Réponse de Benjamin Schoendorff

Comme je n’ai pas été très tendre dans ma critique du livre « Faire face à la souffrance » de Benjamin Schoendorff, j’ai proposé à celui-ci un droit de réponse, que je mets en ligne ici et qui sera publié dans le journal « Santé Intégrative » n°13 de janvier – février 2010. Je pense en effet que la confrontation des points de vue différents, la controverse, le dialogue sont un facteur d’évolution et d’enrichissement mutuel, à condition bien sûr que l’intention soit juste. Si l’intention est juste, alors c’est la vie qui s’exprime sous ses multiples facettes, ses éclairages multiples, et il y a comme une grande joie qui s’empare de l’esprit.

« Pour le thérapeute intégratif Martin (1997), le facteur commun à toute amélioration en thérapie est la pleine conscience : rester présent et ouvert à tout ce qui se présente en nous, sans jugement.

De nouvelles thérapies adoptent d’anciennes pratiques méditatives: Réduction du Stress ou Thérapie Cognitive Basée sur la Pleine Conscience. La Thérapie d’Acceptation et d’Engagement (ACT) a fait le choix d’intégrer processus et science, plutôt que pratiques traditionnelles.

L’ACT identifie quatre processus de pleine conscience: le contact avec le moment présent; la capacité d’accepter pensées et ressentis; se distancer de ses pensées; et le contact avec le soi-comme-contexte, un sens de soi libre des définitions conceptuelles ou liées à des rôles (je suis nul, un thérapeute, un fils, un auteur médiocre). Le contacter permet de se voir agir et vivre des émotions à travers différents contextes en contact avec ce point stable où toute expérience peut être reçue et aucune ne nous menace.

L’ACT est une thérapie expérientielle. Elle vise à faire contacter des processus de l’intérieur, plutôt qu’expliquer ou enseigner. Des deux formes de savoir, par instruction et savoir-faire, l’ACT est du savoir faire. Pour le savoir, il faut le faire.

D’où notre choix de privilégier l’expérience directe. Le  lecteur est prévenu qu’il ne pourra comprendre l’ACT en lisant le livre, seulement le saisir par l’expérience des exercices. Ce n’est pas en lisant un manuel de vélo qu’on devient cycliste.

Un livre de bibliothérapie grand public implique une langue simple et directe – elle recouvre la complexité du système sous-jacent, comme les interfaces graphiques masquent la complexité de nos ordinateurs. Un Manuel du Thérapeute que nous rédigeons sera lui aussi d’interface conviviale et contiendra une postface théorique plus consistante.

Comme le note Alain Gourhant, la puissante nouveauté de l’ACT est de combiner acceptation et action – action en direction des valeurs. En ACT, les valeurs sont des directions que l’on peut incarner par l’action (agir en partenaire proche et disponible) – pas des objectifs qui peuvent être atteints (me marier avec Marie). Miser sur les valeurs détache des résultats immédiats des actions et permet de s’adapter de façon plus flexible aux contextes changeants de la vie.

Au carrefour d’approches dédiées à une meilleure prise en charge de la souffrance humaine, L’ACT a un fort potentiel intégratif. Certains y voient des similitudes avec PNL, TCC, Gestalt, thérapie humaniste, Psychodynamique. L’ACT est à la fois similaire et différent – notamment parce que ses concepts théoriques sont opérationnellement définis et basés sur la psychologie expérimentale. Le modèle repose sur trois formes d’apprentissage, classique (Pavlov), opérant (Skinner) et relationnel (Hayes – la nouveauté théorique de l’ACT). Bien sur, la science continue d’évoluer et l’ACT avec.

Au cœur de l’ACT est l’analyse du comportement[1]. Le but:  élargir le répertoire comportemental et promouvoir le choix.  On entraine progressivement l’homme pressé d’aujourd’hui à observer son expérience. L’ACT veut transformer la fonction (les conséquences) d’éléments de l’environnement verbal ou naturel. La carte SIM (Sensations, Intelligence, Monde) vise à remplacer la fonction de distraction des téléphones mobiles par la pleine conscience: à la vue d’un portable, j’observe.

