je me demande bien comment l’humanité va pouvoir sortir de sa folle et destructrice ornière…». Réponse insuffisante, je sais… (sourire).

    • Alain Gourhant dit :

      c’est vrai Michel nous sommes d’accord sur le fond
      et c’est pour le plaisir que nous prenons un temps pour discuter en cherchant à approfondir nos démarches respectives vers le même objectif :
      qu’on l’appelle Sagesse ou Samadhi, ou Eveil ou Nirvana ou Satori, ou comme disent certains qui ne veulent pas se mouiller dans les dérives conceptuelles « Cela qui n’a pas de nom », le Soi, le ça (je n’arrive à faire la majuscule du c cédille, ce qui est pas mal aussi, car ça banalise un peu cet Objectif transcendant qui fait tant rêver certains…

      Nous sommes d’accord aussi, je crois, pour dire que le danger c’est la trop grande conceptualisation de cet Objectif ; et là tout le monde est visé, tout le monde est piégé – même le Bouddha, comme je l’expliquerai dans un prochain article, s’est illusionné sur la réussite conceptuelle du Samadhi, qu’il a tenté d’expliquer pendant 40 ans en vain…

      Donc au sujet de la Sagesse : vigilance !… c’est le concept préféré des occidentaux depuis … Platon?, ou même avant : sans beaucoup de réussites, sauf des tonnes et des tonnes de commentaires…
      Même chose avec le Samadhi et le Yoga de Patanjali : même s’il est plus pratique, fondé sur le corps et l’expérience intérieure de la méditation, il n’y a pas beaucoup non plus d’illuminés vivants,
      surtout des soi -disant Maîtres, qui transmettent les techniques, en se faisant actuellement beaucoup d’argent et de notoriété médiatique !

      Alors, alors nous sommes d’accord, dans ce rôle, somme toute assez facile, d’éclairer, d’expliquer et de dénoncer au passage les impostures, sans aucune illusion sur le genre humain et ses vélléités de Transcendance. Les élus sont très rares…

  11. alain Gourhant dit :

    J’ai encore quelque chose à ajouter,
    quelque chose qui me tracasse depuis longtemps,
    et que je n’ai pas eu le temps de traiter ;
    quelque chose d’important, car c’est aussi une transition pour les articles à venir,
    à partir du mois de septembre.

    J’ai dit dans l’interview : « Ainsi, chaque moyen, chaque membre, chaque étape du chemin proposé par Patanjali, peut donner accès par lui-même au Samadhi, cet état de transfiguration complète de la Conscience, où l’ego est totalement transcendé. »
    Cette affirmation qui donne lieu d’ailleurs à un schéma à 7 branches, chacune tournée vers le Centre,
    ce n’est pas du Patanjali – si celui-ci était encore en vie quelque part, il aurait le droit de me « tancer » pour déformation grave de sa pensée.
    En fait en disant cela, je parle d’une autre voie, d’un autre accès au Samadhi que celui proposé par Patanjali et sa voie du Yoga.
    Je parle du « Tantra », qui n’a rien à voir avec le yoga.
    Cela je tenterai de l’aborder dans mes prochains articles de la rentrée – en l’occurence pas du tout scolaire »… !

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