Si ça marche est une question empirique. Nous invitons les lecteurs à s’inscrire pour évaluer leur progrès en acceptation  et action vers les valeurs http://fairefacealasouffrance.com. « 

Benjamin Schoendorff & Jana Grand


[1] Mais aussi thérapie existentielle, mouvement du potentiel humain, Gestalt et TCC.

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7 réponses à “Réponse de Benjamin Schoendorff”

  1. Benjamin, je voudrais juste faire une remarque sur un point important de ton texte relatif à la pleine conscience, tu dis : »De nouvelles thérapies adoptent d’anciennes pratiques méditatives: Réduction du Stress ou Thérapie Cognitive Basée sur la Pleine Conscience. La Thérapie d’Acceptation et d’Engagement (ACT) a fait le choix d’intégrer processus et science, plutôt que pratiques traditionnelles. » Je ne comprends pas très bien cette opposition : la pratique de la mindfulness de Jon Kabat-Zinn, pour moi, ne s’oppose pas à la science et aux processus décrits par la science (en particulier les neurosciences et les différentes études de validation sur les bénéfices sur la santé), mais au contraire, comme l’act, essaie de les intégrer. Ce qui entraîne une intégration très intéressante des traditions revisitées par les sciences actuelles. Qu’en penses-tu ?

  2. Benjamin, puisque tu ne réponds pas, je me permets de continuer quelques commentaires sur des questions qui me tiennent à coeur. Je pense que l’opposition science et traditions, est obsolète, c’est une opposition d’un autre âge, en particulier du scientisme triomphant (début du 20e siècle). Nous sommes passés à l’âge intégratif, comme le montrent très bien un certains nombres de penseurs (voir mon site internet « esprit intégratif »), dont le plus important me semble être Ken Wilber. aussi, il me semble que les traditions spirituelles doivent être revisitées à la lumière de la science ou en complémentarité avec la rigueur de l’esprit scientifique. C’est une belle intégration, à ses débuts, et pleine de promesses et je rends hommage à Jon Kabat-Zinn d’en avoir esquissé les contours. A côté, l’intégration de la science et du processus me semble « peau de chagrin ».

  3. Maarten dit :

    Cher Alain Dans ton beau texte sur la pleine conscience dans « Médécine Intégrative » de sept/oct 2009, t’as écrit:
    « Le seul danger, c’est qu’elle (= la pleine conscience, M.A.) soit « phagocytée » par des courants thérapeutiques reducteurs, aux prétentions hégémoniques, comme par exemple actuellement les TCC (Thérapies Cognitives et Comportementales) ».

    Le risque me semble bien réel, Alain. Et il est probable que cela ce passe, hélas, ici et là, car la pleine conscience est la « pleine mode » aujourd’hui. Et je suis quand-même optimiste: comme la pleine conscience est incompatible avec les tendances réductrices, mécanistes et hégémonistes, je la considère plutôt comme un cheval de Troies, pas malveillant celui-ci, tout au contraire. Regardons deux possibilités:
    1)il y aura sûrement des thérapeutes qui « enseigneront la pleine conscience » sans la pratiquer eux-mêmes, sauf parfois comme outil de contrôle et la transmettent comme tel. Comme c’est une approche incohérente, ces thérapies ne connaîtront pas beaucoup de succès. Il y a de plus en plus de données qui démontrent que la contrôle de son expérience intérieure n’est pas très efficace, surtout pas quand il s’agit de problèmes plus profonds. Et ce fait-là commence à être mieux connu; aussi dans le monde des TCCs mécanistes – même si le message a encore un peu de mal à passer. Une des mérites des chercheurs dans le monde de l’ACT, c’est justement que leurs recherches très sérieuses commencent de plus en plus à démontrer comment la quête (hégémoniste) du contrôle est une forme d’évitement qui renforce la pathologie. Et comme le monde de la TCC est quand même susceptible aux données scientifiques, cette nouvelle se répandra et va avoir un effet salutaire. Pour revenir au présent :-) :
    Et si le patient, malgré l’incompétence du thérapeut/techneut, prend goût à la pleine conscience et commence à la pratiquer en petites gouttes d’abord et ensuite, encouragé par un début d’apaisement… n’est-ce pas probable que ce patient va chercher ailleurs tôt ou tard, soit en cherchant des livres qui l’instruiront sur une meilleure façon de pratiquer, soit en se trouvant quelqu’un de plus compétent et avec une pratique personnelle plus sérieuse?
    2)Il y a et il y auront de plus en plus de thérapeutes qui vont être attirés vers une pratique personnelle, peut-être aussi en petit pas, d’abord. Ce qui va probablement, petit à petit, adoucir cette tendance hégémoniste, embrassé d’abord et en embrasé ensuite par la pleine conscience.
    Il y a plus à dire à ce sujet, notamment sur la question: quelle serait la meilleure façon d’introduire la pleine conscience chez des personnes pas encore instruites, et au début pas motivées pour faire des méditions plus traditionnelles? Mais j’élaborai cela ailleurs.

    • Merci Maarten, je suis assez d’accord avec toi : cette avancée de la mindfulness est globalement positive et je m’en réjouis, et tant pis, si la pratique ou la vision sont un peu réductrices. Ce qui m’énerve un peu, par moment, c’est l’aspect récupérateur, (plutôt qu’hégémonique) des TCC vis à vis de la minfulness, comme si elles l’avait inventée, comme si elles en étaient les propriétaires. Certes l’aspect scientifique rigoureux de validation venant des TCC, est intéressant et j’en suis le premier intéressé, mais ça va plus loin : un certain style, un certain langage comme ces horribles sigles MBSR , etc… – que j’oublie tout le temps, tellement ils sont inélégants. Je pense que la mindfulness appartient à tout le monde ou plutôt n’appartient à personne en particulier. D’ailleurs, je trouve Jon Kabat-Zinn plutôt discret sur ses liens avec les TCC…D’ailleurs je conseille chaleureusement la lecture de son livre : « Au coeur de la tourmente, la pleine conscience », mais je me refuse à parler du « remake » : « la thérapie cognitive basée sur la pleine conscience pour la dépression » de Segal, Williams et Teasdale. Rien que la différence des titres fait toute la différence…

      • Maarten dit :

        Oui, Alain, je crois qu’une des choses à intégrer, c’est la précision intellectuelle académique et la justesse évocatrice poétique… Et je trouve que Kabt-Zinn est un bon modèle pour cela. Et j’espère que ce blog continue à contribuer à cette intégration.
        Je viens de regarder une vidéo de Dan Siegel (auteur du « The Mindful Brain »), et malgré les sigles et autres « tics verbaux » (?), il arrive aussi à « transmettre » de qualités humaines qu’il a sûrement développé grâce à sa propre pratique. Donc il y a de quoi d’espérer…
        Voici le lien: http://www.youtube.com/watch?v=Gr4Od7kqDT8

        • oui, Maarten, nous sommes complétement en phase sur ce point : intégrer « la précision intellectuelle académique et la justesse évocatrice poétique ». J’enlèverai le terme académique qui me semble vieillot, je le remplacerai par la précision intellectuelle « scientifique », quant à la justesse évocatrice d’une certaine poésie, elle appartient à l’univers spirituel ou transpersonnel. Il faut donc intégrer le scientifique et le spirituel : vaste programme. Mais nous n’avons peut être plus le choix, comme je voudrais l’exprimer dans ma réflexion3 sur Haïti, ce qui pourrait accélérer le mouvement.

  4. Christopher Lane (comment la psychiatrie et l’industrie…)
    Bonjour Benjamin

    je l’ai connu quand j’étais enfant, il venait nous voir dans le midi dans les années 80, un peintre merveilleux ultra sensible comme sa soeur Nina Payne
    je possède un tryptique de tableau ( 3 grands tableaux ) du peintre Christopher Lane si cela vous intéresse ?
    et souhaite les vendre… car chez moi c’est trop petit
    ce sont des fils de pêches un travail de titan

    Cordialement
    Aurélie de la Selle ( je suis sourde de naissance)
    Marie Barré qui me prête ses oreilles
    Paris , France
    06 81 18 08 81